Ce jeudi-là

vendredi 1er décembre 2017
par  Le Plombier
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Aujourd’hui jeudi 30 novembre, voilà 8 mois que la vie de notre famille a basculé. Plus rien n’est pareil depuis que notre proche Angelo Garand a été abattu de 7 balles dans le torse par des gendarmes de l’antenne du GIGN de Tours, venus l’interpeller chez nos parents à Seur, près de Blois . Nous étions le 30 mars 2017, c’était aussi un jeudi. Avec le temps on n’oublie pas bien au contraire. Depuis 8 mois, nous vivons chaque jour dans la douleur, la colère et la détermination à poursuivre notre combat pour la Vérité et la Justice. La lutte pour la mémoire d’Angelo est devenue notre quotidien. Et chaque 30 du mois, nous revivons cette journée du 30 mars dernier, le dernier jour d’Angelo Garand.

Ce jeudi-là, un jour ensoleillé, Angelo était venu vers 13 heures partager un repas en famille. Un moment de répit pour lui qui était incarcéré 6 mois plus tôt à la prison de Vivonne, près de Poitiers, pour des vols. Depuis ses 22 ans, pour une conduite sans permis et une bagarre, Angelo était tombé dans l’engrenage carcéral. En septembre 2016, on lui avait accordé une seule journée de permission pour visiter sa famille, près de Blois. Angelo était le père de 3 enfants de 19,17 et 12 ans. L’éloignement de sa famille lui pesait. Alors il n’avait pas réintégré pas la prison. La tentation de rester auprès des siens avait été trop forte. Depuis, il vivait auprès d’eux, allant et venant sans se cacher. Le 30 mars, Angelo venait juste d’arriver pour partager une grillade, quand l’antenne du GIGN a pris d’assaut le terrain familial, une vieille bâtisse au milieu des champs. Tout est allé très vite. Angelo s’est réfugié dans une petite remise sans issue. Le commando a mis tous les membres de famille en joue dans les cris, jeté au sol et menotté les hommes, fouillé brutalement les lieux. Ils étaient prêts à repartir, quand un petit bruit s’est fait entendre, à l’intérieur de la remise où se trouvait Angelo. Des hommes du GIGN y ont couru silencieusement et immédiatement, sans qu’un seul mot soit prononcé, les coups de feu ont résonné.

Un long, très long silence a suivi dans la remise. Des secours sont arrivés puis repartis. Des enquêteurs sont arrivés. Le corps d’Angelo a été laissé-là des heures durant, sans que nous puissions le voir, sans que nous sachions. Les membres de notre famille qui venaient de vivre ce cauchemar ont été interrogés à charge, comme "complices d’évasion". C’est seulement après, le soir venu, que la mort d’Angelo nous a été annoncée officiellement par le procureur de Blois, soutenant que les gendarmes auraient tiré après sommation, et sous la menace d’un couteau. Nous contestons formellement cette thèse de la légitime défense. Nous contestons aussi la nécessité de cet assaut disproportionné, au cours duquel les gendarmes n’ont pas utilisé tous les moyens à leur disposition pour préserver le droit à la vie de l’homme qu’ils étaient venus arrêter.

Soutenue par le collectif Urgence Notre Police Assassine, notre famille s’est aussitôt constituée partie civile dans l’information judiciaire qui a été ouverte. A là mi-mai, nous avons ainsi pu apprendre qu’Angelo avait été mitraillé de 7 balles dans le thorax, tirées par deux gendarmes, à bout portant. Puis durant l’été nous avons été auditionnés par la juge d’instruction. Le 25 septembre, elle est venue chez nous à Seur constater la configuration des lieux, puis a décidé la mise en examen des deux auteurs des tirs mortels pour « violences volontaires avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Depuis, une autre partie civile a été reçue par la juge d’instruction, qui poursuit les investigations sur les conditions exactes de la mise à mort d’Angelo.

Notre combat n’est pas seulement judiciaire, nous le menons aussi dans l’espace public, en lien avec les autres familles des morts et des blessés à la suite d’une intervention violente et disproportionnée des forces de l’ordre. Après 8 mois de lutte, nous ne pouvons que constater que la liste des victimes de cette violence sécuritaire ne cesse d’augmenter, le plus souvent dans l’impunité.

Plus que jamais, nous nous sentons proches et solidaires de toutes les familles touchées, dont nous partageons le sort. Le 2 décembre prochain, nous irons soutenir la famille de Babacar Gueye, qui lui rendra hommage, dans les rues de Rennes. Quand on marche pour un, on marche pour tous.

Plus que jamais, nous ressentons le devoir d’informer la population : même si les pauvres et les discriminés sont les plus touchés, personne n’est à l’abri, tout le monde est concerné, c’est une question qui concerne l’ensemble de notre société. C’est pourquoi avec notre comité de soutien local, nous nous retrouvons mensuellement pour préparer les actions à venir. Nous continuons à distribuer régulièrement des tracts et à échanger avec les passants souvent très à l’écoute, dans les rues et sur les marchés de Blois. Nous avons d’ailleurs pris acte des excuses reçues ce mois-ci du Cabinet du Maire de Blois, suite à l’intervention abusive de la police municipale qui, de façon"exhorbitante du droit commun", nous avait interdit de poursuivre notre distribution de tract en centre-ville, fin septembre.

Depuis ce jeudi-là, le souvenir d’Angelo nous donne la force de poursuivre le combat en sa mémoire. Nous vous remercions de continuer à nous y encourager par vos soutiens, que ce soit sur les réseaux sociaux, à travers notre pétition, ou vos signatures en tant qu’organisations solidaires (liste jointe), en participant à notre cagnotte pour tous les frais engendrés par cette lutte, ou enfin, en rejoignant notre collectif local, à Blois.

La famille Garand et ses soutiens, Le 30 novembre 2017

Justice pour Angelo, Soutien à la famille Garand !

• Pétition en ligne : https://www.change.org/p/justice-et-vérité-pour-angelo-soutien-à-la-famille-garand

• Cagnotte solidaire : https://www.leetchi.com//c/solidarite-de-aurelie-garand
Page publique fB : https://www.facebook.com/Justice-Pour-Angelo-1307118499372039/


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