Prix Goncourt : Lydie Salvayre récompensée pour « Pas pleurer »

mercredi 5 novembre 2014
par  Le Plombier
popularité : 7%

" Elle a déjoué tous les pronostics. Le prix Goncourt est allé à Lydie Salvayre, pour Pas pleurer (Seuil), qui a remporté six voix, alors que la victoire semblait se jouer depuis deux semaines entre Charlotte, de David Foenkinos (Gallimard) et Meursault contre-enquête (Actes Sud, quatre voix), de Kamel Daoud. La quatrième finaliste était Pauline Dreyfus, avec Ce sont des choses qui arrivent (Grasset).
Annoncé dans la foulée, au même endroit (le restaurant Drouant, qui accueille le Goncourt depuis cent ans), le prix Renaudot a récompensé David Foenkinos pour Charlotte (Gallimard).

Autour d’une anisette

Durant l’été 1936, quand éclate la guerre civile espagnole, alors qu’il est à Majorque, l’écrivain Georges Bernanos, catholique, monarchiste, compagnon de Maurras, est révulsé par les atrocités de la nuit franquiste, qui lui inspireront Les Grands Cimetières sous la lune (1938). Pendant ce même été, Montse, la mère de la narratrice, a 15 ans et vit à Barcelone l’émerveillement d’une révolution libertaire, elle, la « mauvaise pauvre », naguère montrée du doigt par les notables de son village catalan. Soixante-quinze ans plus tard, Montse raconte cette époque à sa fille, la narratrice, autour d’une anisette.

Lydie Salvayre passe de l’un à l’autre, fait le lien. D’un même mouvement, elle se laisse ventriloquer par la prose envoûtante de Bernanos, dont les admirateurs reconnaîtront ici plus que les accents, et s’abandonne aussi à la langue de sa propre mère, mélange si singulier de français et d’espagnol. Entre ces deux paroles d’exilés qu’à l’origine tout semble opposer, le sexe, la classe, les idées, Lydie Salvayre crée une solidarité ­vitale. Pour cela, elle s’en remet à cet esprit d’insou­mission que Bernanos nommait l’« esprit d’enfance ». Avec sensibilité et insolence, elle proclame magnifiquement sa fidélité au langage de la jeunesse. Et démontre que cette langue, qui n’a rien à voir avec l’âge, relève d’abord de l’obstination, de ­l’héroïsme et de la grâce.

Une vingtaine de livres

Née en 1948 d’un couple de républicains espagnols exilés dans le sud de la France, Lydie Salvayre est l’une des romanciers français les plus reconnus de sa génération. Son œuvre, composé d’une vingtaine de livres, est traduit en une vingtaine de langues. Son quatrième ouvrage, La Compagnie des spectres (Verticales, 1997), lui avait valu le prix Novembre ".


" LE MONDE DES LIVRES " Par Jean Birnbaum


Commentaires  (fermé)

Logo de Doublebu
mardi 18 novembre 2014 à 10h55 - par  Doublebu

- Un régal !
La tourmente révolutionnaire combattue par le fascisme, vécue à travers le prisme d’un petit village inféodé à un grand propriétaire et à la tradition. Une petite histoire dans la grande, qui n’est pas sans interroger sur les "aventures "collectives, la nécessaire éducation populaire, les avant-gardes éclairées, la "pureté" d’une cause ou idéologie, fusse t’elle libertaire, confrontée à l’amateurisme romantique des uns et la cruelle stratégie politique des autres .
Pourtant, Montsé, qui au soir de sa vie, n’en retiendra que cet été 1936 , répond ,malicieusement, à l’intérêt de telles "aventures".

Navigation

Articles de la rubrique