À l’Est Républicain, plus c’est gros, plus ça passe. À la locale de Belfort, un journaliste a pu pendant des années tenir des propos signalés comme sexistes, misogynes et obscènes, le plus souvent à l’encontre de jeunes consœurs, sans que sa hiérarchie n’y mette un terme. Malgré une condamnation pénale pour agression sexuelle sur une collègue l’été dernier, le groupe Ebra, propriétaire du quotidien, l’a maintenu en poste, le laissant couvrir des faits divers, y compris des affaires de violences sexistes et sexuelles. Les témoignages recueillis indiquent que le problème ne se limitait pas au journaliste : sa rédaction a laissé passer des comportements condamnables pendant plusieurs années, révélant un dysfonctionnement au sein de l’organisation. Il aura fallu qu’un petit média local révèle l’affaire, suivi d’un scandale interne, pour que la direction décide enfin de pousser son employé vers la sortie, alors qu’il approchait de la retraite.
Comment un journaliste condamné pour agression sexuelle a-t-il pu continuer à travailler aux côtés de sa victime, tout en enquêtant sur des affaires similaires, dans un grand groupe de presse qui se targue d’une tolérance zéro envers les violences sexistes et sexuelles ?
Cette question interroge directement le fonctionnement interne d’Ebra (Est Bourgogne Rhône-Alpes), l’empire de presse régional contrôlé par le Crédit Mutuel.
Le 13 août 2025, le tribunal judiciaire de Montbéliard a condamné Gérard* (prénom modifié) pour une agression sexuelle commise deux ans plus tôt sur une jeune consœur alors âgée de 22 ans. Malgré cette condamnation pénale, Gérard a continué d’exercer ses fonctions pendant plusieurs mois à l’Est Républicain. La victime, elle, a été contrainte de travailler à ses côtés pendant près de six mois, dans l’open space situé à quelques mètres de lui.
Âgé de 62 ans, Gérard est entré au journal en 1991 et y a effectué l’essentiel de sa carrière, au sein de l’une des douze agences locales du quotidien lorrain et franc-comtois fondé à Nancy en 1889 et racheté par le Crédit Mutuel fin 2010. Dans le Territoire de Belfort, département de 140 000 habitants, ce journaliste incarne une figure connue de la rédaction : spécialiste des faits divers, solidement installé et étroitement connecté aux institutions policières et judiciaires locales.
La direction a maintenu Gérard en poste jusqu’en décembre 2025 - soit près de trois ans après l’agression sexuelle qu’il a commise.
Eva*, journaliste dans un autre titre du groupe Ebra et élue au CSE, évoque un profond malaise : « On a eu l’estomac retourné en découvrant cette histoire fin octobre », confie-t-elle. Elle se dit « écœurée et révoltée » par la faiblesse des sanctions internes et le sort réservé à Lucie*, la victime. Comme de nombreux salariés aujourd’hui, elle décrit une mécanique de silenciations, de protections de certains cadres et de décisions managériales contestées : « Comment notre direction peut-elle faire preuve d’autant de médiocrité face à des faits si graves ? Aurait-elle cherché à étouffer l’affaire ? ».
Le « mentor » des petits nouveaux
Les faits débutent en décembre 2022. Lucie, 21 ans, est embauchée en CDD à l’agence locale de Belfort. Elle est la plus jeune de la rédaction et la seule contractuelle parmi une vingtaine de journalistes. Comme beaucoup de jeunes de la presse régionale, elle enchaîne les contrats courts et les mutations. Elle en est déjà à sa quatrième locale, la deuxième au sein du groupe Ebra depuis sa sortie d’école. Les premiers jours, Gérard se montre accueillant, cherche à l’inclure, l’invite à découvrir la ville. « Aujourd’hui, je mesure qu’il profitait de ma solitude pour se rapprocher de moi », analyse-t-elle.
Avec les nouveaux arrivants, hommes comme femmes, le vétéran des dossiers criminels se présente en « mentor ». Il les emmène à la « tournée des faits divers » auprès des policiers, gendarmes et pompiers, afin de leur apprendre à recueillir les événements survenus au cours des dernières heures. « Un jour, rembobine Lucie, je lui ai demandé quand il m’amènerait au tribunal, puisqu’il était censé me former. Il m’a répondu devant toute la rédaction : "Toi comme victime et moi comme prévenu ?" C’était presque prémonitoire… »
Les éléments qui suivent ont été établis à partir du témoignage de Lucie et de la plainte qu’elle a déposée au commissariat de Troyes en juin 2024 – plainte que Blast a pu consulter.
L’agression
Le 6 janvier 2023, alors qu’ils sont en congés, Gérard propose à Lucie de l’accompagner faire une course dans un magasin de sport. Première étrangeté : il l’emmène à Montbéliard, à une vingtaine de minutes d’autoroute de Belfort, alors qu’un commerce équivalent existe sur place. Gérard affirme rechercher un article précis pour son fils, introuvable ailleurs. Cet article ne sera finalement jamais acheté.
Sur le trajet du retour, la situation bascule. À deux reprises, Gérard pose la main sur celle de Lucie, puis sur sa cuisse, tout en conduisant. À chaque fois, elle le repousse, sans parvenir à dire un mot, paralysée par la sidération. Lorsqu’il la dépose devant son domicile, il glisse sa main à l’intérieur de sa cuisse. Pendant environ quinze secondes, Lucie demeure incapable de réagir. Puis elle ouvre la portière et s’apprête à sortir. Gérard tente alors de l’embrasser. Elle se dégage avant qu’il n’y parvienne et quitte précipitamment la voiture.
Tu vas coucher avec lui pour nous ramener des infos ?
Quelques jours plus tard, Lucie se rend dans le bureau de son directeur départemental, supérieur hiérarchique direct du chef d’agence. Elle lui expose précisément les faits. « Il connaissait l’intégralité de l’histoire avant même que les syndicats ne soient saisis, assure-t-elle aujourd’hui. Mais il l’a mise sous le tapis ». Pour Lucie, la direction savait et n’a pas pris de mesures immédiates, laissant Gérard en poste. Par ailleurs, quatre journalistes indiquent à Blast avoir signalé au même directeur départemental des propos sexistes tenus par Gérard. Aucun n’a constaté de sanction ou de remontrance à la suite de ces alertes.
Les semaines suivantes, Gérard multiplie les provocations. Un jour, dans l’open space, il entreprend de raconter, à voix haute, un entretien téléphonique qu’il affirme avoir eu avec un officier de police avec lequel il entretient des relations étroites. Plus tôt dans la journée, Lucie avait rencontré cet officier pour un article consacré aux dispositifs d’accompagnement des victimes de violences conjugales et intrafamiliales.
Devant l’ensemble de la rédaction, Gérard rapporte, sur le ton de la plaisanterie, les propos qu’il attribue à cet officier : « Il m’a demandé qui était la nouvelle ambassadrice de la rédaction. Il voulait tout savoir sur toi : ton âge, depuis quand tu es à Belfort… C’est trop bien, tu lui plais ! Du coup, tu vas coucher avec lui pour nous ramener des infos ? »
Un témoin nous confirme la scène. Selon lui, cet épisode illustre la relation étroite que Gérard entretenait avec certaines sources policières, ce qui aurait pu contribuer à une indulgence de la part de la hiérarchie. « Gérard écrit très mal, estime l’un de ses anciens collèges, mais il abat un énorme travail. Il a toujours une longueur d’avance pour sortir des infos grâce à son carnet d’adresses, et il répond toujours présent quand il y a un sujet chaud à couvrir ». Avant d’ajouter, sans détour : « Je comprends pourquoi la direction a fait l’autruche. Pour elle, c’est un confort d’avoir un mec comme ça dans une ville comme Belfort. »
Le spécialiste des « articles mono-sourcés »
Journaliste dans cette ville entre 1990 et 2019, Pascal Lainé a observé de près le travail de son collègue fait-diversier. Il confirme la dépendance de Gérard à certaines sources policières : « Oui, Gérard était toujours très bien informé. Mais quasiment que par les flics. Le soir, après la tournée des faits divers, on appelait les avocats commis d’office pour qu’ils racontent ce qu’ils savaient de telle ou telle affaire. L’idée était d’avoir au minimum deux versions : celle de la police et celle de l’avocat. » Une précaution que, selon Pascal Lainé, Gérard contournait régulièrement : « Lui, il faisait généralement des articles mono-sourcés. Il sortait du commissariat en disant "J’ai une affaire, le commissaire Machin m’a raconté ça", et il recopiait ce que lui avait dit le commissaire. »
Juste après l’agression, Lucie se confie à un collègue. Celui-ci prévient aussitôt la section du Syndicat national des journalistes (SNJ) de l’Est Républicain. Fin février 2023, après avoir interrogé plusieurs salariés sur les comportements de Gérard, le syndicat transmet un droit d’alerte à la direction du quotidien. Il lui demande explicitement la protection des salariées amenées à travailler avec Gérard. « Sans cette intervention du syndicat, reconnaît Lucie aujourd’hui, toute cette affaire serait restée enterrée ». La direction réagit : elle prononce une mise à pied conservatoire de Gérard et lance une commission d’enquête interne. Celle-ci réunit la directrice des ressources humaines (DRH), un délégué syndical (SNJ) et la référente en matière de harcèlement sexuel et d’agissements sexistes de l’entreprise, également secrétaire du CSE (CGT). Mais pour Agathe*, élue au CSE de l’Est Républicain, cette commission n’a pas pleinement rempli sa mission. Elle regrette qu’elle se soit limitée à « réentendre les salariés qui avaient déjà témoigné auprès du SNJ dans le cadre du droit d’alerte ». Selon elle, « la direction aurait dû élargir les investigations, rechercher d’autres témoins ou victimes potentielles, au-delà de ceux que le syndicat lui avait apportés. »
Elle travaille six mois à côté de son agresseur
Lorsque la commission rend ses conclusions, en mars 2023, la direction prononce contre Gérard une seconde sanction : une mise à pied disciplinaire. Gérard n’apparaît plus pendant trois semaines, jusqu’à la fin du mois de mars, lorsque la direction l’autorise à reprendre son poste dans la même agence que sa victime. Lucie et les cadres de l’agence l’apprennent la veille de son retour. « J’avais la boule au ventre, je me sentais en danger… souffle Lucie. Pour moi, c’était évident qu’après ce qu’il m’avait fait, la direction éviterait qu’on retravaille ensemble ». À ce moment-là, elle est loin d’imaginer qu’elle devra encore passer six mois à ses côtés. Personne ne juge utile d’éloigner leurs bureaux, séparés de seulement quelques mètres.
Un journaliste de Belfort se souvient de la seule consigne donnée alors par la DRH : « Soyez très attentifs à la relation entre Gérard et Lucie. » Lucie demande à changer d’agence. La DRH refuse. « Selon elle, c’est trop compliqué de modifier mon contrat comme ça : il n’y a pas de place dans les autres agences et on a trop besoin de moi à Belfort », rapporte la journaliste, qui dit s’être « sentie lâchée » de toute part à ce moment-là.
Quel rôle ont joué les élus du SNJ, à l’origine du droit d’alerte ? « Je leur avais dit que j’acceptais de témoigner à condition de ne plus avoir à retravailler avec Gérard. Je pensais qu’ils me protégeraient et qu’ils se battraient pour que la direction me change d’agence », confie Lucie. Elle nuance toutefois son propos : « Ils ont fait de leur mieux. Mais, comme tout le monde, ils ont été pris de court par le retour inattendu de Gérard à Belfort. C’était hallucinant. Personne ne l’avait vu venir. »
« Si elle a été lâchée, c’est par la direction ! », affirme Éric Barbier, du SNJ. Ce journaliste de la locale de Besançon rappelle que son syndicat a été le premier à « dénoncer très tôt ces faits inadmissibles auprès de la direction » et à demander que la victime ne soit plus amenée à travailler dans la même agence, ni à proximité de son agresseur. « On est un syndicat, pas la direction, insiste-t-il. On peut formuler des revendications, mais on n’a aucun pouvoir décisionnel. L’organisation du travail relève exclusivement de la direction. »
Je restais figée jusqu’à ce qu’il parte
Une semaine après le retour de Gérard, le SNJ adresse un nouveau courrier à la direction. Le syndicat s’enquiert des mesures prévues pour protéger Lucie et s’étonne que le fait-diversier continue de couvrir des affaires de violences sexistes et sexuelles. Christophe Mahieu, le directeur général du pôle lorrain et franc-comtois d’Ebra, répond un mois plus tard. « Il a expliqué, en gros, qu’il ne répondrait pas aux questions du syndicat », rapporte Magalie*, également membre du SNJ. Selon elle, la direction « estimait avoir déjà pris "les mesures nécessaires", à savoir une sanction disciplinaire, et l’engagement du salarié à changer d’attitude. Et voilà… », résume-t-elle.
Le soir, lorsque la rédaction se vide, Lucie se retrouve parfois seule dans l’open space. Gérard, affirme-t-elle, la fixe depuis son poste de travail, situé à quelques mètres du sien. « Longuement, parfois une demi-heure. Et parfois, il se plante dans le couloir, près de la sortie de l’agence, pour me fixer encore. Je restais figée jusqu’à ce qu’il parte. »
La direction finit par proposer à Lucie une mutation à Montbéliard, sous la forme d’un CDD de quatre mois. Elle en discute avec le rédacteur en chef qui, se souvient-elle, lui fait savoir qu’il n’apprécie pas les « propos forts » qu’elle a tenus en demandant à être protégée. « Oui, reconnaît Lucie, j’avais appelé la DRH pour lui confier que je me sentais lâchée par ma hiérarchie, qui ne faisait rien pour m’éviter de travailler à côté de mon agresseur. C’était parfaitement vrai. »
Lucie a le sentiment que son renouvellement lui est présenté comme une faveur. « Ç’aurait été trop gros de se séparer de moi à l’issue du CDD durant lequel l’agression s’est produite », analyse-t-elle. Elle accepte le CDD de quatre mois à Montbéliard. En janvier 2024, celui-ci se termine et Lucie doit partir. Le directeur régional et une secrétaire de direction lui promettent qu’elle pourra revenir : elle « bosse bien », son dossier est « en haut de la pile » et elle sera rappelée après quelques mois de carence. Mais elle ne sera jamais recontactée.
Après cinq mois de chômage, le sentiment d’injustice ne cesse de croître : « Je voyais que celui qui m’a agressée continuait à travailler tranquillement et qu’il ne serait jamais plus sanctionné. Si l’affaire avait été correctement gérée en interne, je n’aurais jamais déposé plainte », confie Lucie à Blast. Elle voit sa carrière, déjà fragile, demeurer en suspens, tandis que celle de son agresseur se poursuit sans heurts, dans la même rédaction, auprès des mêmes collègues et sur les mêmes sujets.
Besoin de décompresser
Le 11 juin 2024, elle se résout à se rendre au commissariat de Troyes, sa ville d’origine, pour y déposer plainte contre Gérard. Pourquoi ne pas l’avoir fait à Belfort ? « Parce que là-bas, répond-t-elle, Gérard entretenait des relations étroites avec plusieurs policiers. » Après le dépôt de plainte, les mois passent sans aucune nouvelle. Fin décembre 2024, elle écrit directement à Paul-Édouard Lallois, le procureur de Montbéliard, car une partie des faits se sont déroulés dans cette commune. Le procureur lui répond le jour même : « Au vu de la nature des faits pour lesquels vous avez déposé plainte […], je suis étonné de n’en avoir toujours pas été saisi. » Une enquête pénale est immédiatement ouverte et confiée à la brigade de recherches de la gendarmerie de Montbéliard. Huit journalistes sont auditionnés. Six mois d’investigations plus tard, le 23 juin 2025, Gérard est placé en garde à vue.
Devant les gendarmes, il reconnaît immédiatement les faits, tant ses propos que ses actes. Il parle de « gestes déplacés », évoque « la main tout ça [sic] », justifiant son comportement par un « besoin de décompresser » et le fait de provenir « d’une autre époque », selon les déclarations que Blast a pu consulter. « C’était un peu mon exutoire, explique-t-il aux enquêteurs. Comme j’étais souvent stressé et tendu, c’était ma façon d’évacuer en tenant ce type de propos toujours sur le ton de la plaisanterie. » Il se présente également comme un homme ayant pris conscience de ses actes. Pour étayer cela, il évoque un entretien avec Christophe Mahieu, le directeur du pôle lorrain et franc-comtois d’Ebra, tenu à la suite de l’alerte adressée à la direction par le SNJ après l’agression subie par Julie. Gérard affirme que son directeur lui a « fait remarquer que la période a changé et que les gens maintenant n’acceptent plus ce genre de blagues ». Il ajoute que la commission d’enquête interne ouverte en mars 2023, deux mois après les faits, suivie d’une mise à pied de trois semaines, a constitué un « coup d’arrêt ». « Depuis, assure-t-il, on ne peut plus me reprocher ce type de comportement et de propos déplacés. »
Une victime jamais rappelée, un agresseur en poste
La reconnaissance de culpabilité de Gérard permet au procureur de proposer à Lucie une « composition pénale ». Cette procédure, qui évite un procès public devant le tribunal correctionnel, vise à apporter une réponse pénale rapide. Le 13 août 2025, le tribunal judiciaire de Montbéliard la valide et déclare Gérard coupable d’agression sexuelle. Il est condamné à verser des dommages et intérêts à la victime et doit suivre, dans un délai de six mois, un stage de « lutte contre le sexisme et de sensibilisation à l’égalité entre les femmes et les hommes ». De son côté, Lucie, âgée de 24 ans, enchaîne de nouveaux CDD dans la presse régionale. En l’espace de quelques mois, elle passe par quatre rédactions et autant de régions différentes, tentant de reconstruire une forme de stabilité professionnelle.
L’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais le 30 octobre 2025, un petit média franc-comtois, Le Trois, la révèle, déclenchant un vif débat dans les rédactions lorraines et franc-comtoises du groupe. Pendant plusieurs jours, quatre syndicats hésitent entre demander la démission de Christophe Mahieu ou celle de toute la hiérarchie. Le tract intersyndical publié le 6 novembre 2025 n’exige finalement aucune démission, mais dénonce « la pleutrerie de toute la hiérarchie » et invite la direction parisienne d’Ebra et le Crédit Mutuel à « prendre les mesures nécessaires contre ceux de l’encadrement, jusqu’en haut de la pyramide, qui savaient depuis longtemps, n’ont pas agi et se sont tus, faisant la part belle à une omerta destructrice ».
Le lendemain, Christophe Mahieu adresse un message d’une page et demie à l’ensemble de ses salariés. Il s’appuie sur les conclusions de la commission d’enquête interne pour estimer « qu’une partie des actes signalés se sont déroulés en dehors du temps et du lieu de travail relevant de la vie privée et/ou étaient prescrits, et ne pouvaient pas faire l’objet de poursuite disciplinaire ». « Et en l’absence de nouveaux faits », conclut-il, il n’a « aucune prérogative pour rouvrir une enquête ou alourdir la sanction ». Le courrier provoque un nouveau tollé interne. Les salariés s’indignent que leur direction considère une agression sexuelle commise par un homme sur une femme de la même rédaction comme relevant « de la vie privée » …
D’autant que Christophe Mahieu passe sous silence un événement majeur : Lucie n’est pas la seule victime de Gérard. En 2016, une autre jeune journaliste avait déjà été confrontée à des faits à caractère sexuel graves, commis en pleine journée de travail, dans un véhicule de service.
Je me suis vue dans un fait divers
Estelle*, 34 ans, a travaillé à l’Est Républicain de septembre 2013 à août 2017, enchaînant des CDD entrecoupés de périodes sans contrat. Faute de stabilité professionnelle, elle a fini par quitter le groupe. Elle reconnaît aujourd’hui que ce qu’elle a vécu avec Gérard « n’a pas contribué à [la] motiver à rester ». « J’ai clairement fait un black-out », confie-t-elle.
Les souvenirs d’Estelle reviennent par vagues. « C’était la première et la seule fois qu’on avait déjeuné ensemble. On venait de terminer un reportage. » Ils se trouvent dans une voiture aux couleurs de l’Est Républicain, garée sur le parking du restaurant. Gérard pose sa main sur sa cuisse et lui dit : « Si tu veux avoir une relation avec quelqu’un de plus âgé, je suis là. » Estelle repousse sa main. Il insiste : « Tu es sûre ? », puis lui propose un détour chez lui. Elle refuse et exige d’être déposée à l’agence. Il s’exécute et la laisse repartir. « Mais un instant, dit-elle, je me suis vue dans un fait divers. »
En mai 2025 le procureur Paul-Édouard Lallois demande aux enquêteurs de la brigade de recherches d’entendre Estelle, en qualité de témoin. Les faits qu’elle relate remontent à plus de six ans, au-delà du délai de prescription applicable aux délits sexuels commis sur une personne majeure. Estelle indique ne pas avoir souhaité déposer plainte à l’époque et ne pas envisager de le faire en 2025.
Sans commenter des faits dont il n’a pas été saisi judiciairement, le procureur confirme néanmoins à Blast qu’Estelle « a décrit un mode opératoire très similaire » à celui rapporté par Lucie, ainsi que des « faits à caractère sexuel qui auraient pu relever d’une qualification pénale » en l’absence de prescription.
Une commission d’enquête qui pose des « questions-pièges, culpabilisantes »
Christophe Mahieu ne pouvait ignorer le témoignage de cette seconde victime. Estelle a également été entendue par la commission d’enquête interne de l’Est Républicain. L’ancienne journaliste, désormais reconvertie dans un tout autre domaine, garde un souvenir vif de cette audition, qui l’a « remuée, choquée ».
« Les membres de la commission m’ont demandé si je n’avais pas laissé sous-entendre à Gérard qu’il pouvait y avoir une ouverture. Je me suis dit : "Merde, on peut vraiment penser que j’ai pu laisser croire quoi que ce soit à un mec pareil qui avait 30 ans de plus que moi…" »
Estelle se souvient de « l’incrédulité » de ses interlocuteurs face à ses réponses et du « peu d’intérêt qui les animait ». Elle a eu l’impression que la commission servait « avant tout à défendre le groupe » : « Il y avait eu un droit d’alerte et il fallait bien donner l’impression de faire quelque chose, observe-t-elle. J’ai ressenti beaucoup plus de compassion de la part de l’adjudante cheffe de la gendarmerie [qui menait les auditions pénales] que de la commission interne. »
Lucie décrit une expérience similaire. Elle évoque un « gros malaise » en répondant aux questions des membres de la commission, qui lui donnaient « l’impression d’être en tort ». « Ils posaient des questions-pièges, culpabilisantes, relate-t-elle, comme s’il s’agissait de vérifier que je n’avais pas moi-même provoqué Gérard. La DRH me coupait pour demander un détail, et si je ne répondais pas dans la seconde, j’avais l’impression que ça remettait en cause tout le reste. »
Dans la continuité de la position de la direction, Éric Barbier, délégué syndical SNJ, refuse de commenter la façon dont la commission d’enquête, à laquelle il a participé, a conduit les auditions, invoquant leur caractère confidentiel. Au regard du second témoignage, celui d’Estelle, une question demeure : comment Christophe Mahieu a-t-il pu écrire que les « actes signalés » relevaient de la « vie privée et/ou sont prescrits » ? Cette formulation joue un double rôle : elle dédouane la direction et justifie son inaction. Une journaliste du Républicain Lorrain résume ce raisonnement par l’absurde : « Si je comprends bien Christophe Mahieu, ça veut dire que j’ai le droit de cogner un collègue à l’extérieur du journal pendant mes vacances ? Il ne faut pas me donner de telles idées », ironise -t-elle, avant de préciser : « Plus sérieusement, ça offre une sorte de permis d’agression, en tout cas c’est un signal d’impunité. Faites ça en dehors du travail, vous serez suspendu trois semaines et pourrez continuer de travailler chez nous. » Sauf, bien sûr, si l’affaire est révélée dans la presse.
Tu y trouveras des gens qui ne veulent pas travailler, des pas commodes, des alcooliques…
Pour comprendre comment un tel scandale a pu prospérer dans un silence aussi durable, il faut revenir à l’agence locale de Belfort. Elle compte 17 journalistes et sept assistantes de rédaction. Parmi ces salariés, un noyau dur « d’anciens » domine : dix journalistes cumulent chacun plus de 25 années d’ancienneté à L’Est Républicain.
Blast a recueilli dix témoignages de journalistes passés par Belfort. Tous décrivent un climat « lourd », « malsain », « froid », « nauséabond », une rédaction minée par des « guerres d’egos » et des relations interpersonnelles jugées « glaciales ».
Sophie*, 32 ans, raconte une anecdote qui illustre bien l’atmosphère de l’agence. Lors de son entretien d’embauche, à l’automne 2018, le rédacteur en chef adjoint de l’Est Républicain ne prend aucun détour pour lui présenter sa première affectation. Elle se souvient précisément de ses mots : « Tu verras, à Belfort, c’est un peu la cour des miracles. Tu y trouveras des gens qui ne veulent pas travailler, des pas commodes, des alcooliques… Mais au moins, tu vas apprendre le métier, tu pourras faire plein de trucs supers, traiter tous les sujets. » Le décor est planté.
À 25 ans, fraîchement sortie d’école, Sophie n’a guère d’alternative. Elle accepte Belfort. « On me refilait les sujets de merde, mais je m’éclatais. J’avais une totale liberté pour les traiter », raconte-t-elle. Dans la rédaction, en revanche, c’est moins l’éclate : « Entre une journaliste très réac et agressive et deux journalistes qui avaient de gros problèmes d’alcoolisme, Gérard ne me paraissait pas être le pire, au tout début », admet-elle.
Je vais te fouetter toute nue sur la place publique !
Les premiers motifs d’inquiétude apparaissent rapidement. Sophie se souvient d’un avertissement donné par deux anciens qui la prenaient sous leur aile : « Fais gaffe à Gérard. Évite de te retrouver seule avec lui dans une pièce. Il a tendance à avoir des comportements déplacés avec les filles. »
Souvent, il ne faut que quelques semaines, parfois quelques jours. Gérard teste. Le scénario se répète : il déboule dans l’open space et interpelle une collègue devant tout le monde. « Toi, je vais te fouetter toute nue sur la place publique ! » lance-t-il en riant, le regard fixé sur Sophie. Autour d’elle, quelques collègues rient. La plupart continuent de pianoter sur leur clavier, les yeux rivés sur leur écran. La scène semble banale.
« Je me suis retrouvée comme une conne, je ne savais pas quoi dire. J’ai rougi, je me suis tue. Je me suis remise à pianoter moi aussi, à faire semblant », raconte-t-elle. Le temps de digérer la scène, Sophie alerte le directeur départemental, dont le bureau se trouve à Belfort. Sa réponse tombe, sèche : « C’est Gérard, il est comme ça… »
Cette scène ne concerne pas seulement Sophie. Neuf autres journalistes, ayant travaillé au moins sept mois dans cette agence, la décrivent également. Sept femmes et trois hommes confirment à Blast avoir entendu, ou subi, plusieurs des propos suivants : « Montre-nous tes seins ! » ; « Toi, je vais te sodomiser avec du gravier » ou, sa variante : « sur la place publique ». « Je te prendrais nue sur une peau de bête. » « Je vais aller violer [telle collègue] » ou « une grand-mère » ou même... « une chèvre ».
L’héritage du sexisme ordinaire dans la presse
Les mêmes propos reviennent sans relâche, plusieurs fois par semaine. Gérard les lance à la cantonade dans la rédaction, le plus souvent en revenant de la tournée des faits divers. Toujours, les mêmes rires gras. Toujours, les mêmes jeunes femmes en CDD sommées d’encaisser. Et lorsque l’une d’elles laisse paraître un malaise ou proteste, sept journalistes passés par Belfort racontent à Blast avoir entendu, de la part de l’entourage de Gérard, directeur départemental compris, toujours la même réponse : « Ce n’est rien, c’est Gérard, il est comme ça... ».
La misogynie affichée se teinte parfois d’un cynisme blasé, nourri par des années à couvrir des affaires sordides. « Encore une femme battue, elle l’a bien cherchée, la salope ! » lâche-t-il un jour en revenant du tribunal après une audience pour violences conjugales. « Le plus fou, se remémore Lucie, c’est l’indifférence qui a suivi cette phrase. Ça faisait à peine réagir, tellement c’était habituel. »
Monique*, également passée par Belfort et visée par Gérard, regrette aujourd’hui son silence : « Comme certaines d’entre nous se taisaient, voire rigolaient pour ne pas être mises à l’écart du groupe, Gérard s’est senti en droit d’aller plus loin. »
Entrée dans la profession au début des années 1990, elle raconte avoir été confrontée, dans différents quotidiens régionaux qu’elle a fréquentés, à une accumulation de propos sexistes, délivrés sur le ton de l’humour, jusqu’à en « banaliser le comportement ».
Aujourd’hui, elle dit admirer « la nouvelle génération de femmes journalistes qui, face à un Gérard, se barrent ou se battent, en tout cas n’acceptent plus ce genre de propos ».
Une rédaction « encroûtée » dans les années 1990
« Quand Gérard disait qu’il allait violer ou sodomiser une journaliste de 20, 25 ans en CDD, c’était sa manière d’imposer son autorité, et tout le monde rigolait grassement », témoigne Pascal Lainé, ancien responsable de la cellule web de l’Est Républicain et journaliste à Belfort entre 2015 et 2019. Selon lui, entre 12 et 15 jeunes femmes — stagiaires ou en CDD — ont traversé la rédaction de Belfort durant cette période et ont été « visées au moins une fois par les propos sexistes et dégueulasses de Gérard ».
À partir de 1990, Pascal Lainé a travaillé pour le journal concurrent Le Pays, une émanation franc-comtoise de l’Alsace, jusqu’à sa fusion avec l’Est Républicain en 2013. Cette trajectoire lui a permis de bien connaître le microcosme journalistique belfortain et d’affirmer que « le comportement de Gérard est connu depuis plus de vingt ans ».
Orlane*, 44 ans, confirme ce constat. Ancienne journaliste, elle découvre l’agence de Belfort lors d’un stage d’été en 2005, alors qu’elle est encore étudiante. À l’époque, Gérard s’inscrit dans un « système ». Il était « loin d’être le seul à tenir des propos horribles », précise-t-elle. « L’ambiance graveleuse et sexiste était assumée. Les mauvaises blagues faisaient marrer tout le monde — un monde essentiellement masculin. »
Pascal Lainé abonde : « La rédaction de Belfort s’est encroûtée autour de quatre ou cinq journalistes qui sont restés dans le fonctionnement de la PQR des années 1980-1990. Il y a une sorte d’entre-soi qui produit un rejet des autres. »
L’ancien journaliste, aujourd’hui sexagénaire, explique qu’il a fui la locale de Belfort pour cette raison. Il sollicite une rupture conventionnelle, puis se reconvertit dans l’insertion sociale. « Lasociété a bougé, mais leur humour est resté figé 30 ans en arrière. Ils n’ont pas compris que les hurlements sexistes de Gérard, ce ne sont pas seulement des plaisanteries graveleuses : ce sont des délits ! »
Des faits signalés il y a plus de six ans…
Aujourd’hui retraité et très investi dans ses activités bénévoles, Pascal Lainé a choisi de témoigner sous son vrai nom après avoir découvert que la situation qu’il dénonçait depuis des années n’a jamais été prise au sérieux.
Le 16 avril 2019, il écrit à Delphine Manzano, alors directrice des ressources humaines du pôle lorrain et franc-comtois d’Ebra. Dans son mail, cosigné par un autre cadre de l’Est Républicain toujours en poste, Pascal Lainé décrit les propos sexistes les plus récurrents de Gérard. Il évoque le « harcèlement » subi par Estelle (sans la nommer), signale la situation de « jeunes consœurs qui n’ont pas souhaité renouveler leur CDD en sachant ce qu’elles allaient supporter » et conclut que « les faits auxquels [il a] assisté ainsi que leurs conséquences sont d’une particulière gravité et que se taire reviendrait à les tolérer ».
Trois minutes plus tard, Delphine Manzano, qui deviendra DRH du groupe en 2023, lui répond. Dans cet échange consulté par Blast, elle le remercie « pour ce message » et lui pose une seule question : « Qui est à l’origine de ces propos ? ». Pascal Lainé lui donne aussitôt le nom de Gérard… et n’a plus jamais eu de réponse. Selon lui, « il est inimaginable que Delphine Manzano n’ait pas transmis ou parlé de mon email à Christophe Mahieu. Au siège du journal, leurs bureaux n’étaient séparés que de quelques mètres. »
Pourtant, des années plus tard, « Christophe Mahieu assure n’avoir jamais eu le moindre écho de cette situation avant 2023 », écrit le SNJ dans le compte-rendu du CSE de l’Est Républicain du 26 novembre.
Une « tolérance zéro » à géométrie variable
Les questions que le SNJ a posées à la direction, lors de ce CSE, mettent en lumière les carences de l’entreprise en matière de prévention et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail. Le syndicat demande : « Quel est le dispositif concret à mettre en place dès maintenant pour éviter que de telles situations se reproduisent ? Quel numéro de téléphone, quel mail, quel référent de proximité joindre quand un cas survient ? […] Quelle formation propose-t-on à l’ensemble des salariés, et particulièrement l’encadrement, autrement plus sérieuse qu’une "sensibilisation" facultative et semi-ludique avec des lunettes 3D ? »
Selon le compte-rendu du SNJ, ces questions ont suscité chez le directeur général des « emportements indignés », sans pour autant obtenir de « réponses satisfaisantes ». Dans sa lettre adressée aux salariés le 7 novembre 2025, Christophe Mahieu rappelait pourtant que le groupe Ebra prône la « tolérance zéro en matière de violences sexistes et sexuelles » et que « de nombreuses actions de formation et de sensibilisation sur les comportements sexistes ont été engagées dans notre entreprise ces dernières années ».
Au total, son message a davantage attisé qu’apaisé la colère des journalistes, qui découvrent l’impunité dont avait jusque-là bénéficié le fait-diversier de Belfort. Au moins trois d’entre elles et eux ont signalé des propos sexuels déplacés ou à connotation sexiste entendus à l’agence de Belfort. L’une raconte même qu’il lui a mis ou tenté de lui mettre la main aux fesses dans les locaux de la rédaction, devant témoin.
Licenciement pour cause de « médiatisation » et de « pressions internes »
Selon nos informations, Gérard a été placé en mise à pied conservatoire le 1er décembre dernier, avant d’être licencié une semaine plus tard. Blast a pu consulter un courriel interne, daté du 18 décembre, adressé par Christophe Mahieu aux salariés de l’agence de Belfort.
Dans ce message, le directeur leur annonce que le journaliste est licencié avec préavis et « dispensé » de l’exécuter, ce qui signifie qu’il n’est plus tenu de se rendre sur son lieu de travail. Il précise que Gérard « quittera l’entreprise à la mi-février 2026 ». Concrètement, Gérard n’exerce plus ses fonctions depuis début décembre, mais son contrat reste en vigueur jusqu’à mi-février, avec maintien du salaire et des droits attachés à son statut de salarié.
Le courriel ne mentionne pas le motif précis du licenciement. En revanche, la forme retenue exclut un licenciement disciplinaire pour « faute grave » ou « faute lourde », qui entraîne, par définition, une rupture immédiate du contrat, sans préavis ni maintien du salaire.
Dans son message, Christophe Mahieu indique avoir été conduit « à prononcer son licenciement » en raison de « la médiatisation et les fortes pressions internes générées par cette affaire », qui auraient entraîné « des perturbations majeures dans le fonctionnement de l’entreprise », et une « dégradation importante du climat social ».
Quelle qu’en soit la raison, pour plusieurs journalistes de l’Est Républicain interrogés par Blast, cette décision tranche avec la position tenue jusque-là par la direction. Damien*, salarié de longue date, rappelle que « Christophe Mahieu restait jusqu’alors sur sa ligne initiale : "Gérard a été sanctionné, donc circulez, il n’y a plus rien à voir" ». De fait, le 7 novembre encore, le directeur expliquait à ses équipes qu’il n’envisagerait des « sanctions plus lourdes » qu’une mise à pied – c’est-à-dire un licenciement – que si « d’autres faits devaient être reprochés » au journaliste. « D’autres faits » ? C’est-à-dire ?... Une nouvelle agression ? D’autres propos sexistes tenus à longueur d’année ? Le courriel de Christophe Mahieu n’apporte pas de réponse.
Ce changement de cap alimente, en interne, l’idée que la décision aurait pu être « prise à un niveau hiérarchique supérieur ». Selon Damien et plusieurs de ses collègues, Sophie Gourmelen, nommée directrice générale d’Ebra le 1er septembre 2025 pour succéder à Philippe Carli, aurait pu jouer un rôle décisif, marquant une reprise en main du dossier.
Pour la plupart des témoins interrogés, l’enjeu de cette affaire dépasse le cas individuel de Gérard. Ils évoquent ce qu’ils décrivent comme une « gestion catastrophique » du dossier par la direction. « Les faits commis par Gérard ont, en apparence, été traités, mais pas l’environnement professionnel qui a rendu ces agissements possibles, résume Damien. Quant au système qui les a couverts, il reste entier à Belfort. »
À l’Est Républicain, le noyau des cadres et des journalistes les plus anciens de cette rédaction — dont le directeur départemental — qui ont soutenu le chroniqueur judiciaire, demeure en place.
Franck Dépretz