Le syndicalisme libertaire en France

jeudi 4 novembre 2010
par  siksatnam
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Depuis plus d’un siècle, le syndicalisme libertaire occupe une place modeste mais remarquée sur l’échiquier syndical français. Son activisme est réel, tout comme est grande sa capacité à développer des méthodes d’action en rupture radicale avec l’économie sociale de marché. Sylvain Boulouque, chercheur associé au CESDIP-CNRS, est un des co-auteurs de l’ouvrage « Les forces syndicales françaises » (PUF, 2010, 490 pages, 30,-€).

Libertaire ? Ce terme, s’il est souvent utilisé de manière positive, a connu, à l’origine, une connotation négative. Certains utilisent, avant la Première guerre mondiale, l’appellation pour désigner les anarchistes qui participent à l’action syndicale. Mais, l’expression se répand surtout au début des années 1920 quand les communistes utilisent ce terme pour essayer de disqualifier les anarchistes membres de la CGTU. Il permet, en effet, d’annihiler les accusations que ces derniers portent à l’encontre des bolcheviques, en l’occurrence vouloir soumettre le mouvement syndical à la volonté du Parti et de l’Internationale communistes.

Le syndicalisme d’orientation libertaire après son heure de gloire de l’avant-guerre connaît une période de survie. Les libertaires sont éparpillés entre les diverses interprétations du syndicalisme.

Les uns font le choix de l’autonomie syndicale complète comme c’est le cas de certains militants, dans les années 1920 et jusqu’en 1936, au Havre, à Lyon ou à Limoges. Ces expériences ne peuvent pas être considérées comme marginales. Ces organisations peuvent compter localement plusieurs centaines de membres et donc de forts taux de syndicalisation.

Il existe, en deuxième lieu, la minorité libertaire de la CGT, composée de vieux militants comme Émile Pouget, Georges Yvetot et de ceux qui ont soutenu l’Union sacrée pendant la guerre.

En troisième lieu, il y a les militants, initialement les plus nombreux, qui participent à la fondation de la CGTU. Après la prise de contrôle complète de la CGTU par les communistes, ces libertaires se distinguent en deux tendances. Le premier groupe, à l’image de Théophile Argence (1892-1975), d’Albert Guigui (1903-1982, le futur Varlin de la Résistance) et de Julien Le Pen (1878-1946), après avoir fait un temps le choix de l’autonomie dans l’Union fédérale des syndicats autonomes, rejoignent la CGT. D’autres, regroupés autour de Pierre Besnard (1886-1947), participent à la fondation de la CGT syndicaliste révolutionnaire (CGT-SR). La tendance libertaire de la CGT représente environ 10% de ses effectifs entre les deux guerres. Elle se poursuit, aux lendemains de la Seconde guerre mondiale, dans Force ouvrière. Le principal animateur de cette minorité a longtemps été Maurice Joyeux (1910-1991).

Le second groupe, numériquement beaucoup plus faible, choisit l’autonomie. Elle est forte à ses débuts d’environ 25 000 membres, principalement implantés dans le bâtiment. Mais, très vite, ces effectifs déclinent pour ne pas dépasser les 10 000 membres. Elle connaît un regain d’influence lors du Front populaire et de la guerre civile espagnole.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, les libertaires hésitent entre deux attitudes : la première est de participer à Force ouvrière et la deuxième est la création de la Confédération nationale du travail (CNT). Cette organisation syndicale consacre très vite la quasi totalité de son activité à la défense des anarchistes espagnols. C’est après la chute de la dictature franquiste et surtout au tournant des années 1980-1990 que la CNT connaît un développement. Elle s’implante dans certains secteurs comme les nettoyeurs du métro, les étudiants ou les travailleurs de la culture. Forte de quelques milliers de membres, la CNT se définit comme une centrale poursuivant les méthodes et les moyens d’action de la CGT du début du siècle. Elle est concurrencée par les syndicats et les fédérations SUD de l’Union syndicale Solidaires (USS).

Les fédérations SUD prennent leur envol entre 1988 et 1991 lors de la mise à l’écart puis de l’exclusion par la direction de la CFDT de certains militants dans les PTT et le secteur hospitalier. Les différentes fédérations SUD prennent alors du poids notamment chez les cheminots ou dans le monde de l’éducation. L’USS revendique aujourd’hui 80 000 adhérents et inscrit sa stratégie dans la recomposition de la gauche radicale, tout en assumant la part libertaire du syndicalisme, puisqu’elle se réclame explicitement de la Charte d’Amiens et des courants contestataires des années 1970 (Thierry Renard, Patrice Spadoni, Christophe Mahieux). Mais elle intègre également de nombreux militants d’obédience marxiste, issus du maoïsme (comme Annick Coupé) ou du trotskisme (comme Christophe Aguiton).


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