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Demain Le Grand Soir
NI DIEU, NI MAITRE, NI CHARLIE !

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Il renaît ce mardi 27 octobre 2014 de ses cendres.

" En devenant anarchistes, nous déclarons la guerre à tout ce flot de tromperie, de ruse, d’exploitation, de dépravation, de vice, d’inégalité en un mot - qu’elles ont déversé dans les coeurs de nous tous. Nous déclarons la guerre à leur manière d’agir, à leur manière de penser. Le gouverné, le trompé, l’exploité, et ainsi de suite, blessent avant tout nos sentiments d’égalité.
(....)Une fois que tu auras vu une iniquité et que tu l’auras comprise - une iniquité dans la vie, un mensonge dans la science, ou une souffrance imposée par un autre -, révolte-toi contre l’iniquité, contre le mensonge et l’injustice. Lutte ! La lutte c’est la vie d’autant plus intense que la lutte sera plus vive. Et alors tu auras vécu, et pour quelques heures de cette vie tu ne donneras pas des années de végétation dans la pourriture du marais. "

Piotr Kropotkine -

Mort de Steve à Nantes : le commissaire et la Ville convoqués par la justice
Article mis en ligne le 20 juin 2021

par Le Plombier

Le 21 juin 2019, soir de la fête de la musique, Steve Maia Caniço tombe dans la Loire et se noie, alors qu’il participe à une soirée techno sur les quais de Nantes. Selon nos informations, le commissaire de police qui a dirigé l’opération d’évacuation ce soir-là ainsi que la Ville de Nantes vont être prochainement convoqués devant le juge d’instruction en charge du dossier.

Des reconstitutions avaient été menées, Quai Wilson, à Nantes, pour éclairer sur les circonstances de la mort de Steve.

Après deux ans d’investigations et d’expertises techniques, l’enquête judiciaire va bientôt connaître une avancée significative. Selon nos informations, le juge d’instruction chargé d’établir les circonstances de la mort de Steve Maia Caniço, retrouvé noyé en juillet 2019 à Nantes, a convoqué courant juillet le commissaire en charge de l’opération de police menée durant la fête de musique, ainsi que la Ville de Nantes et Nantes métropole, qui avait toléré la tenue de la soirée techno, quai Wilson.

La maire de Nantes, Johanna Rolland, et son ex-adjoint à la sécurité, Gilles Nicolas, devront aussi, en leur nom propre, s’expliquer devant le juge. Tout comme le préfet de Loire-Atlantique, Claude d’Harcourt, et son directeur de cabinet, qui étaient en poste au moment des faits.

Le juge d’instruction va également convoquer Thierry Palermo, l’ancien directeur départemental de la sécurité publique de Loire-Atlantique par intérim. « Ces convocations pourront aboutir à une mise en examen ou un placement sous statut de témoin assisté », indique ce jeudi soir Philippe Astruc, le procureur de la République de Rennes.

Selon nos informations, les dernières analyses techniques ont, notamment, démontré que le téléphone de Steve était toujours actif au moment de la charge de police. Un élément crucial du dossier. Une première enquête de l’IGPN avait dit qu’il avait arrêté de borner à 3 h 16. Ce que confirme Philippe Astruc dans son communiqué.

En raison du caractère sensible du dossier, il avait été dépaysé à Rennes. Le juge d’instruction David Benichou y instruit trois informations judiciaires pour homicide involontaire, mise en danger d’autrui et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique.

Quand est tombé Steve ?

Dans quelques jours, cela fera deux ans que Steve Maia Caniço est mort. Disparu tout au bout de la fête de la musique, le 22 juin 2019 au matin, le corps du jeune homme de 24 ans a été retrouvé un mois plus tard dans la Loire, près de la grue Titan jaune, sur l’île de Nantes.

Cette nuit-là, il est établi que plusieurs sound systems crachaient de la musique sur le quai Wilson, à Nantes, lorsqu’une vingtaine de policiers leur ont demandé de couper le son afin d’évacuer les lieux. L’ambiance était plutôt sereine jusqu’à ce qu’un collectif rebranche, à 4 h 25, ses amplis pour faire hurler un hymne antifasciste. La tension est montée d’un cran. Cible d’insultes et de plusieurs objets, la police a répliqué par trente-trois tirs de grenades lacrymogènes, dix grenades de désencerclement et 12 tirs de lanceur de balle de défense (LBD), selon un rapport de l’IGA (le corps d’inspection du ministère de l’Intérieur), précisant que « la riposte a semé confusion et panique. Aveugles et perdus, plusieurs participants ont chuté dans la Loire. » Les sauveteurs de la Sécurité nautique, les premiers à arriver sur les lieux ce samedi 22 juin, à 4 h 40, en ont repêché quatre. Les pompiers ont également participé aux secours, sans apporter précisément le nombre de personnes sauvées.

« Les relevés ont permis de situer le moment de la chute de Steve Maïa Caniço dans la Loire à 4 h 33, soit dans le temps de l’intervention de la police nationale  », écrit le procureur de la République.

Il complète : « Les témoignages recueillis permettent de situer sa chute dans la zone dépourvue de barriérage concernée par quatre autres chutes concomitantes à l’intervention de la police.  »

Steve ne savait pas nager. Un témoin, qui est tombé du quai lui aussi, raconte avoir vu une personne à la dérive. Il a tenté de l’agripper mais les forces lui ont manqué pour le ramener jusqu’à la berge.

« Manque de discernement »

Le commissaire Chassaing, aujourd’hui en poste dans le Puy-de-Dôme, menait les opérations de police. Et ses décisions sont le cœur du sujet : la riposte de la police n’était pas adaptée, selon le rapport de l’IGA qui pointe « un manque de discernement dans la conduite de l’intervention de police. »

Ce rapport, très commenté, met aussi en évidence le cafouillage qui a existé cette nuit-là. Au petit matin, le samedi, la police a informé la Ville de Nantes que trois personnes seulement étaient tombées dans la Loire, alors que douze ont été recensées. Pire, précise l’IGA : « L’absence de remontées d’informations de la direction de la police vers l’autorité préfectorale, dans la nuit, a interdit à celle-ci de prendre la mesure des événements et de pouvoir donner des directives. »

En avril dernier, l’IGPN a entendu plusieurs autres policiers qui ont participé aux événements malheureux. « Ils sont extrêmement touchés par ce qui est arrivé », confie leur entourage. Au commissariat Waldeck-Rousseau, cette terrible affaire est «  une vraie blessure. »

Reconstitution

Les investigations ont également été techniques, pour répondre à une question centrale, essentielle : à quelle heure Steve Maia Caniço est-il tombé à l’eau ? L’IGPN avait promptement répondu que son téléphone n’avait plus émis de signe d’activité après 3 h 16. En octobre 2020, un transport sur les lieux et une reconstitution ont permis à l’ensemble des parties de mieux comprendre l’enchaînement des événements et d’immerger un téléphone similaire à celui du jeune assistant périscolaire afin de voir de quelle façon l’appareil réagit dans l’eau.

Les résultats des dernières expertises auraient démontré que le téléphone de Steve était toujours actif à 4 h 29, au moment de l’intervention des forces de l’ordre.
La mairie avait-elle conscience des risques ?

Dans ce dossier, la Ville de Nantes va également être convoquée par la justice. Elle avait été critiquée pour avoir toléré la tenue de la free party sur le quai Wilson, endroit non protégé par des barrières le long de la Loire. Dans leur rapport, les rédacteurs de l’IGA notaient qu’« à défaut d’interdire le rassemblement des sound systems, [mairie et préfecture] auraient pu, au titre de leurs pouvoirs de police respectifs, prendre des mesures complémentaires pour assurer la sécurité des participants. »

La mairie de Nantes avait-elle conscience des risques encourus sur le quai Wilson ? Depuis des années de Fête de la musique, face à la multiplication des sound systems sur les bords de Loire, le sujet s’était invité en conseil municipal, dès 2008.

Le 5 juin 2008, il avait déjà été question « d’un barriérage provisoire posé jusqu’au pont des Trois-Continents ». Le 26 juin 2008, l’atelier municipal avait été chargé « de prévoir 600 mètres de barrièrage en bordure de la Loire, quai Wilson ».

Interrogée après la mort de Steve Maia Caniço, la mairie s’était contentée de répondre qu’« à la suite de ces réunions, qui se sont effectivement tenues, la Ville a mis en place des barrières quai Wilson ».

Mais il ne s’agit en aucun cas des 600 mètres de barrières évoqués en 2008. Celles qui ont été posées correspondent à la partie appartenant à la Ville de Nantes, en amont du quai, et donc en dehors de la zone où le drame s’est noué, qui appartient au port autonome, sous la tutelle de l’État.

Secteur à haut risque

Le quai Wilson et plus largement le Hangar à Bananes est un secteur considéré à risques pour les sapeurs-pompiers et les forces de police. En novembre 2018, quatre jeunes hommes avaient frôlé la mort. L’un d’eux, s’amusant autour des anneaux de Buren, était tombé dans la Loire. Ses copains avaient grimpé dans une barque pour le secourir, mais avaient chaviré. En janvier 2017 déjà, un jeune homme de 18 ans était mort noyé en chutant du quai Wilson.

INFO OUEST-FRANCE