Le syndicalisme en question.

mardi 29 janvier 2013
par  siksatnam
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Voici un texte, Le syndicalisme en question, qui a le mérite de poser la question, en se détachant de toutes formes dogmatiques et de tout avant-gardisme, de comment faire du syndicalisme tout en affirmant qu’il faut définitivement en finir avec l’industrie. Ce texte est extrait de L’Invendable n°10 de juillet 2012, journal de critique sociale en roannais (42). Depuis cette 1ère parution, le texte a été enrichi par son auteur et publié par les éditions Le Monde à l’envers en guise de conclusion de l’ouvrage collectif paru fin 2012, Métro, boulot, chimio. Débats autour du cancer industriel. Ce petit livre fort instructif est un recueil des échanges ayant fait suite aux émissionx Là-bas si j’y suis des 4 & 5 avril 2012 sur le sort des salariés du pôle vinylique de la société chimique Arkema vendue à une société américaine. Le reportage présentait le problème uniquement sous l’angle des pertes d’emploi sans jamais abordé les conséquences mortifères de cette industrie (cancer, pollution en tous genres, etc.).

Cette émission a provoqué de vifs échanges entre syndicalistes, ouvriéristes, luddites et autres militants que l’on trouve en partie retranscrits dans ce livre. On y trouve ainsi des textes de Pièces et Main d’œuvre, de François Ruffin (Là-bas si j’y suis & le journal Fakir), de Fabrice Nicolino (Charlie Hebdo), de Camille Sardon (Les Amis de l’Egalité - Blois) ou encore de François Gouget (CNT - auteur du texte ci-joint).

Le texte qui suit rappelle que si l’on ne peut se contenter d’un syndicalisme révolutionnaire ou d’un anarcho-syndicalisme tels qu’hérités du passé, on ne peut non plus se contenter d’un écologisme bon enfant - faire du maraîchage biologique ou quelques élevages de bêtes que ce soient, en se passant de toutes aspirations révolutionnaires et anti-autoritaires.

En espérant que nous puissions enfin avoir publiquement à Tours ce genre de débat.

Pour information, le livre Métro, boulot, chimio sera bientôt disponible à la librairie La niche.

Manu

« Le syndicalisme en question.

Le 9 et 10 juin, à l’occasion de son entrée à la bourse du travail de Roanne, la section locale de la Confédération nationale du travail (CNT, organisation anarcho-syndicaliste) a organisé une série de discussions autour d’une question prenant la forme d’un paradoxe : « défendre les salariés et combattre le salariat ? » Il s’agissait de soulever les problèmes posés par l’écart entre les objectifs révolutionnaires affichés par la CNT et la réalité de la situation des travailleurs auxquels elle s’adresse. Ces problèmes ne sont pas nouveaux : ils sont constitutifs de l’anarcho-syndicalisme. Ils n’ont cependant fait que s’accentuer avec la modernisation de la domination économique et les échecs révolutionnaires du XXe siècle.

Sur cette question du salariat, il était prévu, le premier jour, de parler des transformations du travail et de la disparition de sa critique radicale depuis les années 70 : Christian Corrouge et Marcel Durand, anciens OS (ouvriers spécialisés) de Peugeot-Sochaux, devaient introduire le sujet. Puis, le collectif Pièces et main d’œuvre était invité à poser le problème de la responsabilité des salariés dans la production industrielle des nuisances.

Les débats furent un peu houleux mais intéressants. Une opposition s’est notamment dessinée entre les tenants de la transformation des conditions de travail en usine et ceux de sa suppression. Ce désaccord, parmi d’autres, a sans doute influencé le déroulement de la discussion du dimanche. Il était prévu, ce jour-là, de donner la parole à des personnes non salariées dont nous nous sentons proches : en l’occurrence, un éleveur de Haute-Loire et un membre de l’atelier partagé « La Scierie » à Ambierle. Le but était de réfléchir au travail qu’il était possible de mener avec ces gens qui échappent au cadre traditionnel de syndicalisation et développent pourtant (ou par là-même) des pratiques correspondant aux idées que nous défendons.
Le débat a cependant essentiellement tourné autour d’une opposition entre démarches individuelles et collectives, ce qui en a surpris quelques-uns. L’ensemble des participants s’est néanmoins montré satisfait d’avoir pu discuter librement en abordant des questions de fond.

Pour ma part, je souhaite revenir sur les enjeux liés aux problèmes qui ont été abordés durant le week-end.

L’anarcho-syndicalisme, tel qu’il s’est constitué au siècle dernier, postule que le syndicat est un moyen privilégié pour une transformation révolutionnaire de la société et la base de son organisation future. Quelle qu’aie été la justesse de cette idée dans le contexte du début du vingtième siècle, elle se heurte aujourd’hui au fait que la quasi-totalité de l’appareil productif est devenue inutile ou nuisible à la vie telle qu’on peut souhaiter la mener. Si l’on ajoute à cela la dimension aliénante du travail et du salariat, on comprend la saine réaction de fuite qu’ils provoquent chez beaucoup de gens dans les milieux libertaires. Cela dit, cet état de fait ne favorise guère le travail syndical, ni l’implantation, les liens affectifs, les discussions ou la connaissance précise des conditions de travail qu’il nécessite. On peut par ailleurs s’interroger sur l’intérêt même d’un tel travail s’il n’y a, en fait, rien à sauver, ou si peu, dans les branches de pseudo métiers concernées. Si la représentation qu’on peut se faire d’une société meilleure implique le démantèlement, pur et pas si simple, d’une partie de l’appareil productif (et des infrastructures de transport et de distribution qui l’accompagnent), ainsi qu’une réorientation de sa part récupérable, et une réappropriation (voire une réinvention) des savoir-faire indispensables qui ont été perdus, alors c’est la tâche que doit poursuivre toute organisation d’individus s’intéressant aux activités productives, syndicat ou non. Il est évident qu’une telle évolution correspondrait à la disparition d’une bonne part de ce qu’on désigne habituellement sous le terme « syndicalisme ». Elle apparaît cependant nécessaire si l’on souhaite conserver, non pas le nom de la chose, mais le but qu’elle poursuivait à une époque donnée, dans des conditions historiques particulières très différentes de celles que nous connaissons ; avant, mettons, que les principaux syndicats ne deviennent de simples outils de régulation de l’exploitation de la main d’œuvre et de gestion des conflits sociaux.

L’intérêt d’une organisation centrée sur l’activité professionnelle salariée, aujourd’hui, serait essentiellement de développer un discours sur les branches d’industries où elle est active, qui expliquerait leur caractère nuisible et la nécessité de leur disparition ou de leur transformation radicale. Elle aurait alors toujours pour tâche de défendre les intérêts immédiats des salariés, mais redéfinis d’après cette perspective, tout en menant une réflexion sur des moyens de désertion qui dépassent l’acte individuel isolé, ou sur la reconversion éventuelle de certains lieux de production, etc. Ce n’est évidemment pas le plus simple à réaliser et on n’en voit pas le début d’une prémisse de commencement... Les usines ferment, pourtant, et manifestement sans espoir pour les salariés de retrouver du travail ; mais ils se mettent en grève, quand il est trop tard, en comptant sur les délégués CGT pour démontrer, contre l’évidence, que tel site automobile est utile, ou du moins pas totalement superflu.

Si, donc, ce n’est pas d’abord vers les salariés qu’on se tourne, c’est vers les autres qu’il faut le faire, en cherchant à soutenir la mise à distance du salariat dès à présent, et les initiatives pour transformer le mode de production capitaliste industriel. De quelle façon ? C’est ce dont il faudrait parler collectivement, dans des groupes de personnes décidés à discuter de leurs besoins et des moyens de les satisfaire, en évitant quand c’est possible les relations économiques. Les obstacles innombrables qui se dresseraient alors constitueraient en eux-mêmes un sujet d’étude à part entière. Ils permettraient aussi de désigner beaucoup plus surement que les spéculations abstraites les nuisances principales auxquelles il faudrait s’attaquer, d’abord et avant tout parce que, des pollutions de tout ordre au marché du foncier, elles empêchent les gens de prendre leurs affaires en main.

Florent Gouget, de la CNT roannaise  »


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