Lettre ouverte aux petits entrepreneurs tourangeaux de la culture et à ceux du Projet 244 en particulier

mercredi 9 janvier 2013
par  siksatnam
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(en réponse au communiqué de presse : « les artistes du projet 244 se rebiffent », diffusé ici http://demainlegrandsoir.org/ spip.php ?article1053 ou là http://nantes.indymedia.org/ article/26799)

Certes vous n’avez pas aussi bien réussi que vos aînés, mais la petite place que vous vous êtes faite au soleil de notre petite ville de province (bientôt sous le 37ème parallèle pour les meilleurs navigateurs) vous suffit déjà pour vous y accrocher becs et ongles, quitte à montrer les dents la menace se faisant.

Cette place, vous vous l’êtes faite à force d’ambition personnelle, de petites trahisons et de connivences, comme tant d’autres petits entrepreneurs qui réussissent. Dans votre cas, la subtilité réside sur le fait que cette « réussite » repose sur l’exploitation d’effectifs plus ou moins important de bénévoles, moins dotés en capital (social, culturel, économique…) ou tout simplement plus désintéressés (« nos bénévoles » comme l’écrit si spontanément un certain Matthias dans une lettre publique). Quelle plus belle parabole du capitalisme moderne ? Drapé dans les draps de l’alternative culturelle, je m’enrichis personnellement de l’exploitation du travail non rémunéré d’autrui. Hélas, cette réalité est déjà bien documentée sur Tours (voir notamment le dossier que feu le Canard du coin avait consacré en 2007 à « La guinguette de Tours sur Loire » et l’association « le petit monde », adossé à une entreprise privée ; mais également de nombreux autres exemples comme la reprise en main du Carnaval de Tours ou l’histoire de Rayon Frais…).

Vous revendiquez alors votre rôle actif dans l’économie locale (votre association alternative représenterait, selon vos propres dires, « une vraie dynamique culturelle pour notre territoire ») au même titre que les acteurs du bâtiment ou du tourisme. Et vous vous désolez que d’autres, arriérés militants ou activistes (en effet, à quoi bon lutter, alors qu’on peut en faire des spectacles qui rapportent ?), prennent en otage votre si bel outil de production (une friche industrielle mise à votre disposition par la municipalité).

Certes, jamais en plus de 15 ans d’existence, ce lieu n’a pu constituer un lieu de base ou de repli pour aucun des mouvements sociaux qui se sont déroulés sur Tours, et alors que de tels lieux ont toujours fait cruellement défaut. Ce simple bilan en dit long sur l’implication de votre collectif d’artistes dans la vie politique et sociale locale.

Mais le plus intriguant reste sans doute qu’après plus de 15 ans de pratiques « alternatives » dans votre « laboratoire des arts de la rue », de « création pluridisciplinaire », etc., vous teniez aussi spontanément des discours réactionnaires, colportiez les mêmes images que le discours dominant le plus crasseux (des oisifs chômeurs nuisant tant aux actifs entreprenants qu’aux vrais pauvres – comprendre « ceux qui ferment leur gueule ») et reproduisez les mêmes méthodes de division pour asseoir votre si maigre pouvoir, tant au niveau idéologique (les chefs rémunérés dressant la masse de bénévole contre les agitateurs extrémistes irresponsables) que pratique (revendiquer de couper l’alimentation électrique d’une maison d’habitation, comme d’autres cassent les piquets de grève).

Comme vous l’aurez compris, tout acrobate que vous êtes, vous ne pouvez à la fois revendiquez pleinement votre rôle de développeurs locaux de l’industrie culturel et votre appartenance à une véritable alternative politique, quelque qu’elle soit (au système capitaliste, à l’art subventionné, à la société industrielle). « Sur une barricade, il n’y a que deux côtés. »

Vos récentes prises de position comme vos pratiques montrent à tous vos ambitions à réussir dans vos petites entreprises culturelles, ambitions que tous les tenants de l’ordre et de la croissance (que vous prenez à partie et dont vous cherchez le soutien) reconnaîtrons légitimes. Elles nous rappellent également que le secteur culturel « alternatif », ses artistes et ses salariés associatifs, en tant qu’avant-garde du capitalisme moderne, ne propose évidemment aucune rupture mais constitue bel et bien un pilier pour la pacification sociale et la perpétuation du vieux monde. Les élites économiques et politiques de tous bords qui vous ont toujours soutenus et continuent à vous soutenir ne s’y sont jamais trompés.

Des individus soutenant les squatteurs de la maison Thanks For The Future


Commentaires  (fermé)

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vendredi 25 janvier 2013 à 04h40 - par  Zazü

Bonjour Bouèb et merci pour ta réflexion.

J’y ajoute la mienne en mon nom et non celle du projet 244.
MERCI des débats que tu proposes sous forme d’interrogation-affirmation.
La phrase qui correspond le mien à notre situation est la dernière : "Pour être alternatif, il faut être illégal !

Il me semble même que concernant nos différents, le fond n’est plus vraiment le débat, mais plutôt la forme. Même si les 2 sont liés.
Nous sommes guère en guerre sur la valeurs (pour reprendre tes mots), mais sur les postures.
Le souci est lié à un problème de situation géographique,
ILLUSTRATION :
Un des buts du projet 244 est par la mutualisation des outils de travail (lieu et outil collectif) d’aider à la professionnalisation des compagnies et artistes adhérents. Pour ce, le collectif à choisi de louer cette friche (un ensemble de 5 hangars avec cour et bureau).
La friche n’étant pas aux normes , nous avons obtenu un loyer précaire, ce qui veut dire deux choses : 1 on part quand ils ont besoin du site. 2. site interdit au public. Le projet244 est une fabrique, une usine et non un lieu de diffusion.
Ces conditions, (bonnes ou mauvaises ???) on les a accepté, il y a maintenant 15 ans. 15 ans d’expérimentation extraordinaire malgré les conflits intérieurs que chacun peut imaginer. Et comme le dit la lettre anonyme, certain ont (financièrement) réussi, d’autre pas. Je pense qu’une centaine de cies et artistes sont passés par le projet. Délicat de stigmatiser le tout par l’exemple d’une ou 2 compagnies qui auraient réussi. Et d’ailleurs est-ce un crime ????
Alors où réside le problème ? Géographiquement il existe au milieu de cet ensemble immobilier de hangar, une maison d’habitation que nous ne louons pas, qui a toujours été habiter par des gens de passage. En 2010 arrive dans cette maison les gens qui formeront le groupe "thank for the futur" dont le projet est un projet anarchiste de squat comme outil politique anti-état (je résume sans doute).
Les textes sont fortement nourri d’idéologie post situationniste, ce qui n’est pas forcement fait pour nous déplaire. Alors ?????

Alors le conflit commence sur l’occupation de l’espace car un de leur outil politique est de faire vivre leur squat par l’organisation de concert, conférence et cinéma..... La même chose que nous, sauf que nous ,nous avons eu envie de légaliser notre démarche et eux veulent au contraire la laisser illégale car c’est la base même de l’outil. (pil poil la démarche inverse)
Le souci réside alors dans le fait qu’ils utilisent un espace en partie loué par des artistes , et sans nous prévenir de leur démarche. Que s’ils revendiquent la gratuité comme arme, nous ont la paie leur arme,sous forme de facture eau , électricité , ordure ménagère et surtout le point sans doute le plus complexe en responsabilité. Ce n’est pas l’état , ou une grosse banque ou monsentos qui est ponctionné, mais une bande d’artiste.
Au final, on peut se demander en quoi cela à quelque chose de politique ???? à y regarder, on est plutôt proche. (Guerre fratricide ???)
C’est alors que commencent les attaques comme quoi nous sommes corrompus avec le pouvoir. Corrompus de 3 sortes : avec la mairie locale, avec le capitalisme en général et avec la bourgeoisie. Nous sommes tellement corrompu que cela justifi toute les attaques possibles et imaginables, les campagnes d’affichage en ville nous traitant de facho, heu non pardon de SS, les lettres anonymes comme celle-ci qui engendrent nos 2 réponses (bien peu de chose au final)
Je croix profondement qu’ils se trompent de cible, mais malheureusement en nous ciblant, ils se tirent une balle dans le pied. (enfin c’est ce que je croix)

Le projet 244 va partir et l’association sera dissoute en 2014.Cette décision aura pris plus de 6 ans de réflexion. Quand ils sont arrivés sur les lieux 2010, j’ai pensé qu’ils voulaient le récupérer après notre départ. Pas pendant que nous étions là. Ils nous reproche de ne pas nous battre pour un tel lieu, favorisant ainsi la gentrification. C’est vrai, on a pas envie de se battre pour cette friche.
Mais peut-on nous traiter en même temps, d’être des capitalistes de la pire espèce, tout en nous demandant de ne pas lacher le lieu ???
La demande m’apparait bien paradoxale.

Alors oui, cette cohabitation est un échec, c’est plutôt douloureux de part et d’autre d’ailleurs.
Alors : "Pour être alternatif , faut il être illégal"
Ma réponse serait que (pour avoir expérimenter les deux ) : l’illégal et la légalisation , qu’il me semble que les deux démarches sont légitimes et sont émminamment contextuelles.
Là , vraiment le contexte ne s’y prétait pas. Du moins pas avec nous . Comment monter un truc illégal au milieu d’artistes qui tentent de l’être.

Et les reproches fusent , quand on est pas SS, kapos, capitalistes ou bourgeois, on devient exclave d’un système dont on est même pas consciens, tellement qu’on est bête et aveuglé par la culture dominante....
Il me reste bien peu de chose ne possédant ni cerveau , ni coeur, ni conscience, ni liberté, c’est donc dépourvue de tout cela que je me permets de répondre à cette lettre anonyme et te remercie Bouèb d’y avoir apporter un peu d’éclairage .
Parfois, je me demande ce qui motive ces mots . Jalousie ???? projection ????
Je vous souhaite une bonne journée et milles excuses pour ces mails à ralonge sur nos alléas locaux.

ZAZÜ
Artiste plasticien.
CO-présidente projet244
Fédé centre.

samedi 19 janvier 2013 à 18h11

Bonjour !

Les éléments et questionnements qui suivent, bien qu’ils ne soient pas explosifs, me sont personnels et n’engagent en rien la Fédé Breizh ou ces adhérents.

Je ne connais que très partiellement le sujet précis et très polémique dont vous nous faîtes généreusement part. Seules quelques pages parcourues sur la toile ont pu me renseigner.

Le fond soulevé m’interpelle fortement, comme un grondemment sourd qui annonce une avalanche. Alors, sans pouvoir prendre position précisémment sur votre histoire et votre actualité, j’entrevois des pépites croustillantes et des polémiques partageables, noyées dans la complexité de votre réalité. Ces pépites peuvent créer débats et donc résoudre des conflits enfouis depuis longtemps, mais qui collent encore. Ces sujets qui fâchent, le sont parce qu’ils touchent aux valeurs et viennent se frotter aux postures et aux démarches.

Voici des affirmations à débattre :

L’institutionalisation des Arts de la Rue crée une nouvelle culture bourgeoise !
Pour créer et être humble, il faut être pauvre !
La reconnaissance et le soutien des politiques publiques impliquent toujours une compromission !
Seule la précarité peut garantir la solidarité !
Ce qui est bon pour le milieu profite à la marge !
Il n’y a que des erreurs dans la marge !
Obtenir des moyens de production légalement est une traitrise sociale !
L’économie n’est pas sociale et solidaire !
En matière d’ultra-libéralisme, il n’y a pas pire que l’art !
Pour être alternatif, il faut être illégal !
...

Bref, vous touchez à des questions profondes, mais de loin, d’ici, les positionnements pris me paraîssent trop tranchés pour être compris et acceptables. Je ne vois pas comment nous pouvons prendre partie, et soutenir l’un ou l’autre des camps qui s’opposent ; à part en vous aidant à vous friter constructivement.

Un conflit est une bonne occasion pour se comprendre, et dès fois pour se mettre d’accord...

Bouèb

PS : comme vous avez les mains dedans, peut être que ceux ci vous seraient d’une bonne aide pour trouver des issues :

L’engrenage (à Tours) / Mail : unpaveatours@gmail.com / Site : http://lengrenage.blogspot.com/ / Tel : 06 77 95 31 43

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