Non à un discours totalitaire bourré de contre-vérités

mercredi 13 mars 2013
par  siksatnam
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Dans une de leurs récentes sorties, nos "autonomes" font feu de tout bois contre l’ACIPA (association historique qui se bat contre le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes, depuis des décennies).

Ce sont toujours les mêmes méthodes qu’ils emploient : mensonges, calomnies et textes anonymes. Ils s’évertuent à penser que ces méthodes autoritaires feront fermer leurs clapets aux camarades qui ne pensent pas comme eux...

Nous venons de recevoir ce texte. A vous de juger :

Je ne peux rester sans réagir au contenu de l’article paru sur le site de Indymédia https://nantes.indymedia.org/article/27269 dont le titre est :

« L’Acipa n’hésite pas à DENONCER des camarades qui ne suivent pas le bon chemin ! »

Trois autres citations, car je ne peux recopier tout l’article :
« leurs tentatives de saboter des actions/projets différents, libertaires, spontanés ou de les dénigrer ne se comptent plus.
« l’Acipa voudrait-elle faciliter le travail des milices privées de Vinci ? »
« En visant l’Acipa, car nous ne supportons plus l’accumulation de comportements politiciens et policiers de leur part.... »

C’est clair : au delà de désaccords sur la conduite de la lutte, l’Acipa, ou du moins son bureau (sic) est non seulement traître à la lutte, mais carrément collabo (dénoncer renvoie clairement à la délation, comportements policiers, faciliter le travail des milices... tout ceci induit bien l’idée de collaboration, les rédacteurs de l’article ne peuvent pas ne pas s’en rendre compte !). L’accusation est posée !


une accumulation de contre-vérités

Celles-ci sont si grossières qu’aucun-e participant-e à la lutte ne peut se laisser abuser. Cependant, et précisément pour les non-participants, voici quelques rappels.
Sans remonter très loin dans l’historique de la lutte, on peut tout de même rredire que l’arrivée de nouveaux habitants/occupants sur la ZAD n’aurait jamais eu lieu à partir de 2008-2009 sans l’action préalable des ’vieux paysans’ historiques, de l’Acipa et de la Coordination, et de l’invitation faite à venir sur la zone pour ceux qui le souhaiteraient.

Pour les faits récents : contrairement aux affirmations de l’article, l’Acipa a appelé à se mobiliser dès le début de l’opération César, et a été entendue de nombre de ses militants, qui ont participé à la défense des lieux de vie, affronté les CRS et autres Gardes Mobiles, apporté immédiatement un soutien logistique (vêtements, nourriture, services divers, dont le lavage du linge...), tenu les permanences d’accueil à Notre Dame.

Des paysans ont accueilli les habitants dont les habitations avaient été détruites (à la Vache Rit pendant des semaines …) ; paysans et habitants en cœur (ACIPA ou pas) ont hébergé les stocks de matériel pour la reconstruction, prêté tracteurs et remorques, géré les parkings pour le 17 novembre, la Festi-ZAD, participé à la construction/reconstruction. Paysans et habitants de la Zad veillent et travaillent ensemble à Bellevue, préparent la manifestation de remise en culture le 13 avril. Toutes informations, appels relayés par l’Acipa dont la lettre est reçue à des milliers d’exemplaires. Infatigables, les membres du bureau de l’Acipa (et d’autres, mais eux sont aux premières loges) assurent sur le terrain une présence sans faille, en plus des centaines de réunions d’information dans toute la France, de participation à des débats, de réunions préparatoires à des actions juridiques, ou avec des élus.

La réécriture de l’histoire faite dans cet écrit (je me retiens pour ne pas dire torchon) est un scandale, je l’affirme tranquillement, en signant mes écrits, ce que ne font pas les auteurs de ce ’texte’.
La ZAD, un territoire partagé
C’est la réalité qu’il faut reconnaître, si on veut réellement vivre ensemble. Ce partage inclut les paysans, les habitants anciens ou récents, les riverains de la Zad et autres habitants des communes voisines, utilisateurs des routes. Il existe des solutions à rechercher ensemble, par exemple pour permettre aux tracteurs d’avoir accès aux champs quand les travaux de printemps vont reprendre ;la libération (partielle éventuellement) des routes avec création d’un cheminement piétonnier sûr est travaillée par des personnes de différentes ’sensibilités’. Est-ce cela ’faciliter le travail des milices privées de Vinci ?

Toutes les avancées qui ont pu être faites dans le dialogue entre l’Acipa et DES zadistes (Les zadistes, çà n’existe pas !) sont niées ici.
un cocktail d’axiomes (c’est-à-dire de propositions non démontrées et supposées vraies, que l’on considère comme définitivement acquises dans les raisonnements ultérieurs)
Je cite :

« Pour une lutte directe et sans compromission »
« La zad a besoin de tous et toutes, sous toutes les formes de résistance directe »

C’est clair : là est l’axiome principal : il n’existe que la ’résistance directe’

Eh bien, non !

Je préfère personnellement la position de l’Acipa, plus réaliste et plus ouverte : celle des ’trois pieds’ dans la lutte
l’action citoyenne, dans laquelle sont incluses toutes les actions d’information, popularisation..., mais aussi tous les actes de résistance, de défense du territoire, face aux ’forces du désordre’, comme nous avons pu les mener depuis le début de l’opération César, mais aussi avant. Nous avons dans ces dernières subi la violence, nous y avons fait face, chacun selon ses convictions ou moyens.
L’action juridique, si décriée par vous ; pourtant nous sommes présents aux audiences diverses, des inculpés de tous les bords, pourtant nous menons la bataille auprès des instances de France et de l’Europe pour démolir le projet, obtenir enfin son abandon !
l’action politique : quoiqu’on en ait, c’est bien une décision politique qui abandonnera le projet ; s’ouvriront immédiatement d’autres batailles, sur le devenir du territoire préservé.

Ce positionnement des ’trois pieds’ permet d’associer à la lutte un grand nombre de personnes et de moyens de lutte : car pour gagner il faut créer un ’rapport de forces’ face à un pouvoir central qui a tout l’arsenal policier, judiciaire, médiatique... à sa disposition ; cela suppose que les partisans de la lutte puissent obtenir très largement l’appui des populations. Et cela suppose aussi (au minimum) une action collective organisée, avec respect réciproque, et prise en compte des avancées dans la lutte, dans une vision un peu dialectique.

De ce point de vue, ressortir le texte ’pacifistes que çà’ https://zad.nadir.org/spip.php?article861 sans tenir compte des réactions, échanges... qu’il a suscité ensuite est bien significatif d’une volonté d’isolement. De même, au sujet des événements du festi-carnaval dimanche (je n’y étais pas, donc je me base sur ce que l’article en dit, et les témoignages que j’ai pu avoir) je note qu’encore une fois nous sommes traités en flics (« surveiller le carnaval »), et l’article considère que vouloir « décompresser de cette occupation militaire » justifie toute initiative, hors agression des flics (si ce n’est l’ordinaire, leur présence bien sûr), sortant ainsi du cadre de légitime défense face à la destruction des maisons, du bocage... qui est la base du soutien de l’ACIPA et de la population à notre résistance.

En guise de conclusion

Je sors maintenant de mon cadre précédent (celui d’une militante de l’Acipa) pour des affirmations plus personnelles, et pour m’adresser à vous, rédacteurs de l’article.
Dans une lutte comme la nôtre, et en dehors, ceux qui se croient les seuls purs me fichent vraiment la trouille. Voulez-vous vraiment être les hérauts d’un totalitarisme pas si nouveau que çà ? Celui de la violence minoritaire qui vaincra le méchant capital ? (où ? quand ?comment ? avec qui ?)
La détestation de ce dernier (le capital), je la partage avec vous, mais j’ai bien peur que nous n’ayons pas beaucoup d’autres points communs... sauf la lutte contre le projet d’aéroport, que nous poursuivrons jusqu’à la victoire, dans l’unité la plus large possible...

le 10 mars 2013


Geneviève Coiffard-Grosdoy,
simple membre de l’ACIPA
(sans responsabilité dans l’association)



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