Val contre Bakchich, duel satirique

vendredi 25 septembre 2009
par  siksatnam
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Le patron de France Inter comparaissait devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir comparé le site internet à un journal pro-nazi.

Un site d’information satirique contre... un ex-patron de presse satirique. Le procès qui oppose le site internet Bakchich à Philippe Val a donné lieu à des débats passionnés, jeudi devant la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. Chacun s’est drapé de liberté d’expression, et mis en cause l’éthique journalistique de l’autre. Attaque contre attaque, jusqu’à brouiller les cartes du procès.

Ce jeudi, c’est bien Philippe Val, ancien directeur de la publication de Charlie Hebdo et désormais directeur de France Inter, qui s’assoit sur le banc des prévenus. Il est accusé de diffamation par Bakchich, qui a peu goûté que Val ait comparé leur site internet à Je suis partout, journal collabo. La phrase visée par Bakchich, issue du livre Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous paru en octobre 2008, est formulée comme suit : « Ne parlons même pas de Bakchich, qui actualise et adapte, sur internet, les méthodes glorieuses de Je suis partout. »

Je suis partout, créé en 1930, est resté dans l’histoire pour avoir apporté son soutien à Mussolini, encouragé le fascisme français, et par la suite, dénoncé des juifs pendant la guerre, noms à l’appui (Un exemple ici).
La rédaction « souillée »

Alors, insulte, ou diffamation ? Pour Me Bourdon, avocat de Bakchich, la phrase de Philippe Val est une « attaque d’une exceptionnelle gravité », « gravement outrageante », Je suis partout se situant au sommet de « l’échelle de Richter de l’ignominie ». Pour Xavier Monnier, directeur de la publication de Bakchich, c’est toute la rédaction « qui s’est sentie souillée ».

Nicolas Beau, ancien du Canard enchaîné et directeur de la rédaction de Bakchich, cité en tant que témoin, se dit surpris par l’attaque de Val, qu’il n’« explique pas ». Bakchich et Charlie Hebdo, à ses yeux, sont sur la même ligne éditoriale. Proximité qu’il illustre de la sorte : deux ans auparavant, Philippe Val l’avait « invité à déjeuner pour travailler à Charlie Hebdo ». La présidente du tribunal avait d’ailleurs pointé cette fraternité dans la satire, quelques minutes plus tôt. Réponse outragée de Philippe Val : « Bakchich, c’est pas la même culture, pas la même esthétique, pas la même éthique ! »

A l’origine de la haine viscérale de Val contre Bakchich : les chroniques d’Arthur, qui sévit dans la rubrique Coups de boule du site internet. L’homme ne porte pas l’ex-patron de Charlie Hebdo dans son coeur et l’a fait savoir. Une phrase, par exemple, qui a fait tiquer Val : « On sait que le petit Val, dans la boucherie paternelle, a été très tôt familiarisé avec le goût du sang ». Le tout dans un contexte de conflit Siné-Val, dans lequel Bakchich a largement pris parti pour Siné, à l’été 2008. Pour Val, certains ont « profité » de l’affaire « pour régler des comptes » avec sa personne.
Retournement

Résultat, dans ce procès, le prévenu se transforme en plaignant. Oui, il assume ses propos, et brocarde Bakchich, dont « le ton pamphlétaire adopté exclut du débat celui dont on parle ». Ces « méthodes » sont « préjudiciables à l’exercice de la démocratie ». Et s’il a dénoncé publiquement ce qu’il a considéré comme une dérive, c’était d’abord dans le but d’ « alerter l’opinion ».

Amené par les plaignants sur le terrain de l’éthique, l’avocat de Val, Me Malka, s’engouffre dans la brèche. Et fait du coup le procès de Bakchich. « C’est vraiment le monde à l’envers », s’exclame l’homme, qui dénonce à son tour « les attaques d’une violence hallucinante » dont a fait l’objet son client, qu’il décrit comme un « intellectuel engagé aux positions tranchées ». « Quand on prend des coups, lance-t-il aux patrons de Bakchich, on les assume courageusement. Ce n’est pas ce que vous faites aujourd’hui ».

Le verdict sera rendu le 29 octobre. Le procureur a estimé que, même si les propos de Val sont « gravement outrageants », ils s’apparentent davantage à une « injure » qu’à une diffamation.


FLORENT PECCHIO, Libération.


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