Les néo-cons sont nus

dimanche 3 août 2008
par  siksatnam
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Le dessinateur Siné a été congédié de Charlie Hebdo par Philippe Val.
Résumé des faits. Claude Askolovitch, journaliste au Nouvel Observateur, dénonce sur RTL « un article antisémite dans un journal qui ne l’est pas » » tout en qualifiant Siné d’ « ordure ». Prétexte : un texte persifleur du 2 juillet 2008 qui ironise sur une éventuelle conversion au judaïsme du fils Sarkozy avant son mariage annoncé par la presse avec la fille du fondateur des magasins Darty. Citation intégrale : « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »

Contre l’insolence d’un Siné allumant l’arrivisme du fils Sarkozy, Val brandit la formule magique pour le virer : un supposé antisémitisme. Val prétendait défendre la liberté d’expression, lors de la polémique sur la publication dans Charlie Hebdo de caricatures de Mahomet. Aujourd’hui il porte à l’évidence atteinte à cette liberté.

La raison de l’éviction de Siné est à chercher ailleurs : désaccords sur la question israélo-palestinienne, défense de Denis Robert, le journaliste enquêteur sur l’affaire Clearstream que le directeur de Charlie Hebdo enfonçait sans vergogne. Or, l’avocat de Clearstream est aussi celui de Charlie Hebdo... Sur les pratiques autoritaires et les positions néo-conservatrices, atlantistes et sionistes de Val beaucoup a déjà été dit, par Acrimed, PLPL ou CQFD, mais aussi Politis ou Télérama. Que les lecteurs curieux lisent par exemple l’analyse de Mona Cholet qui épinglait son « obscurantisme beauf » :

http://www.peripheries.net/article187.html

L’historien, Stéphane Mazurier, auteur d’une thèse sur le Charlie Hebdo des années 1970, qui sera publiée chez Buchet-Chastel en 2009 et co-auteur, avec Cavanna, Michèle Bernier et Delfeil de Ton de l’album « Hara-Kiri », publié par Hoëbeke en octobre 2008 a livré dans Télérama une belle tribune, « L’honneur perdu de Charlie Hebdo ». Il montre comment cet acte constitue l’ultime étape visant à transformer un journal libertaire et insolent en un bréviaire moraliste et politiquement correct.
D’autres, avant Siné, avaient été accusés d’antisémitisme pour les disqualifier, voire de les faire taire, et pas des moindres : Edgar Morin, Daniel Mermet, Pascal Boniface, Jacques Bouveresse, Charles Enderlin, Pierre Bourdieu, José Bové, Olivier Besancenot… Ces accusations infamantes contribuent à alimenter l’antisémitisme tout en occultant les vrais antisémites.

Les accusateurs partagent l’aversion de Val pour la gauche de gauche et son affection pour l’humanitarisme de guerre. Ils n’ont pas tardé à monter au créneau. En nombre. Exemples.

Le Monde a ouvert toutes grandes ses colonnes aux boursouflures et procès d’intention de BHL alors que jusqu’alors le quotidien n’avait rien dit sur l’affaire. Joffrin, directeur de Libération vient au secours de Val, dans un texte limite dans lequel il s’en prend aux « cacochymes de l’extrême gauche « antisioniste » ». Alexandre Adler, sur les ondes et dans Le Figaro, ne recule pas devant le ridicule et l’odieux, comparant Val à Zola et renvoyant à « la bassesse de Drumont, de Maurras ou de Bernanos (...) les pétitionnaires semi-trotskistes en faveur de l’éternel stalinien Siné ». Jusqu’à la ministre de la culture, Albanel, qui souhaite « voir disparaître à jamais » les « clichés et caricatures » de Siné...

Mais le chantage ne marche plus ! Des milliers de personnes, connues et inconnues, ont signé une pétition de soutien à Siné :

http://www.soutenir-sine.org

Les néo-cons sont nus !

Chronique de Roland Pfefferkorn
La Marseillaise, jeudi 31 juillet 2008


Commentaires  (fermé)

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jeudi 7 août 2008 à 17h46 - par  LN

s’il n’y a pas lieu de distinguer parmi les éminents intellectuels qui ont apporté leur soutien au patron de presse Philippe Val (Le Monde, 1er août) face au dessinateur Siné il en est un dont le nom n’a pu que m’aller droit au coeur, puisqu’il est ici question de licenciement. C’était il y a maintenant, dix-huit ans, mais je m’en rappelle comme si c’était hier. A l’époque j’avais un bon poste de Conservateur d’Archives (cf. fonds Blum, Auriol, Daladier, alors conservés à la FNSP) ; l’intéressé, lui, émargeait encore à Libération.
Un jour l’éminent intellectuel publia dans la page "Rebonds" dudit journal un long article par lequel il indiquait, et avec tout le déballage de "vertu" dont savent être capables les staliniens mal blanchis, être partisan de la législation anti-négationniste alors en projet. Je lui fis savoir par courrier que j’y étais hostile, car la législation existante me paraissait amplement suffisante pour peu qu’on voulût bien l’appliquer ; et qu’il n’existe pas de loi créée pour lutter contre l’extrême-droite, qui n’aît été par la suite détournée de son objet. J’attirai aussi son attention sur l’existence -c’était l’époque où Pasqua, avec son accent inimitable, pourfendait lui aussi les négationnistes- d’un antinégationnisme à peu de choses près aussi odieux que ce qu’il faisait mine de combattre. Eh bien, pour qui douterait de ce qui tient lieu de déontologie à Son Eminence : DEUX JOURS PLUS TARD MON COURRIER ETAIT SUR LA TABLE DE MON PATRON ! Certes il n’y avait rien dans ledit courrier dont je puisse avoir à rougir, et je n’ai pas de leçons à recevoir de la cour-des-miracles pour ce qui est de la vigilance face à l’antisémitisme (et autres formes d’oppression) ; mais l’ennui est que : j’avais osé, ironiser sur Pasqua ! Mon patron, sachant que je ne me laisserais pas faire, n’osa pas aller jusqu’à me virer. Mais j’étais sous contrat à durée déterminée, et, venu le temps de son renouvellement, il me fit savoir... qu’il n’en ferait rien (et me donna la raison, à savoir, ce courrier). Alors bon, je sais bien qu’il y a d’autres raisons que mon propre sort, d’apprécier tout ce que représente le charmant bambin. Mais ça n’empêche pas, que, lorsque j’entends le mot Adler...

L. Nemeth, ex-Conservateur d’archives