Qu’en est-il de notre inscription au patrimoine mondial UNESCO ?

vendredi 27 janvier 2017
par  Le Plombier
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La ville de Tours a le privilège d’appartenir au « Val de Loire Patrimoine Mondial » de l’UNESCO, et même d’être considérée comme l’une de ses entrées les plus symboliques, eu égard à la richesse de son patrimoine ligérien. Nos décideurs se préoccupent beaucoup des bénéfices tirés de ce prestigieux label, mais moins des contraintes afférentes. C’est à se demander s’ils sont informés du contenu de la Charte d’engagement, souscrite en 2000, et du Plan de Gestion, signée par les collectivités locales (2 régions, 4 départements, 164 communes) afin de valoriser la conservation des biens classés. Un temps pionnière et exemplaire dans le domaine de la protection du patrimoine (premier secteur sauvegardé de France, dès 1960), notre ville fait maintenant figure de cancre. Aux XIème Rencontres « Val de Loire Patrimoine Mondial », en novembre 2016), nos édiles n’osaient même pas évoquer leurs projets. Trois exemples suffisent à illustrer cette dérive.

1) L’aménagement du « Haut de la Rue Nationale » avec l’implantation de deux tours Hôtel (Hilton ?). Le chantier remet totalement en cause la notion d’aménagement tant les documents d’urbanisme (SCOT, PLU, nouveau PSMV) ont été dénaturés afin de permettre l’entassement de « cubes beiges » en plein cœur du secteur sauvegardé, remplaçant ce qui passait fin XVIIIème siècle pour l’une des plus belles entrées de ville de France. L’architecture retenue s’avère incompatible avec les prescriptions de la Charte d’engagement et du Plan de Gestion « Val de Loire Patrimoine Mondial ». Le projet ne cadre en rien avec la composition urbaine du « modèle ligérien » de ville historique et remet en cause le concept de « Valeur Universelle Exceptionnelle » (VUE) garant de l’attribution du label. Ce constat a conduit notre association, le 26 janvier 2016 à saisir l’UNESCO de la question avec l’appui de la plupart des associations environnementales et patrimoniales tourangelles, et même nationales. L’AQUAVIT attend de lire le « Rapport sur l’Etat de Conservation du Site » qui a été demandé au Ministère de la Culture et les conclusions qu’en tire l’inspection de l’UNESCO.

2) Le projet d’aile Cligman, destinée à héberger une donation, adossée au Musée des Beaux-Arts, défigurant la plus belle composition paysagère classique de la ville de Tours, bénéficiant de multiples protections. La mairie, les services de l’Etat et les commissions ad hoc se sont discrédités en se pliant aux volontés du donateur. Cette construction ne faisait même pas référence aux enjeux du classement (Critère 4). Un journaliste de La Tribune de l’Art a d’ailleurs saisi l’UNESCO de cette défaillance. Suite à une levée de boucliers, le projet a été abandonné, non sans résistance.

3) L’arrêté de déclassement et de mise en transparence de la digue du Canal (qui longe l’A10 entre Tours et St Pierre des Corps). Cet ouvrage symbolise la protection de la ville contre les inondations et la navigation fluviale, éléments du patrimoine protégés dans le Plan de Gestion (page 28). L’arrêté ne mentionne aucunement l’appartenance au périmètre UNESCO et a été pris avant tout « diagnostic paysager systématique », lequel est aussi ignoré des deux dossiers précédents. L’AQUAVIT a déposé un recours devant le Tribunal Administratif d’Orléans. Devra-t-elle à nouveau saisir l’UNESCO ?

L’AQUAVIT déplore les transcriptions permissives des contraintes UNESCO dans les documents d’urbanisme, permettant toutes finasseries procédurières pour lancer des projets incompatibles avec le classement. Le « Comité du Patrimoine Mondial » a les capacités de faire respecter les engagements pris. Pour les avoir oubliés, la ville de Dresde a perdu son inscription et d’autres villes ont dû renoncer à des projets urbanistiques ou les corriger (pont de Bordeaux, éolienne près du Mont St Michel…). Outre les cas de saisine préalable, des inspections régulières sont programmées, la prochaine en 2019 pour le Val de Loire. Une commune qui ne respecte pas ses engagements peut ainsi être sortie du périmètre. Elle devrait en être prévenue par l’Etat, qui est responsable du classement. Comment se fait-il qu’il soit si laxiste ?

Liens :

- Rue Nationale : http://aquavit37.fr/2014natiolale/unesco.html

- Musée des Beaux-Arts : http://aquavit37.fr/2016musee

- Digue du canal : http://aquavit37.fr/2015digue

- Charte d’engagement : http://www.valdeloire.org/uploadfiles/publications/3141/Charte-d-engagement.pdf

- Plan de gestion : http://whc.unesco.org/document/138546

- Article « Aquavit-Unesco : l’État fera un rapport » : http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2016/02/04/Aquavit-Unesco-l-Etat-fera-un-rapport-2613138
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