La candidate d’extrême droite à la mairie de Paris n’a pas intérêt à raconter que ce sont des Juifs de gauche qui ont perturbé son meeting. Pour rappel, quelques extraits de notre Petit manuel de lutte contre l’antisémitisme concernant Eric Zémmour et Reconquête en premier commentaire.
Golem est clair quant à son combat contre l’antisémitisme d’où qu’il vienne. C’est d’ailleurs pour cela que Chikirou et Bouteldja se sont étranglées suite au collage du collectif sur les locaux de la France Insoumise après les déclarations délirantes de Jean-Luc Mélenchon dénonçant un obscur complot médiatique qui aurait visé à russifier Epstein.
Loin d’être un égarement ou un dérapage […] cette réhabilitation du régime pétainiste et de sa politique antisémite est un élément fondamental de sa construction politique. Elle vise à libérer la droite de ses complexes supposés ; à rendre acceptable des mesures jusqu’alors impensables à cause du souvenir des crimes de la collaboration ; à lever l’hypothèque Vichy afin de réunir droite et extrême droite ; à préparer les esprits à une réaction nationaliste et antimusulmane.
Nationaliste ultra, le parti Reconquête ! d’Eric Zemmour entend rassembler les droites et les extrêmes droites autour d’un projet d’union de défense de l’identité française contre l’islam. Le nom du parti, inspiré du mouvement « Reconquista » espagnol (voir chapitre « Comment la “race juive” fut inventée ») qui vide l’Espagne de ses populations musulmanes et juives, fait référence au retour à une identité originelle fantasmée de la France chrétienne. Zemmour remet en question l’innocence du capitaine Dreyfus. Il « peste contre les Rothschild et leur outil de « diplomatie parallèle » que serait l’Alliance israélite universelle, « frayant avec des États étrangers101 ». Il fustige le « judaïsme ultra-orthodoxe qui s’enferma dans le ghetto pour ne pas se dissoudre dans les méandres de l’assimilation », lorsque les Juifs se protégeaient des persécutions et des pogroms. Il dénonce les Ashkénazes impliqués dans des « trafics en tous genres, fortunes rapides et ostentatoires, affaire Stavisky ». Il fait l’apologie du général Bugeaud et ses massacres de musulmans et de « certains juifs102 » en Algérie. Pour Zemmour, « un juif demeure un étranger qui doit sans cesse démontrer son attachement à la France103 ». Il insulte la famille Sandler victime de la tuerie à l’école Ozar Hatorah de Toulouse. Il considère qu’ils sont des « étrangers avant tout et voulant le rester par-delà la mort », ces derniers ayant choisi d’enterrer les dépouilles du père et des enfants assassinés en Israël et non en France. Il prétend que les Sandler seraient venu·es en France uniquement pour faire de l’argent104. Il active la suspicion de double loyauté en affirmant : « Je ne suis pas sioniste. Moi, je suis membre du peuple français105. » Il accuse le « lobby juif » d’utiliser « la Shoah d’hier pour affermir son pouvoir d’aujourd’hui106 ».
S’il met un point d’honneur à expliquer que Pétain aurait sauvé les Juifs et les Juives françaises, au détriment des étranger·es, c’est notamment parce qu’il considère la lutte contre l’immigration comme une nécessité, hier comme aujourd’hui. Par ailleurs, Zemmour a besoin de réhabiliter Philippe Pétain pour son programme d’union des droites. La vision de l’Histoire du falsificateur repose sur l’idée que de Gaulle et Pétain n’étaient pas opposés, et que, comme hier, droites et extrême droite devraient s’unir pour triompher. Zemmour recrute ses colistiers parmi toutes celles et ceux qui sont trop ouvertement antisémites pour rester au RN. C’est le cas de Damien Rieu, militant du groupe Génération identitaire, adepte de saluts nazis et de croix gammées, qu’on retrouve dans les meetings d’Eric Zemmour, ou encore de Philippe Vardon, de l’Institut Iliade et Riposte laïque. On retrouve également dans ses soutiens de campagne électorale, Bruno Hirout, secrétaire général du Parti de la France, qui posait en 2014 devant un barbecue et une bonbonne de gaz étiqueté « Zyklon B107 », les Zouaves, formation dissoute puis intégrée au GUD, affirmant en juin 2023 que « les sionistes détestent viscéralement la civilisation chrétienne », des cadres de Génération identitaires, anciens du RN et d’autres encore. On retrouve un stand de la librairie Arts enracinés, librairie antisémite et négationniste lors de la Fête des moissons organisée par Reconquête ! en juillet 2023108. Eric Zemmour participe à l’anniversaire des 94 ans de Jean-Marie Le Pen en juin 2022.
Le grand combat d’Eric Zemmour, c’est la lutte contre le « grand remplacement » (voir fiche Le Grand Remplacement). Remis au goût du jour par Renaud Camus, militant passé du parti socialiste à l’extrême droite, la théorie complotiste postule l’existence d’un projet de remplacement des populations européennes par les immigré·es musulman·es. Dès lors, tous les problèmes sociaux, du chômage à l’effondrement du service public, des carences du secteur de la santé à celui de l’éducation nationale, seraient dus aux immigré·s considéré·es comme des parasites. L’insécurité est évidemment attribuée à cette immigration jugée incontrôlée, et Zemmour, ayant multiplié les sorties antisémites, se prétend le défenseur des Juifs et des Juives face à l’islam. Les attentats jihadistes antisémites renforcent son crédit auprès des personnes juives tentées par l’extrême droite, pour qui Le Pen, père ou fille, est un barrage infranchissable. Zemmour étant juif, la digue avec l’extrême droite peut sauter. Dans la droite ligne du nationalisme français dont il revendique l’héritage, Zemmour identifie des menaces internes et des menaces externes à la France. La lutte anti-immigration n’est pas qu’une question de défense des frontières, mais une affaire de défense de la culture française. C’est pour cela qu’il faudrait franciser les « prénoms étrangers ». Pourtant la notion de « prénom français » est elle-même une construction politique identitaire. Éric est un prénom d’origine nordique : est-il plus ou moins français qu’Aïssatou, Mohamed ou Moïse ?
1 Eric Zemmour, « Et le CRIF tua Napoléon », Le suicide français, Albin Michel, 2014, p. 257-265 cité par Jean-Yves Camus, « L’antisémitisme, Eric Zemmour et le parti Reconquête ! », Histoire politique de l’antisémitisme, Robert Laffont, 2024, p. 97.
2 « Éric Zemmour s’explique sur la polémique Bugeaud », Valeurs Actuelles, 25/10/2019, [en ligne] consulté le 13/03/2024.
3 Baptiste Roger-Lacan, « Les illusions confuses d’Eric Zemmour », Le Grand Continent, 01/10/2021, [en ligne] consulté le 14/5/2024
4 Sylvain Duchampt, « Polémique, Eric Zemmour fait machine arrière au sujet de ses propos sur les victimes de Mohammed Merah », Franceinfo, 15/11/2021, [en ligne] consulté le 13/03/2024.
5 Marc Knobel, « Eric Zemmour, les Juifs et Israël », La règle du jeu, 14/12/2021, [en ligne] consulté le 14/5/2024.
6 Eric Zemmour, Le suicide Français, Albin Michel, 2014, p. 452.
7 Boris Marchal, « Photo nauséabonde d’un nationaliste », in Ouest-France, 08/5/2014, [en ligne] consulté le 14/5/2024.
8 Pierre Plottu et Maxime Macé, « Le parti de Zemmour accueille une librairie antisémite à sa Fête des moissons », Libération, 09/7/2024 [en ligne] consulté le 14/05/2024.