Faut-il vraiment pleurer sur le Réseau ?

samedi 17 avril 2010
par  siksatnam
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« La Fédération anarchiste est indéfectiblement attachée au Réseau pour deux raisons : d’abord parce que le nucléaire est intimement lié à l’idéologie sécuritaire qu’elle combat, ensuite parce que son fonctionnement fédéraliste ressemble à celui que nous appelons de nos voeux. »

Et ben pour l’OCL c’est pas le cas. Non le réseau n’était pas « fédéraliste », non il n’était pas pour une sortie immédiate du nucléaire ni même rapide, oui Greenpeace et les Verts tenaient la boutique. La polémique date depuis près de 20 ans et nous étions pour un regroupement antinucléaire en dehors du « Réseau ». Ça ne s’est pas fait, hélas ! La quasi totalité des organisations libertaires s’est précipité dans le Réseau sans aucun esprit critique à mon avis, sans avoir aucun poids dedans sauf en quelques endroits, localement. Les Verts et surtout Greenpeace tenaient la boutique en sous-mains et ont su faire, en 2002, que le Réseau appelle à voter à gauche alors qu’une décision de ne faire acun appel avait été prise. Voici ci-dessous ce que nous avons écrit sur cette question dans le récent spécial écologie de Courant alternatif (http://oclibertaire.free.fr/). (Se référer aussi, bien sûr, aux nombreux textes écrits dans CA sur cette question au fil des années)

[*Le réseau Sortir du nucléaire*]

Fin janvier 1998, une AG organise le réseau Sortir du nucléaire, et définit ses campagnes et actions pour l’année à venir : contre l’enfouissement des déchets et contre le chauffage électrique. Mais le mode d’intervention préconisé par lui consiste essentiellement à faire du lobbying auprès des élus, des collectivités… ainsi que de l’opposition symbolique ponctuelle – sans oublier de jouer sur la culpabilisation individuelle, à partir de la consommation d’électricité dans le quotidien –, ce en faisant abstraction d’une autre organisation sociale de la production et de sa répartition. Quant à la sortie du nucléaire, tout ce que l’on en sait depuis douze ans que ce réseau existe, c’est qu’elle a été tout sauf une revendication clairement exprimée de sortie immédiate – une telle revendication étant jugée irréaliste par tous ceux qui vont « à la soupe » et qui, pour certains, sont membres de ce réseau.
Aujourd’hui, Sortir du nucléaire est une entreprise de 12 salariés pour un budget annuel d’environ 1 million d’euros. S’il est agréé depuis 2005 par le ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, il ne reçoit aucune subvention de l’Etat, ni de collectivités territoriales. Il est donc financé par des dons, les ventes réalisées dans sa boutique et les cotisations des 841 associations signataires de sa charte. Les adhérents au Réseau se répartissent en trois grandes catégories :
Côté politique : une centaine de groupes du parti Vert, le NPA, le Mouvement des jeunes socialistes, les Alternatifs, la Fédération anarchiste et Alternative libertaire…
Côté associatif : beaucoup d’associations concernant la défense de l’environnement.
Côté « capitalisme vert » : une flopée d’entreprises ou de commerçants du secteur des énergies renouvelables ou de l’agriculture biologique.
Par contre, côté syndical, c’est un peu le désert, excepté Sud-Rail et quelques autres sections de Sud…
Il est évident que ce Réseau ne peut pas être indépendant du parti Vert, encore moins de l’écocapitalisme. C’est ainsi qu’il fait la promotion des énergies renouvelables via la publicité pour ce secteur marchand. En revanche, et contrairement à d’autres associations importantes, le Réseau a refusé de participer à la mascarade du « Grenelle de l’environnement ». Il faut dire que, dès le lancement de celui-ci, Sarkozy avait annoncé que le nucléaire n’y serait pas remis en cause. ; mais cela n’a pas empêché Greenpeace d’y participer, ce qui a entraîné son départ du Réseau fin 2007.

[*Et en dehors du Réseau ?*]

Début 2000, des collectifs antinucléaires hors Réseau ou en délicatesse avec lui manifestèrent le désir de se rencontrer hors de toute considération politicienne sur une base claire d’arrêt immédiat du nucléaire. Mais cette première tentative ne débouchera pas, par manque de réalité militante sur le terrain. Puis la Coordination contre la société nucléaire (CCSN) est créée, le 17 janvier 2004, à l’issue d’une manif du Réseau à Paris où un cortège unitaire libertaire pour la « sortie immédiate du nucléaire » avait eu un certain succès. A sa création, l’objectif visait à regrouper l’ensemble des anars dans un collectif exigeant cette « sortie immédiate », afin de mener un travail spécifique en dehors du Réseau, et cela sur les bases d’une critique de la société qui a produit cette industrie mortifère et totalitaire. Pareil objectif n’a pu être atteint puisque certaines organisations libertaires qui prétendaient œuvrer à la CCSN (3) étaient en parallèle adhérentes du Réseau. Cela n’a pas empêché cette coordination de s’organiser de manière autonome, de produire une plate-forme (4), d’être présente aux grands rendez-vous antinucléaires. A ce jour, cette coordination continue d’exister dans une période difficile où les luttes antinucléaires sur le terrain ont bien du mal à émerger.

[*Comment sortir du nucléaire ?*]

Pour le Réseau, cette sortie ne peut avoir lieu qu’en économisant l’énergie et en développant les énergies renouvelables. Ne voulant pas remettre en cause le capitalisme dans son mode de production et de répartition des richesses, il ne lui reste plus qu’à nous culpabiliser sur notre consommation. Cela ne peut donner que des économies de bouts de chandelle accessibles aux catégories sociales supérieures. Quant aux énergies renouvelables, elles ne peuvent en aucun cas, sans changement profond de notre mode de vie (production et consommation), permettre de produire l’électricité dont nous aurions besoin en arrêtant le nucléaire. A moins de croire à la Science (ce que semble dire le Réseau), dans le cadre du système capitaliste actuel, les énergies renouvelables ne pourront représenter qu’un maximum de 20 % de l’électricité dont la France a besoin dans dix ans. Dans ce cadre, la sortie du nucléaire sera envisageable dans cinquante ans… Alors, que reste-t-il ? Comme le défend le comité Stop-Nogent et comme le défendaient les collectifs hors Réseau dans leur charte : « Il n’y a encore que peu d’électricité produite en France à partir du gaz. Par contre, en plus de l’hydraulique, il y a des centrales sous-utilisées à charbon et à fioul qu’EDF a commencé à démanteler, alors qu’elle exporte des techniques de “charbon propre” qui pourraient facilement être adaptées ici. La production de ces centrales exploitées au maximum, couplée à un arrêt des exportations et de l’autoconsommation de l’industrie nucléaire, grosse dévoreuse d’électricité, permettrait d’arrêter dès maintenant plus des deux tiers du parc électronucléaire français. Il est évident que le recours au charbon et au fioul grâce auquel nous pouvons rapidement diminuer notablement la part de l’électronucléaire n’est pas l’idéal, mais sa contribution au phénomène planétaire de l’effet de serre resterait marginale. Pour nous, il y a une urgence prioritaire : éviter les catastrophes nucléaires, civiles et militaires. Bien sûr, ce que nous proposons est compatible avec le recours aux énergies renouvelables et aux économies d’électricité partout où c’est possible, comme par exemple l’abandon du chauffage électrique dans tous les établissements publics. »

Le débat reste ouvert, car peut-on sortir immédiatement du nucléaire sans remettre en cause les TGV, gros consommateurs d’électricité, et tous les autres moyens de transport de personnes et de marchandises, par terre, mer ou air, qui, même s’ils ne consomment pas majoritairement de l’électricité, brûlent énormément d’énergie d’origine fossile qui pourrait être utilisée à autre chose ? Rappelons ici que certaines de nos consommations parcourent des dizaines de milliers de kilomètres pour arriver dans nos assiettes ou dans notre lieu de vie pour le grand bénéfice du capitalisme. Il s’agit bien de choix fondamentaux de société.

jpd


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