Observatoires sécheresse : la Confédération paysanne réclame une réflexion globale sur les usages de l’eau

jeudi 8 août 2019
par  Le Plombier
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Gravement préoccupée par la sécheresse, la Confédération paysanne participe aux « observatoires sécheresse » de la DDT. Elle y demande que soit mis en place un débat démocratique sur les usages de l’eau et plaide pour des modèles agricoles qui prennent enfin en compte la fragilité de la ressource hydrique.

UNE SITUATION GRAVE ET DURABLE

Les observatoires sécheresse sont un espace privilégié pour mesurer la gravité de la situation : présentations météorologiques et pluviométriques, analyse un à un des débits des cours d’eau du département* et commentaires des différents acteurs invités (Météo France, services de l’État, fédération de pêche, Chambre d’agriculture, association des irrigants, associations naturalistes, syndicats agricoles, collectivités, SAUR, Véolia, etc.).

Et cette année tout le monde s’accorde à le dire : l’épisode de sécheresse actuel est « vraiment exceptionnel » et« rien ne permet de dire quand est-ce que ça va s’arranger ». Le débit de la Loire atteint par exemple son niveau d’étiage le plus bas (au niveau d’Orléans, alors que le débit minimal en année normale est de 75 m3/s, il n’est plus actuellement que de 30 m3/s ), mettant Tours Métropole dans une situation de restriction niveau 2 pour la première fois.

Dans les tours de table s’expriment les conséquences variées de cette situation : irrigants inquiets de ne pas pouvoir irriguer le maïs encore quelques semaines, exploitants des réseaux d’eau potable qui alertent devant les premiers décrochages
pour le pompage dans la Loire, services d’équarrissage qui peinent devant la surmortalité des animaux d’élevage due à la canicule, pêcheurs inquiets devant les débits faibles la température élevée de l’eau et sa faible oxygénation, etc.

BESOIN DE METTRE EN DÉBAT LES USAGES SANS PLUS TARDER

Lors des observatoires sécheresse, des clivages d’usage apparaissent au fil des interventions successives, sans malheureusement être mis au travail : entre l’eau vitale (eau potable et production d’alimentation) et l’eau de loisir et de patrimoine (espaces verts des villes, golf...), entre l’agriculture irriguée et celle qui ne l’est pas, entre les irrigants qui pompent dans les cours d’eau et ceux qui ont des forages (où le pompage est moins facilement contrôlable).

A l’observatoire du 1er août, la Confédération paysanne, associée à la SEPANT, a demandé que soit mis en place un débat démocratique sur les usages de l’eau, prenant en compte l’ensemble des ressources (cours d’eau et nappes). A la fois bien commun vital et ressource limitée, il est logique que les usages de l’eau soient discutées par l’ensemble de la société.

Vue la gravité de la situation, c’est maintenant que les pouvoirs publics doivent organiser un débat pour anticiper la disponibilité hydrique sur le long terme. Il n’est pas raisonnable de se contenter d’observatoires sécheresse qui ne peuvent que constater la pénurie et interdire les prélèvements d’eau quand les crises sont déjà là. Ni de se contenter de la future concertation sur le projet du SDAGE**, qui n’aura lieu qu’en 2020.

BESOIN D’UN CHANGEMENT DES PRATIQUES AGRICOLES

Dans le domaine agricole, il a deux grandes stratégies face au manque d’eau : les dispositifs type « bassines » pour stocker l’eau et la rendre disponible pendant les saisons sèches ou l’évolution vers des modèles agricoles moins consommateurs d’eau.

La Confédération paysanne refuse de voir les grands projets de retenues et bassines comme une solution miracle. Les bassines jouent sur la disponibilité de l’eau : elles ne créent pas d’eau mais diffèrent les prélèvements. Une question d’équité se pose donc entre amont-aval et entre les paysans qui auront des bassines et les autres. Les conséquences négatives sur l’aval des cours d’eau sont soulignées par le monde de la pêche*** et en Espagne des sécheresses plus fortes sont observées dans les vallées avec des grandes bassines. Et les grands projets de bassines sont coûteux****, consommateurs de subventions publiques, qui sont alors dirigées vers les gros producteurs et grands consommateurs d’eau. Un débat public s’impose ! La Confédération paysanne défend une évolution vers des modèles agricoles moins consommateurs d’eau et un fléchage de l’eau sur des productions ciblées : cultures destinées à l’alimentation humaine, production de semences. Vu le changement climatique, il est indispensable de réduire et d’optimiser l’utilisation de l’eau. Il faut dès maintenant consacrer l’argent public à accompagner le changement des pratiques plutôt qu’à subventionner des infrastructures qui ne garantissent pas une adaptation de notre mode de vie au changement climatique à long terme.

* Après des points météorologiques et pluviométriques, c’est dans ces réunions que sont analysés un à un les débits des cours d’eau du département pour voir s’ils passent sous les seuils d’alerte et de crise, enclenchant les mesures de restriction et d’interdiction prises ensuite par arrêtés préfectoraux consultables sur le site de la préfecture.

** SDAGE : présenté comme un espace de concertation par la DDT au dernier observatoire sécheresse, le SDAGE est un document de planification de la politique de l’eau pour atteindre le bon état des eaux d’un même bassin hydrographique, après concertation entre les partenaires qui utilisent la ressource en eau. Pour le SDAGE 2022 – 2027, une consultation des citoyens a eu lieu du 2 novembre 2018 au 2 mai 2019, un projet va maintenant être élaboré et sera soumis à consultation du public et des assemblées de novembre 2020 à avril 2021. Voir https://sdage-sage.eau-loire-bretag...

*** Voir le texte L’importance des apports d’eau douce pour les activités de pêche et de conchyliculture co-écrit par CNPMEM, Conapped et CNC, en téléchargement ici : https://indre-et-loire.confederatio...

**** Voir l’article de Benoît Grimonprez Flottement juridique sur le stockage de l’eau où il souligne que le coût de mise en place des bassines est tel ( « le pognon de dingue ») que des aides publiques ne seront justifiables que si les pratiques agricoles évoluent en parallèle, voire que si les bassines sont utilisées aussi pour le soutien d’étiage et l’eau potable. Il note également l’absence de « garantie que le remplissage des ‘bassines’ dans le futur puisse avoir lieu dans les conditions espérées aujourd’hui.


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