Personne ne l’écoute…

vendredi 2 novembre 2012
par  siksatnam
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Grande nouvelle ! On l’espère depuis des temps immémoriaux, sans trop y croire toutefois, mais cette fois-ci, semble-t’il qu’elle se profile à l’horizon, la révolution est pour demain… Un petit détail surprend toutefois dans sa mise en œuvre… Ce soulèvement populaire, expérimenté par le passé et avec le bonheur que l’on connait en Russie en 1917 ou à Paris en 1871, prend en effet un tour pour le moins inattendu… Car en l’espèce, ce ne sont pas les masses laborieuses, emmenées au combat par quelque Ravachol front de gauchisant, qui ont monté les barricades, mais bel et bien l’ennemi de classe honni, le patronat, qui s’est lancé à la reconquête de ses droits absolus de vie et de mort sur les forces productives…

Dans une ambiance il est vrai légèrement plus feutrée que lors des combats menés par leurs aînés prolétariens, mais avec la même détermination, voici que les capitaines d’industrie se sont levés comme un seul homme, décidés à mettre à bas ce monde d’injustice économique où il s’agit, en dépit de toutes les règles du bon sens libéral, d’apporter sa contribution sociale… Ces hommes et ces femmes se sont levés, vent debout contre la tyrannie du code du travail, des taxes et impôts sur les entreprises, le couteau entre les dents, prêts à en découdre…

Tandis que les mutins ont pris la rue, avec la complicité passive d’une plèbe anesthésiée par le foot, la télé-réalité et la société de consommation à outrance, les roucoulades du collectif des pigeons sont maintenant relayées avec la plus aimable complaisance par les grands médias d’information du pays…

Et voici que les bolchépatrons, puisqu’il s’agit de leur donner un nom, viennent de se rendre maîtres de l’hôtel Matignon, où, force est de constater qu’ils bénéficiaient de quelques complicités en interne… Aux cris de « La compétitivité, on va la gagner, les règles on va les abroger, les impôts, on va pas les payer, les royalties on va les palper », ils ont littéralement assommé le pouvoir en place de leur propagande libérale...

Pour l’heure, du côté du gouvernement, entre deux banderilles, on tente d’ultimes négociations avec les insurgés pour tenter d’arracher une trêve dans les combats…

Dans la balance, les 35 heures hebdomadaires… Oui, on va les abroger ! Non, non, finalement, on va les conserver ! Enfin, dans les faits, on sait pas trop ce qu’on va faire, mais ne vous en faites pas, les gars, on y réfléchit sérieusement…

Jean-Marc Ayrault est à la tribune… Il se justifie, tente de louvoyer avec les représentants du patronat, lorsque, magnifique métaphore des changements sociétaux que les insoumis veulent imposer par la lutte, une grosse fiente lui tombe sur l’épaule droite… Tout près de lui, consterné par la nouvelle mésaventure de son chef de chantier, Arnaud Montebourg, sans sa marinière, qui est au sale, mais avec toujours le robot ménager qui lui encombre les mains, juge bon, plein de louables intentions, évoquer la relance de la fabrication made in France des pigeonniers et autres cages à oiseaux, pour, ouvrez les guillemets « emprisonner ces sales bêtes qui viennent un peu plus saloper l’image du gouvernement »…

Les yeux injectés de sang, exaspérée par les propos de l’impudent ministre du redressement productif, l’émeutière Laurence Parisot lance alors une violente diatribe à propos d’un pouvoir liberticide qu’il s’agit de mettre au pas, puis se lève, et toute sa cour à sa suite…

Sur le boulevard, une rapide assemblée générale a lieu, lors de laquelle est décidée, afin de marquer symboliquement l’opinion, d’aller incendier les locaux de l’inspection du travail, pourtant situés en territoire hostile, à Aubervilliers… Il faudra vite rentrer ensuite, car table est réservée au Bristol à 21 heures…

D’autant que c’est une grosse journée qui attend demain les révolutionnaires, au cours de laquelle, après avoir géré les affaires courantes, assisté à divers conseils d’administration, signé des contrats de plusieurs millions d’euros, ils devront reprendre les armes pour terminer leur « révolution nationale »…

Tandis que François Hollande a à cette heure déjà pris le chemin de l’exil, Matignon n’est désormais plus qu’un champ de ruines, d’où pourtant émerge la voix de Martine Aubry, sortie d’un vieux poste TSF… « Les prolétaires outragés, les prolétaires brisés, les prolétaires martyrisés, mais les prolétaires bientôt libérés de l’esclavagisme moderne »...

Personne ne l’écoute…

JC.P