Emplois « fictifs » : la fragile défense du maire de Tours

vendredi 28 janvier 2011
par  siksatnam
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Dans La Nouvelle République, Jean Germain ne donne aucune précision sur son travail pour l’IGEN, payé près d’un million d’euros.

Le maire (PS) de Tours Jean Germain, mis en cause par la Cour des comptes pour un emploi public très peu occupé mais très bien rémunéré, n’a pas eu le temps de répondre aux révélations de Rue89. Mais il l’a trouvé pour s’exprimer dans le quotidien régional La Nouvelle République, qui prend sa défense et publie ses réponses erronées.

L’élu et la Cour des comptes s’opposent sur une interprétation de la procédure de nomination. Mais celle-ci ne change rien : Jean Germain a bien été payé à ne rien faire, ou presque, pendant dix-huit années, pour une somme totale avoisinant le million d’euros.

Pour donner sa version de l’affaire, le maire a choisi La Nouvelle République (surnommée la « NR »). Le quotidien a respectueusement consacré lundi deux grands articles (une synthèse et une interview) à la défense de son long passage à l’Inspection générale de l’éducation nationale (IGEN).
Objectif : « salir la réputation du maire », selon le journal

Voici comment nos confrères tourangeaux présentent nos informations :

« Le général de Gaulle appelait cela “la politique des boules puantes”. […] C’est aujourd’hui au tour de Jean Germain d’en faire l’expérience. Et si l’origine du coup bas est pour l’heure mystérieuse, son but est évident : salir la réputation du maire de Tours, candidat aux sénatoriales. »

Qu’un élu local soit candidat à une élection n’a rien à voir avec notre article, qui concerne aussi un actuel conseiller de l’Elysée et un ancien ministre UMP.

Le courrier du plus haut magistrat comptable de France (rapetissé en « un magistrat » dans la NR) indique par erreur, estime Jean Germain, qu’il a été nommé à l’IGEN au « tour extérieur » (ce que l’on interprète couramment par une décision arbitraire du gouvernement).

Impossible à vérifier sur Légifrance sans connaître la date de la nomination, contrairement à d’autres nominations, comme le confirme un collaborateur du maire de Tours. Depuis la parution de l’article, informé de la date, nous avons retrouvé le décret, qui prouve qu’il a été nommé au 2e tour, comme sa carrière d’universitaire le lui permettait, et non au 5e, potentiellement ouvert à n’importe quel « ami » du pouvoir exécutif âgé de plus de 45 ans.

Cependant, la Cour des comptes affirme qu’il n’y a pas d’erreur, et réfute le terme de « concours » employé par Jean Germain dans la NR :

« Il n’existe aucune procédure de concours pour accéder à l’inspection générale de l’éducation nationale. Toutes les nominations sont décidées par le Président de la République et sont donc, par principe, extérieures à ce corps. »

« Je ne pense pas que le maire vous rappellera »

La conclusion du journaliste porte sur l’ensemble de l’enquête de la juridiction financière : « Un courrier -bien réel- de la Cour des comptes mais une information fausse, relayée sans vérification par un site internet […]. »

Même chose pour le maire, qui « comprend mal qu’une information de cette nature soit relayée sans être vérifiée ».

S’il avait donné suite à mes appels, Jean Germain aurait pu m’aider à vérifier l’information. Pourtant, dès mon premier coup de fil vendredi matin, son collaborateur m’a donné cette réponse très claire :

« Je préfère vous prévenir tout de suite : je ne pense pas qu’il vous rappellera pour une chose pareille. »

« Il peut attester de son activité », sans aucune trace ou presque

Le maire affirme qu’il a été mis à la disposition du ministère des Affaires étrangères entre 1997 et 2002 : selon nos informations, cette activité n’a strictement rien à voir avec sa fonction d’IGEN. D’autant qu’il n’a produit aucun justificatif auprès des magistrats de la Cour des comptes, contrairement à certains de ses collègues interrogés durant leur enquête.

Avant 1997, aucune précision, et après 2002, le maire évoque « un rôle de conseil » et des sujets sur lesquels il s’est « penché ». La Cour n’en a pas retrouvé de trace formelle.

La NR se trompe quand elle affirme « qu’il peut attester de son activité » pendant dix-huit ans : les seules preuves d’activité de Jean Germain sont « dix courtes notes manuscrites et un rapport daté de novembre 2009 », comme l’écrit la Cour. Une activité opportunément commencée juste après le début des investigations de la juridiction financière. Aucun frais de mission, aucune autre note, rien.

Le journal écrit que Jean Germain « a bénéficié des dispositions légales qui permettent aux fonctionnaires d’aménager leur temps pour exercer correctement des mandats électifs ». C’est faux : Jean Germain n’a jamais demandé à bénéficier d’un temps partiel.

Le maire refuse de répondre à propos de sa rémunération, mais la NR évoque une rétribution d’environ 3 600 euros mensuels en 2010. Soit le traitement d’un IGEN en début de carrière. Selon nos informations, Jean Germain touchait environ 6 000 euros net mensuels (primes incluses) au moment de sa mise en retraite, à sa demande et à 63 ans, le 11 septembre. Après cette enquête de la Cour des comptes.



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