Nous tenons à réagir avec la plus grande gravité aux événements survenus dans la nuit du mercredi 17 décembre, à l’occasion d’un rassemblement déclaré de la Coordination rurale 79 (CR79).
Déclaration de manifestation de la CR Centre Ouest
Dès cette déclaration, un premier décalage interrogeait : les cibles annoncées – une commune, une mairie, une députée écologiste, des lieux institutionnels locaux - n’avaient aucun lien direct avec les décisions nationales ou européennes concernant le MERCOSUR ou la gestion sanitaire de la DNC. Ce choix démontrait déjà une instrumentalisation de la détresse du monde paysan, et la récupération d’une crise sanitaire grave pour attaquer des représentant-es de la cause environnementale.
Dans les faits, dès 21h, ce sont près de 60 à 70 tracteurs, dont environ 50 bennes pleines, et plus de 200 personnes qui se sont rassemblés au rond-point de la Colonne. Une assemblée générale s’y est tenue en présence d’une dizaine de gendarmes.
COMMUNIQUÉ COMMUN : Le 19/12/25 : Rappel des faits
Le 15 décembre, une déclaration de manifestation annonçait un rassemblement le 17 décembre à 21h au rond-point de la Colonne, réunissant 25 tracteurs bennes et 50 à 100 personnes, avec un itinéraire précis incluant la mairie de Melle, le siège de la Communauté
de communes et la permanence parlementaire de la députée Delphine Batho. Les motifs officiellement déclarés étaient l’opposition au traité MERCOSUR et la gestion publique de la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC).
À partir de 22h, sans aucune entrave des forces de l’ordre pourtant présentes, ces tracteurs — pour la plupart non immatriculés, interdits de circulation en centre-ville et largement au-delà des limitations de tonnage (12,5 tonnes) — ont investi le centre-ville de Melle pendant plus de deux heures.
Ont alors été déversés, en toute impunité, entre 800 et 1 500 m³ de déchets (environ 50 bennes agricoles) composés majoritairement de pneus, mais aussi de fumier, paille, gravats, palettes, plastiques agricoles, bâches, tuyaux d’irrigation, et autres déchets, y compris potentiellement dangereux.Place du Pont aux Roses, Café du Boulevard, Mairie de Melle.
Permanence parlementaire de Mme Batho. Destruction du CairnFerme de la Genellerie
Ces dépôts ont été effectués :
devant et derrière la mairie de Melle, sur la place du Pont aux Roses, devant le commerce le Café du Boulevard et la maison de la presse, devant la permanence de la députée Delphine Batho, à la ferme de la Genellerie, propriété de la commune où s’est tenu le Village de l’eau en juillet 2024, le CAIRN, monument édifié en l’honneur des victimes de la répression policière survenue à Ste Soline, a par ailleurs été complètement détruit.
Nous soulignons ici un fait particulièrement choquant. En visant la ferme de la Genellerie, la CR79 s’est attaquée à l’un de ses propres collègues de travail, à un outil agricole communal dédié à des pratiques respectueuses du vivant. Cette attaque contre une ferme, symbole d’une autre voie agricole possible, marque une fracture profonde au sein même du monde paysan et une volonté de faire taire toute alternative.
Un coup de force, une opération de saccage ciblée
Nous tenons à être parfaitement clair. L’opposition au MERCOSUR est légitime, tout comme l’inquiétude profonde des éleveurs face à la DNC. Ces combats sont partagés et nous n’avons jamais cessé de dénoncer les effets destructeurs des politiques agricoles libérales sur le monde paysan.
Mais ce qui s’est produit le 17 décembre n’est pas une mobilisation agricole. C’est une opération de saccage ciblée, un règlement de comptes politique, soigneusement organisé par une organisation syndicale qui, sous couvert de défense paysanne, développe depuis des années un discours anti-écologiste, anti-État et identitaire proche de l’extrême-droite.
La Coordination Rurale 79 a utilisé la colère du monde paysan pour sa propre vengeance partisane.
Pour imposer ses idées, elle fait le choix assumé d’actions musclées, d’intimidations et de rapports de forces comme le révèlent les vidéos filmées par les membres de la CR79 qui en disent long sur leurs objectifs lors de cette action.
La CR79 a volontairement détourné la colère générale vers une partie de la population qu’elle a choisi de stigmatiser et à laquelle elle voudrait attribuer toutes les responsabilités de son mal-être. Quels rapports entre la DNC et un bistrot de village ? Entre le Mercosur et une ferme ou un cairn ?
Les revendications annoncées n’étaient qu’un prétexte. Les cibles réelles étaient une commune, des élus, des lieux symboliques (le Café du boulevard, la ferme de la Genellerie et le cairn) pour leur refus de soutenir un modèle agro-industriel qui programme la disparition des paysan-nes, l’accaparement des terres et de l’eau au profit de quelques-uns via les méga-bassines, l’utilisation d’intrants chimiques (pesticides, engrais de synthèse),...
Pour la Coordination Rurale, il faut d’abord « faire la peau aux écolos » plutôt que de lutter contre les véritables responsables du mal-être paysan que sont les accords de libre-échange, la grande distribution, l’agro-industrie, les politiques européennes et nationales.
Et Melle n’est pas un cas isolé. D’autres groupes musclés de la Coordination Rurale ont déversé leur haine de l’écologie sur des locaux d’association de protection de l’environnement. (Voir aussi le CP de Vienne Nature)
Partout, nous notons que les représentants de l’État sont prévenus de ces actions mais les laissent faire. Nous voyons sur les photos et vidéos des policiers et gendarmes tout sourire, regardant les saccages se faire par des individus pourtant parfaitement identifiables.
Aucune intervention, aucune mesure de dispersion, aucune interpellation, aucun usage de la force n’a été engagé. Ce contraste interpelle profondément tant il tranche avec les dispositifs répressifs déployés lors d’autres mobilisations, comme à Sainte-Soline ou de la Confédération paysanne, où la réponse des forces de l’ordre est souvent immédiate et disproportionnée.
Face à ces actes odieux de dégradations, nous affirmons notre soutien total à la municipalité de Melle et à tou-te-s celleux qui ont été directement touché-es. Nous exprimons également notre solidarité avec l’ensemble des syndicats, collectifs, organisations, associations, citoyen-nes qui, à Melle ou ailleurs, œuvrent pour la défense d’une agriculture paysanne respectueuse du vivant, et de l’intérêt général.
La Coordination Rurale n’aura pas eu le dernier mot : dès le lendemain matin, un bel élan de solidarité s’est manifesté, avec la mobilisation de 12 employés communaux et d’une dizaine de bénévoles venus prêter main-forte pour débarrasser la place publique de ces ordures.
Pour affirmer notre soutien à la municipalité de Melle et notre opposition aux actes commis par la CR79, un rassemblement aura lieu vendredi 19 décembre à 18H au Pont aux Roses.
Co-signataires du communiqué :
Le collectif Bassines Non Merci 79, Solidaires 79, Solidaires 85, La France Insoumise 79, La CGT 79, UL CGT du Pays Mellois, Révolution Permanente 79, FSU79, Comités Soulèvements de la Terre du Centre Ouest, l’Action Antifasciste 79, Naturalistes des Terres, le Parti Communiste Français 79, Les Écologistes 79.