Spartacus, parti politique avec lequel Francis Lalanne a tenté de se présenter aux dernières élections municipales à Lyon, a mis ses locaux à disposition d’associations d’extrême droite antisémites, notamment celles d’Alain Soral et d’Yvan Benedetti.
Le siège national du parti Spartacus, dans le 6e arrondissement de Lyon (69), ne paie pas de mine et ressemble plus à une boutique d’imprimantes qu’aux locaux d’un parti politique. Pourtant, la décoration donne quelques indices sur les penchants de Spartacus pour l’extrême droite : portrait de Quentin Deranque en bonne place, stickers « ZAD : Zones à dégauchiser », coupures de presse de Boulevard Voltaire, média d’extrême droite condamné pour incitation à la haine en 2015…
Le mouvement au nom du célèbre gladiateur thrace, qui se présente comme une « alliance citoyenne et souveraine » et qui se réclame « démocrate », s’est fait connaître lors des dernières élections municipales grâce à Francis Lalanne, candidat désigné pour briguer la mairie de Lyon. Si ce dernier a finalement été déclaré inéligible par le Conseil d’État pour ne pas avoir déposé ses comptes de campagne lors des élections européennes de 2024, le chanteur complotiste est resté dans le giron du parti et a continué de faire campagne.
Spartacus a été classé à l’extrême droite dans une note du ministère de l’Intérieur adressée aux préfectures en vue des élections. Un classement que réfute le parti : « Notre mouvement est apartisan, ni de droite, ni de gauche, et certainement pas d’extrême droite comme le prétend le nuancier ministériel ! », fustigeait Francis Lalanne, le 12 mars dernier, lors d’une conférence de presse au siège de Spartacus.
Pourtant, ces mêmes locaux ont été mis à disposition de plusieurs associations d’extrême droite antisémites, comme l’a révélé le média lyonnais L’Arrière-Cour. Ainsi, s’y sont retrouvés Les Nationalistes d’Yvan Benedetti ou encore le mouvement Égalité & Réconciliation (E&R) cofondé par Alain Soral, mais aussi Jildaz Mahé O’Chinal et Philippe Péninque, deux anciens cadres du Gud, proches de Marine Le Pen.
Deux conférences d’Égalité & Réconciliation chez Spartacus
En février dernier, alors que la campagne municipale bat son plein et que Lalanne vient d’honorer sa première conférence de presse au milieu du mois, le siège de Spartacus accueille un premier événement organisé par E&R. Le 28, Laurent Guyénot, négationniste assumé et qui se présente comme diplômé de théologie, est l’invité d’une discussion intitulée « De l’hellénisme au christianisme ».
Pour se faire une idée du personnage, il faut se rendre sur le blog d’E&R, où Guyénot écrit régulièrement des billets d’humeur. Dans un article intitulé « jusqu’où ira la dénazification », il écrit : « Certaines idées sur la nature humaine qui étaient autrefois reconnues comme évidentes par une majorité de personnes sont maintenant interdites dans le discours public sous prétexte qu’elles faisaient partie du fonds idéologique nazi. La plus “nazie” de ces idées est, bien sûr, l’excellence de la race blanche. »
Deux mois plus tard, rebelote pour les troupes d’Alain Soral chez Spartacus. Le 25 avril, c’est le président historique du mouvement catho-intégriste Civitas, Alain Escada, qui est à l’affiche de leur conférence, « Epstein : l’affaire qui compromet la caste mondiale ». Civitas a été dissous par le Conseil des ministres en 2023, notamment à la suite de propos tenus par l’auteur Pierre Hillard à leurs universités d’été, où il suggérait de déchoir les Juifs de la nationalité française. StreetPress avait déjà révélé à l’époque le soutien de Francis Lalanne à Civitas, lors de la dissolution du mouvement.
Sur le site d’E&R, la page des deux conférences précise que leur lieu exact n’est communiqué que « quelques heures avant le début de l’événement ». Des photos publiées sur le compte X (anciennement Twitter) des soraliens lyonnais attestent toutefois qu’elles ont bien eu lieu dans le local de campagne de Spartacus.
Le site d’E&R indique également que ces conférences seront accompagnées d’un stand de Kontre Kulture, la maison d’édition d’Alain Soral. Le stand est bien visible et bien garni sur les images ! Côté auteurs moustachus, il s’y trouve à la vente le bouquin « Mein Kampf », de Hitler, le « Testament politique de Hitler » — décidément — et « Mes idées politiques » de Charles Maurras. Mais aussi l’ouvrage « Le Juif, le judaïsme et la judaïsation des peuples chrétiens », une référence de l’antisémitisme écrite au 19e siècle, par le chevalier Henri-Roger Gougenot des Mousseaux.
Yvan Benedetti et Pierre-Marie Bonneau aussi invités au local de Spartacus
L’association d’Alain Soral n’est toutefois pas la seule à avoir profité du local de Spartacus. Entre les deux conférences d’E&R, le mouvement politique lié à Francis Lalanne a en effet accueilli un autre événement :
la première rencontre du Front nationaliste. Celle-ci a rassemblé Les Nationalistes, mouvement pétainiste et néofasciste mené par Yvan Benedetti, et leur branche féminine, les Caryatides.
Yvan Benedetti, présent sur place, s’est félicité sur les réseaux sociaux d’un « moment fort pour bâtir une convergence militante au service d’un projet politique alternatif ». Sur le post apparaît distinctement le local de Spartacus. Benedetti était accompagné notamment de Pierre-Marie Bonneau, avocat nationaliste ayant défendu Alain Soral, et qui a été tête de liste des Nationalistes aux élections européennes de 2024.
Des liens déjà bien existants avec Alain Soral
Si Francis Lalanne et consorts tiennent à ce que Spartacus ne soit pas associé à l’extrême droite, celui-ci multiplie les liens avec l’association d’Alain Soral, notamment sur son compte X-Twitter. Le 9 mai 2025, les deux hommes se sont croisés en Russie à l’occasion des commémorations de la victoire de l’Armée rouge sur les nazis, organisées par le Kremlin. Alain Soral y avait alors pris la parole.
Plus récemment, le 27 septembre 2025, le chanteur conspi a fait une séance de dédicaces à la librairie Logos, dans le 7e arrondissement de Paris, une boutique tenue par un associé d’Alain Soral.
Sur ses réseaux sociaux, la librairie fait la promotion des bouquins édités par Kontre Kulture, en vente sur place. Visiblement, Francis Lalanne en a profité pour faire quelques emplettes. « À lire absolument ! », écrit-il le 27 novembre 2025 sur X en tenant le livre « Histoire politique et mystique des temples de Jérusalem » de l’antisémite Pierre Hillard, lié à Civitas.
« Dans un parti, c’est difficile de tenir tout le monde »
Par téléphone, Francis Lalanne a indiqué « ne pas être intéressé » pour répondre aux questions de StreetPress, avant de couper court à l’échange. Par écrit, il a de nouveau indiqué « ne pas être intéressé » et nous a demandé de « ne plus insister ».
À l’inverse, le président et cofondateur de Spartacus, Michel Dulac, tombe des nues lors de notre appel. Il assure ne pas être au fait du prêt du local de Spartacus à E&R et aux Nationalistes : « C’est vous qui me l’apprenez. En ma qualité de président, je n’aurais jamais accepté que des partis comme ceux-là viennent faire leur propagande. » Michel Dulac se dit cependant incapable d’expliquer qui a fait le lien entre ces associations et Spartacus :
« Dans un parti, c’est difficile de tenir tout le monde. Plusieurs personnes avaient les clés du local, tout se faisait en camaraderie et chacun était libre de venir avec ses petits copains. »
« Ces associations se sont peut-être glissées parmi les autres, auxquelles nous prêtions gracieusement notre local », finit-il par dire. De leur côté ni Égalité et Réconciliation, ni Les Nationalistes, ni Les Caryatides n’ont répondu à nos questions avant la publication de cet article.
Romain Zanol, Hugo Bachelet