aujourd’hui, ça va être la fête à Bruno Julliard.

mardi 3 juillet 2007
par  siksatnam
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Julliard, le mec de l’Unef, le syndicat étudiant, la pouponnière des stars de la politique.

Le Pen, Hollande, Buffet, pour ne citer que le dessus du panier (de crabes ), ont commencé dirigeants de l’Unef.
Qui a été, suivant les cas, à gauche, à l’extrème gauche ou à droite, à l’extrème droite.
On doit à Cambadélis, alors président du syndicat, la vente de celui-ci au PS, contre un siège de député deux ans plus tard.
Dans ces conditions, on peut s’intéresser au petit Julliard.
Il a certainement de l’avenir.
A « gauche » donc, pour commencer...
Vous avez vu sa tronche (cft supra) ?
De gendre idéal, parait-il.
Car on ne compte plus les mères qui haïssent leurs filles. Non, je déconne, il est très bien, Bruno. C’est le chéri à sa maman. (La mère de Bruno est aussi la maire du Puy-en-Velay.)
Son petit était animateur fédéral des Jeunes Socialistes de Haute-Loire jusqu’en 2005, date à laquelle il a été élu président de l’Unef.
Il a alors, au nom de l’indépendance syndicale, rendu sa carte du PS et rompu tous contacts avec le parti. Sauf avec Hollande et Emanuelli, mais là c’est pas pareil, il s’agit d’amis. Et maman, bien sûr, mais comment le lui reprocher ?
Enfin, bref, la routine : il faut bien que les jeunes avec des dents qui rayent le parquet fassent leurs débuts dans la vie.Mais Bruno sort du lot.
Là, on a affaire à un spécimen qui n’a pas eu besoin d’apprendre (vite). Il est tombé dedans quand il était petit. Il connaissait la combine avant même de savoir qu’elle existe. Il nous fait un vrai récital, un pur exemple d’activité syndicale.

Acte 1 :

Bruno est élu président de l’Unef, et les manifs anti-CPE éclatent. N’y voyez aucune relation de cause à effet. Bruno n’y est pour rien, et pour une bonne raison, c’est que dans la vraie vie, l’Unef n’existe pas. Il n’empêche, ça chahute grave.
Comme il faut bien controler tout ça, on sort les grands moyens et on exhume l’Unef, morte depuis des lustres, sous la forme du jeune Julliard. Il est partout, Bruno, sur toutes les chaines, le matin, le midi, le soir, la nuit, à toutes les infos. Il revit, il prend la tête de la grève virtuelle, celle qui passe à la télé, et s’efforce depuis ce poste (cathodique) d’en organiser les modalités pratiques : d’abord et avant tout, lever les piquets de grève ! (appelés modestement « blocages », vous vous rappelez ?). Ça tombe bien, justement le Gouvernement et TF1 trouvaient eux aussi malsains tous ces blocages et tous ces bloqueurs.
Regain d’enthousiasme à l’égard de Bruno dans les médias.
Car ce n’est pas la grève qui l’intéresse, Bruno, mais l’opinion publique, celle où il est, celle de la télé. Sur ce terrain (l’opinion), il rejoindra toute la gauche syndicale et gouvernementale qui n’appelle pas à la grève mais à manifester.
Histoire de mobiliser l’électorat (ce chien d’électorat ne l’est jamais assez).Et qui décréte la fin du mouvement dès suspension du CPE. Ces bonnes âmes avaient volé au secours du succès afin qu’il n’ait pas lieu sans eux. Ils ont abandonné le mouvement (provoquant ainsi sa débandade) dès qu’ils en eurent engrangé les bénéfices.
Bien joué, Bruno, victoire sur toute la ligne.

Acte 2 :

2006, RAS.

Bruno écrit un livre, expliquant comment, grâce à lui, la révolte anti-CPE a triomphé.. Tu iras loin, Bruno, on est tous avec toi.

Acte 3 :

2007, Sarkozy arrive, en criant sur tous les toits que sa priorité, le premier truc qu’il fera, c’est de « réformer » l’universiré. C’est-à- dire la privatiser. Aussi sec, les étudiants démarrent la grève, déjà, Censier est occupée.
Bruno réapparait enfin sur les écrans. Il partage les justes craintes des camarades en lutte, mais se demande si c’est bien le moment d’entamer une action. Les vacances sont trop proches. (En réalité moins proches que les exams, et surtout les législatives, mais chuuuuuuuttt).
On n’a pas le texte du projet, on va au casse-gueule, remettons ça à la rentrée, la droite (infame) ne perd rien pour attendre. Ces arguments massue firent forte impression. La grève fut suspendue et tout rentra dans l’ordre.
Deux mois se passent, et les élections avec. La semaine dernière, Valérie Pécresse présente le fameux projet. Comme de juste, Bruno s’insurge. Inacceptable ! Parodie de concertation ! Retenez-moi ou je fais un malheur !
Deux jours plus tard, nouveau projet, et c’est l’arc-en ciel après l’orage.
Les oiseaux chantent, les fleurs s’ouvrent, Bambi bondit, et les sept nains rentrent du boulot en entonnant Heili Heilo.
Bruno trouve qu’il s’agit d’un exceeeeellent projet.
Meilleur que ça, tu meurs.

Que s’est-il passé ? Apparemment, rien.
Les universités échappent toujours à l’ Etat (elles sont régionalisées). Les directeurs auront la haute main sur le recrutement des profs, ils feront appel aux finacements privés, et ils auront toujours au conseil d’administration un tiers de représentants du patronnat.
Les syndicats enseignants hurlent qu’on les égorge, qu’on va direct à la mise en concurrence des facs, à la création de quelques unes de prestige d’une part (pour les bourges), et à la transformation des autres en LEP à bac +5.
Mais pas Bruno, justement, ni d’ailleurs aucun de ses petits copains des autres syndicats étudiants.
Eux voient plutôt la vie en rose. Car voici que seront créés des postes de vice-président d’université. En charge des questions de la vie étudiante. En liaison avec les CROUS. Et qui seront occupés par les représentants étudiants. En clair, l’Unef. Et pour les miettes (mais il n’est pas interdit d’espérer), la Conf’ Etudiante et les fachos de l’UNI.
Qui tous ensemble, enfin réunis, crient au miracle ! On va les appeler Monseigneur. Leur offrir de la LSGPE (Légitimité.Syndicale Garantie Par l’Etat).
Du pognon à distribuer partout. Et surtout aux amis nécessiteux. Et les moyens de controler la masse étudiante.
Ils ne devraient pas trop décevoir leurs généreux employeurs.
Et d’ailleurs nous les verrons bientôt à l’oeuvre puisqu’aussi bien, en dépit des émerveillements de Bruno Julliard, ça grèvera grave dans les facs à la rentrée.

Epilogue :

L’Unef n’est pas un cas à part, ni Bruno un exceptionnel ripou.
Il fera bientôt la preuve de son ancrage à gauche en devenant l’élu PS d’une quelconque circonscription (et j’en profite pour adresser à ses futurs électeurs toutes mes condoléances anticipées). Un peu de curiosité vous prouvera que tous les syndicats partagent les préoccupations radicales de l’Unef ou de l’Uni.
On a vu CGT, CFDT, FO, UNSA, FSU, vendre en 2003 les retraites de la fonction publique contre une participation à la gestion du système. Ils s’apprètent à vendre le droit de grève contre des mécanismes obligatoires de concertations préalables. C’est la logique d’un syndicalisme « responsable », que toute la gauche appelle de ses voeux, cft les propositions à ce sujet de Ségolène Royal à la présidentielle.
La lutte principale n’est plus sur le champ de bataille mais à la table des négociations. Et l’enjeu de cette lutte n’est plus la répartition des richesses mais la répartition du contrôle social.

Bises à tous.

Publié par Gérard Amate



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