Hortefeux crée deux nouveaux fichiers

mardi 13 octobre 2009
par  siksatnam
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Alors que l’on attend, depuis plus d’un an, le décret d’application d’Edvirsp (pour “Exploitation documentaire et de la valorisation de l’information relative à la sécurité publique“), qui devait remplacer le fichier Edvige, France Info révèle ce matin que Brice Hortefeux n’attend plus que le feu vert du Conseil d’Etat pour créer deux nouveaux fichiers, dont une “version édulcorée” d’Edvige, censée répondre aux incidents survenus ce week-end à Poitiers.

En déplacement à Poitiers, au lendemain des “graves incidents” qui ont eu lieu en marge du rassemblement contre la prison de Vivonne, Brice Hortefeux a “demandé aux préfets de réaliser “un inventaire des lieux de vie communautaire où se regroupent des mouvances anarchistes potentiellement violentes” de la part des services compétents, et sollicité “une identification très précise du ou des groupuscule(s) qui organise(nt) ces incidents”, pour mieux lutter contre ce type de violences“.

Non à EdvigeSelon France Info, “le ministre est prêt a assumer deux nouveaux fichiers, dont une version un peu édulcorée d’Edvige : les personnes appartenant à des bandes violentes y seront répertoriées, mais les orientations sexuelles des militants, par exemple, ne seront plus mentionnées… :

Brice Hortefeux en est convaincu : une police mal préparée est d’abord une police mal renseignée. La preuve : sur les 18 personnes placées en garde à vue à Poitiers, plus de la moitié n’était pas fichée.

Pire : pour le ministre, rien n’a permis d’anticiper l’ampleur des violences. Les manifestants étaient cinq fois plus nombreux que prévu, et surtout très bien organisés.

Revenons un peu sur ce qui s’est passé. Fruit d’un partenariat public-privé d’un montant de 50M d’euros, la nouvelle prison de Vivonne, où les détenus de l’ancienne prison de Poitiers ont été transférés ce dimanche, était “déjà surpeuplée” avant même d’être livrée, comme l’atteste cet article paru en décembre dernier dans la Nouvelle République :

« L’effectif théorique de Vivonne est de 560 détenus » expliquait la semaine dernière un juge d’application des peines, « avec 240 places en centre de détention et 240 en maison d’arrêt.

Or, selon le cahier des charges imposé au constructeur (la société Thémis, groupe Bouygues), il est prévu 780 places. On atteindra vite ce chiffre. On est donc très loin de l’encellulement individuel ! On a visité les lieux lundi dernier (le 8 décembre). On a bien vu qu’il y avait trois lits par cellule ».

Le collectif contre la prison de Vivonne appelait à une manifestation anticarcérale festive places d’Armes, précédée de débats et devant logiquement se clôturer par des concerts rap et punk.
Manifestive anticarcérale

Dans les faits, les policiers ont été débordés par des “militants d’ultra-gauches” cinq fois plus nombreux que prévus, et “extrêmement bien préparés“, alors que les forces de l’ordre ne l’étaient semble-t-il pas assez.

C’est d’autant plus étonnant que les “vilains gauchistes” et autres “anarcho-autonomes” sont pourtant clairement placés sous surveillance depuis, au moins, 2006, et que, comme le rappelait récemment l’agence Reuters, “le ministère de l’Intérieur a mobilisé depuis plusieurs mois ses services sur cette forme de contestation radicale, qui prendrait de l’ampleur” (voir A propos, je ne sais pas si vous savez, mais les gauchistes mangent des petits enfants).
Fichiers policiers : quand y’en a plus, y’en a encore…

Depuis des années, c’est devenu une habitude, les faits divers sont souvent instrumentalisés afin de créer, qui une nouvelle loi (depuis 2002, 30 textes de lois sécuritaires ont été adoptés), qui un nouveau fichier policier (on en dénombre 58, soit +70% en trois ans).

Comme de juste, et plutôt que de prendre le temps d’analyser les dysfonctionnements, et l’impréparation, de ses services de renseignement, Brice Hortefeux en appelle donc à la création de deux nouveaux fichiers : un pour identifier les “mouvances anarchistes potentiellement violentes”, un autre pour recenser leurs “lieux de vie communautaires”…

En mars dernier, le ministère de l’Intérieur expliquait aux 70 parlementaires qui l’avaient interrogé sur les suites données au fichier Edvige qu’Edvirsp (pour “Exploitation documentaire et de la valorisation de l’information relative à la sécurité publique“), son successeur, “ne comportera que des données directement liées à la sécurité publique ou permettant de répondre aux demandes d’enquêtes de recrutement imposées par la loi” (voir EDVIGE servira à recruter… et licencier).

Le problème ? Edvirsp n’étant toujours pas officiellement créé, les anciens RG (rebaptisés SDIG -Sous direction de l’information générale-, à l’occasion de la création de la DCRI -Direction centrale du renseignement intérieur) en sont tenus à maintenir leurs fiches sur des bouts de carton… (voir Comment légaliser les fichiers policiers ?).

Comme le souligne France Info, “le fichage actuel, à base de fiches en carton remplies à la main, est “obsolète”, commente-t-on place Beauvau“.

Et alors que l’on attend, depuis plus d’un an, la publication du décret portant création d’Edvirsp, il a suffi d’une émeute dans les rues de Poitiers pour voir poindre, en une journée, deux nouveaux fichiers, dont les décrets -miracle- auraient déjà été soumis au Conseil d’Etat :

Les fichiers pourraient entrer en vigueur par décret. Le ministère n’attend plus que le feu vert du Conseil d’Etat. Une manière d’éviter des débats houleux au Parlement, avec le risque que l’opposition qualifie de passage en force cette manière de faire.

Pour ceux qui l’ignoreraient, le nombre de fichiers policiers a augmenté de 70% ces trois dernières années, et le quart des fichiers recensés n’a aucune existence légale : la loi informatique et libertés a été modifiée pour leur donner le “droit d’être “hors la loi” jusqu’en 2010. Or, la moitié des Français y sont fichés, et, rien que sur ces trois dernières années, plus d’un million y sont toujours considérés comme “suspects” alors même qu’ils ont été blanchis par la Justice (voir Le quart des 58 fichiers policiers est hors la loi).



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