Le groupuscule identitaire d’extrême droite Des Tours et des lys a lancé une cagnotte pour récolter 100.000 € afin d’ouvrir un bar associatif à Tours.
Après L’Alvarium à Angers, La Citadelle à Lille, Les Remparts à Lyon, ou encore le Cercle Europa à Paris, c’est à Tours qu’un projet de lieu de rassemblement pour l’extrême droite risque de voir le jour. C’est en tout cas ce que souhaite le groupe identitaire Des Tours et des lys (1), connu pour ses manifestations au flambeau à Tours en l’honneur de saint Martin, ses rassemblements contre l’immigration et pour ses conférences invitant, notamment, des figures du néofascisme européen
Dans une vidéo postée le 24 avril 2025 sur le compte Instagram de l’association, Alexandre Boumediene, son porte-parole, indique que « la communauté Des Tours et des lys s’apprête à franchir un nouveau cap : son implantation définitive dans le paysage tourangeau ».
Une cagnotte en ligne pour récolter 100.000 €
« Nous sommes sur le point d’acquérir un lieu pour nous permettre d’être et de durer à Tours », poursuit-il. Et pour acheter ce lieu, l’association a mis en place une cagnotte en ligne. « Il nous reste 100.000 € à rassembler », ajoute Alexandre Boumediene.
Sur la cagnotte, impossible de voir l’état d’avancement de la cagnotte, mais 27 contributeurs étaient enregistrés le 12 mai. La photo mise en avant sur le site indique que l’association espère une « ouverture en 2025 ». Sur cette même photo, on voit également en arrière-plan une tireuse à bière. Ce local serait donc un bar géré par l’association. Dans ses statuts déposés en 2015 sous le nom d’Association culturelle tourangelle, Des Tours et des lys indique en effet vouloir « organiser la création d’un local bar associatif ».
Groupes dissous, bars fermés
Dans la vidéo, le porte-parole de Des Tours et des lys fustige « les associations communautaristes, LGBT, immigrationnistes ou islamistes », qui bénéficieraient « de soutiens institutionnels et même de financements publics », auxquels l’association d’extrême droite n’aurait pas droit.
Du côté de la Ville de Tours, une élue indique que la collectivité ne peut pas s’opposer à l’ouverture d’un tel local, puisqu’il s’agit d’un projet privé. « Tant qu’il n’y a pas de trouble à l’ordre public, nous ne pouvons rien faire. » Mais dans d’autres villes où des bars issus d’associations identitaires se sont installés, ces lieux ont cristallisé les tensions, avec des groupes d’extrême gauche ou avec les autorités. À Lille, La Citadelle et son « bar patriote » ont été fermés début 2024, suite à une dissolution prononcée par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin, après des « publications, les propos de ses membres et ses slogans prônant la mise en œuvre d’une idéologie xénophobe et provoquant à la haine et à la discrimination ». En juin 2024, c’est au tour du bar identitaire La Traboule, du groupe d’extrême droite Les Remparts de Lyon, d’être dissous pour des raisons similaires.
Plus proche de Tours, c’est L’Alvarium, groupe d’extrême droite angevin, et son local, qui avaient été dissous en 2021 sur les mêmes arguments, une décision confirmée en 2023 par le Conseil d’État. Ce qui n’a pas empêché le leader de L’Alvarium, Jean-Eudes Gannat, de rapidement mettre sur pied un nouveau groupe, le Mouvement Chouan… dont Alexandre Boumediene, le leader de Des Tours et des lys, est le porte-parole.
« Nous serons vigilants » dit le préfet
Interrogé mercredi midi en marge d’une conférence de presse liée à un chantier de rénovation d’écoles dans le quartier des Fontaines, le maire de Tours Emmanuel Denis affirme qu’il n’est « pas au courant d’un projet de café associatif de ce type ». En revanche, son adjoint à l’éducation Franck Gagnaire a bien eu vent de ce projet mais dit ignorer « quel lieu ça pourrait concerner ». Quant au préfet d’Indre-et-Loire, Thomas Campeaux, il estime « qu’un tel projet ne peut être empêché tant qu’il observe le cadre strict de la loi et des règlements inhérents aux débits de boissons. » Pour autant, le représentant de l’État indique : « Si ce café associatif ouvrait à Tours, nous serions très vigilants. » Thomas Campeaux rappelle les fermetures qui ont frappé plusieurs locaux de groupuscules identitaires en France, « notamment en 2018 à Lyon avec le Bastion social » , invoquant « des manquements graves à la sécurité, des menaces de troubles à l’ordre public ou de la discrimination à l’entrée des établissements ».
Par Bastien DAVID, le 15/05/2025 .