Lettre ouverte à mes camarades libertaires

mercredi 16 janvier 2008
par  siksatnam
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Chers camarades,

Quelques-uns d’entre vous me connaissent personnellement, parce que nous avons déjà eu l’occasion de nous rencontrer. D’autres, plus nombreux peut-être, me connaissent par l’intermédiaire du bulletin À Contre-Courant, dont je suis l’un des membres fondateurs et l’un des animateurs, ainsi que par mes publications. D’autres encore, sans aucun doute les plus nombreux, ne me connaissent pas. Il est donc nécessaire que je me présente rapidement à eux.

Depuis que je me suis intéressé à la politique, soit depuis mon adolescence, je me suis toujours revendiqué du communisme libertaire. Y ont contribué aussi bien mon grand-père maternel, militant cégétiste, que mon prof de philo, qui m’a fait connaître simultanément les mouvements anarchiste et conseilliste, mais aussi ce que la tradition marxiste avait pu produire de penseurs antiautoritaires, le tout dans les années suivant immédiatement mai-juin 1968. La lecture précoce de La Révolution inconnue de Voline m’a vacciné à jamais contre toute espèce de léninisme, sans que pour autant cela m’empêche de trouver dans Marx des instruments conceptuels irremplaçables pour la compréhension critique du monde contemporain et la lutte pour sa
transformation dans le sens de l’abolition de tout rapport d’exploitation et de domination de l’homme par l’homme. Depuis, comme d’autres (je pense en particulier à Daniel Guérin), j’ai constamment évolué sur une ligne de crêtes entre marxisme et anarchisme qui m’a permis d’entretenir des rapports de dialogue (quelquefois vif) mais aussi de camaraderie (allant parfois jusqu’à l’amitié) avec des membres d’organisations qui, pour leur part, s’ignoraient ou se rejetaient mutuellement.

À la seule évocation du nom de Marx, certains d’entre vous sont peut-être déjà enclins à ne pas en écouter davantage. Toutes les dérives autoritaires et totalitaires qui ont ensanglanté l’histoire du marxisme ne sont-elles pas déjà contenues dans l’œuvre de Marx même ? Le goulag n’est-il pas déjà à l’horizon des conflits entre marxistes et anarchistes qui ont fait éclater l’Association internationale des travailleurs ? L’auteur du Capital n’est-il pas un indécrottable étatiste doublé d’un dogmatique enfermé dans son scientisme économiste ?

Les idées reçues à propos de Marx sont aussi nombreuses, fausses et stupides que celles… communément répandues à propos de l’anarchisme et des anarchistes. Elles signent une ignorance qu’elles contribuent du même coup à entretenir. Marx étatiste ? Mais c’est tout simplement oublier que Marx débute sa carrière intellectuelle et politique par une critique radicale des Principes de la philosophie du droit de Hegel et, notamment, de la section consacrée à l’État, qui le conduisent à dénoncer dans l’État une figure de l’aliénation humaine qui est à abolir en tant que telle. Une intuition de jeunesse qu’il ne remettra jamais en cause. Car Marx est un antiétatiste conséquent. Dès ces mêmes textes de jeunesse, il comprend que le principe de la division et de l’opposition entre société civile et État est à chercher dans la société civile elle-même, que si l’État s’érige au-dessus de la société jusqu’à constituer un organe qui la parasite, c’est que cette société se divise et s’oppose en elle-même ; en un mot que la racine de l’aliénation étatique est dans la division de la société en classes mais aussi en individus privés (propriétaires privés) et que l’on ne peut pas espérer mettre fin à l’État sans abolir aussi ce qui donne naissance aux divisions de la société en classes sociales, soit précisément la propriété privée (des moyens de production), dans laquelle l’État plonge ses raciens. Pour Marx, l’anarchie est indissociable du communisme. Et, en ce sens, je soutiens après Maximilien Rubel que Marx est bien un penseur de l’anarchie, qui plus est un penseur qui prend le pari anarchiste (celui d’une société sans État ni pouvoir politique séparé) au sérieux en allant jusqu’à la racine socioéconomique de l’aliénation politique.

Marx économiste scientiste ? Mais a-t-on seulement prêté attention au sous-titre du Capital, qui a constitué le titre de tous les manuscrits qui lui ont servi de brouillon : « Critique de l’économie politique » ? Par quoi il faut entendre non pas une critique de la seule économie politique comme représentation (science) mais encore une critique de l’économie politique comme monde fétichiste : comme monde à l’envers, dans lequel les produits du travail humain, sous forme de marchandises, d’argent, de capital, s’autonomisent à l’égard des producteurs, échappent à leur contrôle, à leur volonté, à leur conscience même et les dominent et les écrasent de tout leur poids de rapports sociaux réifiés, au point où les hommes se prosternent devant eux comme devant des puissances surhumaines. Une critique destinée à abolir l’économie politique : à mettre fin non seulement au règne de la marchandise, de l’argent et du capital, donc au travail aliéné, mais au travail tout court, au règne de la rareté et de la nécessité.

Marx dogmatique ? Mais qui se donne la peine (le mot est à prendre dans tous les sens) de lire Marx y découvre tout… sauf un marxiste, si l’on entend par là quelqu’un qui professe un dogme ou qui répète un ensemble de principes théoriques ou politiques intangibles. L’œuvre de Marx, que des générations de marxistes ont canonisé et dogmatisé, n’a rien d’un monument achevé. Bien au contraire, c’est et cela reste un immense chantier, ouvert au cours d’une existence de recherches, de travaux, de luttes, résultat d’un trajet qui n’a rien eu de linéaire et qui a vu se succéder des projets divers, certains relativement aboutis, d’autres laissés en plan, d’autres encore à peine esquissés. Avoir voulu faire de cet immense chantier un système définitif et clos sur lui compte sans doute parmi les plus monstrueuses entreprises de falsification de toute l’histoire de la pensée.

Tout est-il dans Marx ? Évidemment non, pas plus que dans Proudhon, Bakounine, Malatesta, Kropotkine ou d’autres. Imaginer qu’il puisse exister un homme, quel qu’il soit, qui ait réponse à tout est tout simplement antagonique de toute démarche révolutionnaire. Ni dieu ni maître… à penser, telle doit être seule devise ! La seule manière d’être fidèle à Marx, ce n’est certainement pas de le répéter mot à mot, c’est de se remettre au travail sur le chantier qu’il a
ouvert, de l’élargir et de l’approfondir dans d’autres directions et vers d’autres horizons que ceux conçus par lui, et de continuer à faire fonctionner les matériels et matériaux qu’il nous a légués pour en éprouver l’efficacité, quitte à en constater les limites, voire la caducité. Autrement dit, le seul usage légitime de Marx est de le confronter au monde actuel, aux exigences nées de son intelligence critique et de sa transformation dans un sens émancipateur.

C’est dans cet esprit que, fin 2000, j’ai rédigé un long texte intitulé « Actualiser le communisme » qui est paru, en plusieurs livraisons dans À Contre-Courant avant d’être repris par la revue Carré rouge. J’y ai avancé quelques éléments d’analyse et d’argumentation en faveur de la thèse selon laquelle, contrairement aux apparences, le communisme, entendu au sens du mouvement qui abolit l’ordre social existant en tendant à instaurer les conditions d’une communauté humaine universelle, réconciliée avec elle-même et avec la nature, est plus que jamais d’actualité. Ce texte a suscité la discussion au sein du groupe publiant Carré rouge et des camarades helvétiques qui animent le site À l’Encontre. De ces discussions est né le projet d’un travail collectif destiné à poser et tenter de résoudre tous les problèmes théoriques et politiques soulevés par l’affirmation de l’actualité du communisme. Un texte général d’orientation a été adopté destiné à préciser les attendus du projet et les principaux axes autour desquels nous aimerions développer ce travail [1]. Il me semble que ce projet devrait tout particulièrement vous intéresser ; et le but de cette lettre ouverte est de vous en convaincre.

Le texte d’orientation en question se conclut par les lignes suivantes :

« Au terme de ce texte, on aura compris que nous souhaitons faire en sorte que s’associent au travail que nous engageons toutes celles et tous ceux, quelle que soit leur trajectoire politique antérieure, qui se reconnaissent dans la référence au communisme ou qui perçoivent que son appropriation ou réappropriation, au travers d’une mise à jour, est devenue une nécessité politique incontournable.

 » Cette ouverture se fonde notamment sur la conviction qu’avec la crise sans précédent dans laquelle le mouvement ouvrier a été plongé par la transnationalisation du capital, la déferlante des politiques néolibérales, la fin du “compromis fordiste” et le ralliement honteux ou tapageur des social-démocraties et des “eurocommunistes” au paradigme néolibéral, l’effondrement politique du “socialisme d’État”, après son effondrement idéologique, nous sommes entrés dans une nouvelle phase historique de la lutte des classes. Elle rend possible mais aussi nécessaire une remise en cause des divisions et des clivages hérités des phases antérieures du mouvement ouvrier. Tout simplement parce que la phase nouvelle rend caducs (bien que de manière différentielle et inégale) tous les modèles de transformation sociale précédemment élaborés au sein ou en marge de ce mouvement. Elle en manifeste les insuffisances et, du même coup, elle relativise leur opposition.

 » Elle rend donc possibles des convergences et des coopérations auparavant improbables, voire impossibles entre individus, groupes, organisations, tendances issues de traditions du mouvement ouvrier qui s’étaient jusqu’alors au mieux ignorés, quand ce n’est pas sévèrement combattus. À la condition évidemment que ces derniers fassent leur le constat précédent de cette caducité (au moins partielle) de leurs modèles antérieurs et qu’ils acceptent du même coup d’entretenir un rapport critique à leur propre tradition. »

Notre projet s’adosse donc d’abord à la conviction que, pour toutes les raisons précédemment énoncées, nous sommes en train de changer d’époque historique ; et que ce changement fait obligation à tous ceux pour qui la référence au communisme, au sens précédemment entendu, continue à faire sens d’œuvrer ensemble au travail d’analyse et de réflexion qu’exige aujourd’hui cette référence – et cela quelles que soient et leur trajectoire politique antérieure et leur éventuelle affiliation politique actuelle. Sous peine tout simplement de n’être pas (ou plus) à la hauteur des exigences du combat pour l’émancipation sociale et de compromettre, peut-être définitivement, la référence au communisme en question.

En effet, face au discrédit actuel de tous les projets de transformations révolutionnaires, face à la faiblesse des luttes et des organisations des opprimés partout dans le monde, face à la puissance croissante conquise par le capital sous ses différentes formes et ses instruments étatiques de domination, face aux immenses défis que nous lance la « mondialisation » de l’emprise de ce même capital et de ses États sur les conditions naturelles et sociales d’existence de l’humanité, emprise dont le caractère mortifère est sans cesse plus évident ainsi qu’en témoigne la crise écologique planétaire, face aux menaces grandissantes de conflits militaires (y compris nucléaires et bactériologiques) entre les différents systèmes continentaux d’États en formation pour l’accès aux ressources naturelles, penser qu’est suffisante la simple reproduction de vérités supposées éternelles et de formes d’organisation et de lutte supposées indémodables parce qu’éprouvées est tout simplement suicidaire. Se contenter de répéter l’acquis, quel qu’il soit, c’est se condamner à l’inintelligence sur le plan théorique et à l’impuissance sur le plan pratique.

Sous ce rapport, le repli dogmatique de certains individus, groupes ou organisations se réclamant de l’anarchie et se contentant de la sempiternelle répétition des mêmes slogans et des mêmes principes – sans se donner la peine de les confronter sérieusement aux problèmes que soulèvent aujourd’hui la compréhension critique du monde et la lutte pour le transformer, parce qu’ils pensent que les principes en question contiennent déjà toutes les réponses auxdits problèmes – est l’exact pendant du sectarisme de certaines organisations de tradition marxiste. Comment peut-on prétendre pouvoir révolutionner le monde quand on n’est pas prêt à révolutionner les principes selon lesquels on entend penser le monde et agir sur lui ?

Font aussi bien partie de cet acquis, qu’il faut aujourd’hui réinterroger, les divisions entre marxistes et anarchistes, héritées de l’expérience des conflits au sein de la Ire Internationale, de la répression de la commune de Cronstadt et du mouvement makhnoviste par le pouvoir bolchevique, de la liquidation des communes anarchistes aragonaises par les staliniens dans l’Espagne républicaine, etc. – pour en rester à l’évocation rituelle des accusations portées par les milieux libertaires contre les marxistes. Mais, si la dénonciation des crimes marxistes reste légitime, si plus généralement il faut continuer à souligner le désastre économique, politique et moral des réalisations historiques du marxisme et s’interroger sur ce qui, au sein même des principes marxistes, a rendu possibles ces crimes et ce désastre, ne faut-il pas, du même mouvement, s’interroger de manière tout aussi critique sur l’échec historique de l’anarchisme : sur son incapacité à infléchir durablement le mouvement historique dans le sens de ses propres principes ? Au regard des exigences passées aussi bien qu’actuelles de la lutte pour la réalisation du communisme, la vertu impuissante est-elle préférable aux échecs de pouvoirs intrinsèquement viciés ?

Les lignes précédentes n’ont nullement pour but de clore le débat sur les acquis (ou ce qui passe pour tel) des uns et des autres, leur valeur et leurs limites respectives ni, bien moins encore, de distribuer bons et mauvais points. Bien au contraire, elles visent à convaincre que ce débat doit et peut s’ouvrir aujourd’hui, dès lors que l’on se convainc que personne ne peut précisément en rester à ses acquis. Elles visent aussi à situer le niveau auquel il convient de placer le débat : loin de la polémique stérile, loin de la répétition rituelle des accusations et anathèmes réciproques, qui cachent souvent la paresse intellectuelle ou la simple peur de voir remises en causes ses convictions, il s’agit de se confronter ensemble aux problèmes que soulève aujourd’hui la référence au communisme et, dans le cadre de cette confrontation, d’interroger nos points de convergence aussi bien que nos points de divergence. Sans occulter ou éviter les seconds sans doute, mais sans négliger ou sous-estimer les premiers non plus.

C’est ce qu’a commencé à faire le texte d’orientation précédemment mentionné. Dans ce texte, un lecteur inspiré de principes libertaires trouvera sans peine l’écho de certaines au moins de ses convictions et préoccupations. Sans vouloir les reprendre tous, je mentionnerai cependant quelques-uns des éléments de ce texte qui me paraissent particulièrement significatifs de la distance prise par ses rédacteurs à l’égard de ce marxisme dogmatique et fossilisé que des générations d’anarchistes ont subi et combattu et qui font que ce texte ne devrait pas leur rester étranger.

Ainsi en va-t-il en premier lieu de la définition liminaire qui y est donnée du communisme, dont le passage suivant au moins devrait retenir l’attention et susciter l’intérêt d’un lecteur libertaire :

« Une société dans laquelle l’administration de la puissance sociale (au sens de la capacité de la société à agir sur elle-même : de se donner à elle-même ses propres finalités, ses propres règles d’organisation et de fonctionnement et ses propres modalités de contrôle) prend, aux différents niveaux de l’organisation sociale, la forme d’organes de délibération et de décision associant l’ensemble des membres concernés par les décisions à prendre, et excluant toute monopolisation de celles-ci par une minorité, fût-elle “éclairée”. Cela suppose de mettre fin à un État qui s’érige au-dessus de la société, et son “absorption” dans des organes d’auto-institution démocratique de la société, car ce sont les conditions nécessaires à sa complète subordination ».

Pareille formulation tourne en effet délibérément le dos au fétichisme de l’État qui a caractérisé le marxisme classique et pointe directement vers la définition de l’anarchie comme état d’une société s’instituant par elle-même, sans principe transcendant ni extérieure à elle, sans dieu ni maître.

Cette même inspiration libertaire se retrouve, en second lieu, dans la référence, qui revient à plusieurs reprises dans le texte, à l’autoactivité du prolétariat (des salariés, des opprimés, des masses) comme principe subjectif du communisme : comme principe de l’auto-organisation et de l’autoémancipation des travailleurs et principe de construction d’une société émancipée. Principe dont l’affirmation est renforcée par le rejet de tout substitutisme : de toute autoproclamation d’une avant-garde éclairée comme direction nécessaire des luttes populaires, vouées à errer dans les limites de la lutte syndicale et corporatiste sans elle. N’y a-t-il pas là rupture claire avec le léninisme et, beaucoup plus largement, avec toute la culture jacobine qui, en deçà et en dehors du léninisme même, a imprégné tout le mouvement ouvrier depuis la IIe Internationale, les courants libertaires exceptés ?

Un lecteur libertaire se reconnaîtra dans bien d’autres éléments du texte, qui ne sont pas dans la tradition du marxisme classique. Ainsi en va-t-il des passages consacrés à la crise écologique et de l’insistance mise à en souligner la gravité, qui ne sont pas de simples concessions à l’esprit du temps – qui ne se prétend écologiste aujourd’hui ? – dès lors qu’il est affirmé que cette crise manifeste directement les contradictions inhérentes à l’appropriation privative des forces productives de la société, qu’en conséquence sa solution est impossible dans le cadre du capitalisme et qu’il convient par conséquent de au cœur des préoccupations théoriques des groupes et organisations se revendiquant du communisme et à l’horizon de leurs recherches programmatiques. Ainsi en va-t-il aussi de l’affirmation de « l’émancipation des femmes (comme) dimension centrale de l’émancipation sociale » : loin de s’en tenir aux mentions aujourd’hui de rigueur faites à la thématique et à la problématique féministes, le texte montre bien que la domination du capital s’accompagne d’une reproduction de l’oppression des femmes sous de nouvelles formes dans le mouvement même où elle sape ses formes ancestrales (patriarcales) et que, dans cette mesure, là encore une véritable émancipation des femmes fait intégralement partie du programme communiste. Enfin, tout lecteur libertaire ne pourra qu’être sensible à la présence dans ce texte de passages qui témoignent du souci, plus large, de la condition actuelle des individus (cf. le passage sur « la socialisation de plus en plus contradictoire des individus ») ainsii que du développement individuel comme finalité du communisme : « une société où l’échange d’activités libres entre individus sociaux fonde aussi le libre développement de chacun, sur tous les plans, lequel devient la condition du libre développement de tous et réciproquement ». C’est là encore un point de rupture par rapport au marxisme classique et un point de convergence possible avec une vieille préoccupation anarchiste.

Des esprits chagrins et soupçonneux – il y en a aussi dans vos rangs, camarades ! – ne manqueront pas de relever l’imprécision ou l’ambiguïté de certaines des formulations précédentes ou de celles du texte d’orientation auxquelles elles renvoient pour y dénoncer peut-être la présence d’une quelconque duplicité ou mauvaise foi dans la prétention à avoir rompu avec le marxisme classique. Et ils ne manqueront pas de faire remarquer – pour accroître les soupçons portant sur ce texte et les intentions de ses auteurs – qu’il ne contient nulle critique radicale de l’État et des appareils politiques en général, nulle condamnation explicite de la théorie de l’avant-garde, nulle analyse critique des ci-devant « États socialistes », nul examen de l’économisme si pesant du marxisme classique, etc.

De bonne foi, chacun conviendra pourtant qu’il est impossible à un texte d’une vingtaine de pages d’expliciter totalement les concepts, les présupposés, les conséquences d’un projet théorique – en un mot, ce texte est un point de départ, nullement un point d’arrivée. La même bonne foi veut que l’on reconnaisse inversement que tout n’est pas non plus maîtrisé par les auteurs dudit texte de ce qu’ils y avancent. C’est d’ailleurs ce qui motive leur volonté d’avancer et de le faire avec d’autres qu’eux-mêmes dont les apports, précisément parce qu’ils procèdent de traditions différentes, sont en mesure de les faire progresser – et réciproquement – dans le cours d’un travail commun impliquant une confrontation approfondie des expériences, des acquis et des principes. Sans préalable ni tabou d’aucune sorte.

De bonne foi, chacun pourra donc se convaincre à la lecture de ce texte du sérieux et de la bonne volonté de ses initiateurs quand ils font appel à vous, camarades libertaires, pour se joindre à eux dans un travail dont l’enjeu nous est à commun puisqu’il s’agit tout simplement de maintenir ouverte la perspective de l’assomption communiste de l’humanité. À vos plumes ou vos claviers, camarades ! Le chantier ouvert pour « actualiser le communisme » attend votre renfort.

Alain Bihr

[1] Il est disponible sur le site de Carré rouge : www.carre-rouge.org ainsi que sur le site de À l’Encontre : www.alencontre.org



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