Leurs miches valent plus que nos salaires !

mercredi 5 juin 2013
par  siksatnam
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“ Cette fois -ci, on ne lâchera pas ! ”. C’est le cri sourd et têtu qui s’est échappé des entrailles du monde du travail et de la jeunesse en Automne 2010. Le mouvement social dans lequel il s’est lancé à corps perdu pour sauver le système de retraite par répartition des griffes de Sarkozy et du Medef fut beaucoup plus qu’un coup de colère contre un coup tordu de plus. C’est le refus de continuer de subir et de perdre qui a ébranlé la France en octobre/novembre 2010.

Les manifestations toujours plus massives, le blocages des raffineries et les mouvements de grèves reconductibles lancés par plusieurs secteurs professionnels incarnaient l’expression d’une même volonté : “ trente ans de défaites successives, ça suffit ”. Pourtant, même si les lignes ont bougé, mêmes si de nouveaux modes d’actions ont vu le jour, même si cette lutte a permi à des gens qui se tenaient d’habitude très loin des luttes d’entrer dans la danse de la contestation, même si poussée par la base, l’Intersyndicale a fait preuve d’une longévité inattendue, et bien malgré tout cela nous avons fini par lâcher... une fois de plus.

La capacité du gouvernement à passer en force en se foutant éperdument de la volonté populaire n’explique pas tout. L’aspect le plus étrange et le plus paradoxal de ce mouvement résidait sans doute dans le fait que la plus puissante des déterminations à refuser de servir de paillasson pour la classe dominante côtoyait la certitude que la défaite serait une fois plus au bout du chemin. En cela, nous trainons comme une malédiction la réalité d’un monde syndical désemparé qui depuis plus de 15 ans ne fait qu’une seule chose : encaisser les mauvais coups...lorsqu’il ne donne pas lui même le bâton pour nous faire battre.

Deux options pour défendre le monde du travail :
Soins palliatifs ou euthanasie

A la fin des années 1990, il s’est passé un tas de choses étranges du côté des structures syndicales. La CFDT qui était déjà très molle des genoux, s’est mise carrément à défendre le patronat au lieu des travailleurs. Peut-être qu’à force de fréquenter le milieu des affaires, d’écumer chaque année l’université d’été du Medef et de servir de consultants pour des patrons, les leaders de la CFDT ont fini par croire que le monde du travail, c’était le Capital ?

Mais une rumeur beaucoup plus inquiétante circule sur les vraies raisons qui auraient poussé la Centrale Syndicale à passer de la couardise à la traitrise. Vous n’avez jamais remarqué ? Depuis quelques temps les syndiqués CFDT se traînent une allure et un comportement plus qu’étrange ; Ils sont devenus tout jaunes. Et si vous observez attentivement leur main droite, vous constaterez qu’un stylo leur a poussé entre le pouce et l’index ! Jusqu’ici, vous direz où est le problème ? ça peut être pratique. Sauf que ces cons se servent de leur nouvel organe pour signer toutes les saloperies proposées par le gouvernement et les patrons... et cela dans le dos des autres Centrales Syndicales et des travailleurs. Outre le fait d’apposer sa petite paraphe sur les différentes conventions UNEDIC qui ont enfoncé, entre autre, les intermittents du spectacle, La CFDT a usé de son super gadget pour participer joyeusement au second acte de la casse du système de retraite par répartition orchestré par Fillon en 2003.

Non contente de signer de plus en plus régulièrement les arrêts de mort des travailleurs et des chômeurs, consciensieusement préparés par la classe dirigeante, la CFDT balance ceux qui luttent en pâture aux flics. Les membres de la Compagnie théâtrale “Jolie Môme” se souviendront longtemps de leur petite visite au siège de la Confédération où ils se rendaient pour demander des comptes aux dirigeants du syndicat sur leurs trahisons à répétition. Ils s’en sont sortis avec une plainte pour violation de domicile. La défense de la propriété privée semble devenue quelque chose de très cruciale pour les cédétistes... voilà une innovation syndicale !

Donc, la vraie question c’est : pourquoi ce comportement de raclure ? Et bien... tout découlerait d’une mutation génétique...d’où le stylo et la nouvelle pigmentation jaune cocu qui, il faut le reconnaître, sied à ravir aux membres de la CFDT (il faut tout de même préciser que les cocufiés, dans cette histoire... c’est nous). En effet, à force de lécher le cul du patronat, des poils malencontreusement ingurgités leur seraient montés au cerveau, finissant par devenir partie intégrante de leur matière grise et déglinguant de manière irréversible leur hémisphère cérébral gauche. Les Cédétistes sont donc génétiquement modifiés à base de patrons (comme quoi les OGM, c’est vraiment de la saloperie). Ne me demandez pas comment tout cela est scientifiquement possible... Je sais juste que c’est syndicalement catastrophique. Pour les petits curieux, un article dans la revue “ Nature ” va paraître prochainement sur le sujet.

La CGT, pour sa part, fait face à d’autres problèmes. Si on ne peut qu’approuver le fait qu’elle ne soit plus la courroie de transmission du P.C.F, on est par contre très inquiet des troubles du comportement qui la touche depuis quelques temps.Syndicat timide et déboussolé, la CGT l’est en parole et en pratique. Dans le texte, c’est une oscillation perpétuelle entre l’intériorisation du discours dominant et le constat de la nocivité du capitalisme. D’un côté, on est lucide sur la nature du système. De l’autre, on condamne “ l’exclusion ”, on prône “ le vivre ensemble ” et le renforcement “ du lien social ”. Les travailleurs qui produisent les richesses et façonnent le monde concret sont remplacés par les “ salariés ” qui se contentent de toucher passivement un salaire en fin de mois.
Ce grand écart schizophrénique débouche sur la proposition étrange de renforcer et de sécuriser ce qui est pourtant à l’origine de l’exploitation des travailleurs par le Capital : le salariat.

Il faut lutter pour l’avènement d’un “ Nouveau Statut du Travailleur Salarié ”. La logique semble infaillible. La classe dominante précarise et frangilise le salariat pour faire exploser ses taux de profits ? Protégeons les salariés en leur octroyant de nouveaux droits ! quitte à prendre le risque d’éterniser le rapport de subordination qui enchaîne le Travail au Capital.

Existe-il une alternative à ce mode de pensé binaire centré sur le principe“ Nous sommes attaqué, nous nous défendons ” qui apparait aussi archaïque et “ has been ” que la coupe de cheveux de Bernard Thibaud ? Certainement. Il suffirait de partir de l’évidence qu’en fragilisant les salariés pour s’en foutre plein les fouilles, les capitalistes prennent le risque de saper les fondements même de leur domination, c’est-à-dire le système salarial lui même. Ils scient la branche sur laquelle ils se trouvent confortablement installés.Au lieu d’essayer de consolider la branche à coup de rouleau de scotch, les travailleurs pourraient faire un petit pas côté pour se poser sur une branche saine, arracher la scie des mains des capitalistes et terminer le travail pour que ces derniers se vautrent tout seul comme des grands. Bien sûr, cela demanderait de faire l’effort de porter des propositions qui sapent le pouvoir des patrons, qui contestent leur mainmise sur la gestion de la production, qui remettent en cause leur statut de propriétaire, qui permettent au travail de s’affirmer en dehors du carcan salarial.

Il n’y a malheureusement pas que sur le papier que la CGT fait preuve de frilosité. L’organisation a un peu trop tendance à montrer les dents une fois que le mal est fait ou à enfoncer la tête dans ses épaules pour amortir le plus possible les coups de bâtons. En témoigne la situation de quiproquo qui régnait lors du dernier mouvement social sur les retraites où les militants hurlaient dans les manifestations pour le retrait pur et simple du projet de loi lorsqu’au même moment... les leaders syndicaux parlaient de négociations ou d’élaboration d’une autre réforme (quelle type d’autre réforme est-il possible avec la droite au pouvoir ?).

Il est aussi rigolo de voir comment se comportent certains militants CGT qui officient dans des collectivités locales dirigés par le Parti Communiste Français. Des élus dits de gauche agissent avec leur salariés comme les pires des voyous capitalistes ? Ils précarisent le travail et privatisent lentement mais sûrement le Service Public Communal ? C’est pas grave. On leur trouve des circonstances atténuantes. On arrondit les angles. En cas de conflit, on disparait en laissant les petits copains, qui n’ont pas peur d’affronter des collaborateurs de classes, aller tout seuls à la marave. On invoque le rapport de force dégradé, la droite au pouvoir, les difficultés financières etc... En bref, pour fuir ses responsabilités syndicales et protéger ses miches, on chouine.

Pour expliquer ce pitoyable tableau général, on aurait beau jeu de rejeter toutes les responsabilités sur le dos des Directions Syndicales. Certes, le statut de permanent n’aide pas à se rapprocher des travailleurs. Il facilite plutôt le mimétisme patronal. Il n’ y a qu’à voir comment Marc Blondel, son éternel cigare vissé au bec, traitait son chauffeur. D’ailleurs, quoi de plus normal qu’un défenseur des exploités qui pose bien confortablement son cul sur la banquette arrière d’une safrane ?

Si les cadres syndicaux peuvent s’offrir tant de latitudes gestionnaires, c’est aussi un peu de notre faute à nous, qui sommes englués dans la spirale du défaitisme. C’est nous qui beuglons “ résistance ! ” à longueur de luttes. C’est nous qui rentrons au bercail la queue entre les jambes en pestant contre la traîtrise de nos dirigeants et en attendant les prochaines élections présidentielles pour espérer un changement qui ne viendra pas.

La politique c’est caca, faut pas toucher

S’en remettre aveuglément aux organisations politiques pour combler les lacunes dont souffre le travail syndical en dit long sur la manie de compartimentation dont souffre le syndicalisme aujourd’hui. Il est vrai que pendant longtemps l’échiquier partisan a parasité, voir corseté la vie syndicale. La domination paternaliste du P.C.F a longtemps pesé sur les épaules de la CGT, pour le meilleur et souvent pour le pire. La guerre froide a aussi poussé la CIA à créer son propre syndicat, Force Ouvrière, avec pour objectif de contrer l’influence du “ Grand Parti des Travailleurs ”.

Revendiquer l’indépendance du travail syndical et ne plus vouloir rejouer le rôle de courroie de transmission d’un quelconque parti politique est tout à fait légitime. Ce qui est plus discutable en revanche, c’est de s’obstiner à séparer la défense “ économique ” des intérêts des travailleurs, qui serait obligatoirement enfermée dans la quotidienneté et dans une logique d’amélioration des conditions de travail, de l’élaboration d’un nécessaire projet politique de transformation radicale de la société.

En Assemblée Générale, lorsqu’on ose avancer qu’un syndicat a son mot à dire et des pratiques à construire pour contribuer à l’émergence d’un société alternative au capitalisme, il y a toujours une petite voix bien pensante qui s’élève pour remettre les pendules à l’heure : “ On est pas là pour faire de la politique ! ” Bizarrement cette petite voix est presque toujours la propriété d’une personne inféodée à une organisation politique.

Pour dire les choses un peu plus crûment, ce genre de laïus, c’est toujours la petite chanson soumise des larbins. Mais c’est vrai, après tout, on devient peut-être syndicaliste pour faire du tricot ou pour animer des ateliers “crocodiles en perle” ? Parce qu’il faut bien le dire, détruire le régime de retraite par répartition, privatiser les Services Publics, saccager le code du travail, cela n’a rien de politique. Ce genre de trous du cul, malheureusement encore trop présents, n’a toujours pas compris que le capitalisme n’était pas seulement un fait économique mais une formation sociale organisant l’ensemble de la société et structurant toutes ses dimensions. Cela signifie en clair que tant que le syndicalisme se résumera à un inventaire à la Prévert visant uniquement à améliorer le sort des “ salariés ”, tant qu’il se refusera à irriguer le champ politique, il ne pourra pas être une arme pertinente entre les mains des travailleurs. Il aura toujours un temps de retard sur les attaques du capitalisme.

Pourtant, construire un syndicalisme de transformation politique radical ne devrait pas relever de l’utopie. Il suffirait d’articuler la défense des intérêts des travailleurs avec la nécessité de leur donner les moyens de décider par eux même et pour eux même de leur propre destin. Un simple exemple : lorsqu’une boite menace de fermer pour cause de plan social, au lieu de renifler les fesses d’un futur repreneur qui exploitera les salariés de la même manière que son prédécesseur en écrémant les effectifs au passage, un travail syndical pertinent pourrait consister à aider les travailleurs à reprendre eux même la gestion collective de leur entreprise. De même, la construction d’une liaison entre le monde associatif, les organisations politiques et les syndicats pourrait contribuer à faire tomber les barrières.

Même s’il y a encore énormément de chemin à parcourir pour que s’impose réellement un tel paysage syndical, les recompositions à l’oeuvre et l’émergence de nouvelles pratiques et de formes d’actions inédites nous donnent des raisons d’espérer. Il est très positif, par exemple, de voir s’esquisser des équipes syndicales de base renouvelées et radicalisées issues d’organisations syndicales différentes (SUD et la CGT, par exemple) qui travaillent ensemble. Il est interessant de constater que les mêmes s’interrogent sur la démocratie syndicale en s’attelant à en modifier les formes et à en renforcer le contenu. Si tout cela prend corps et se développe, peut-être qu’un jour prochain, agir arrêtera de cotoyer le verbe subir.


Texte : Munin
Dessins : Fañch Ar Ruz
Sous licence creative commons BY-NC-ND



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