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Demain Le Grand Soir
NI DIEU, NI MAITRE, NI CHARLIE !

Le Site de Demain le Grand Soir est issu de l’émission hebdomadaire sur "Radio Béton", qui fut par le passé d’informations et de débats libertaires. L’émission s’étant désormais autonomisée (inféodé à un attelage populiste UCL37 (tendance beauf-misogyne-alcoolique)/gilets jaunes) le site continue sa route.

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Il renaît ce mardi 27 octobre 2014 de ses cendres.

" En devenant anarchistes, nous déclarons la guerre à tout ce flot de tromperie, de ruse, d’exploitation, de dépravation, de vice, d’inégalité en un mot - qu’elles ont déversé dans les coeurs de nous tous. Nous déclarons la guerre à leur manière d’agir, à leur manière de penser. Le gouverné, le trompé, l’exploité, et ainsi de suite, blessent avant tout nos sentiments d’égalité.
(....)Une fois que tu auras vu une iniquité et que tu l’auras comprise - une iniquité dans la vie, un mensonge dans la science, ou une souffrance imposée par un autre -, révolte-toi contre l’iniquité, contre le mensonge et l’injustice. Lutte ! La lutte c’est la vie d’autant plus intense que la lutte sera plus vive. Et alors tu auras vécu, et pour quelques heures de cette vie tu ne donneras pas des années de végétation dans la pourriture du marais. "

Piotr Kropotkine -

Limousin : Association de malfaiteurs du 15 juin
Article mis en ligne le 1er septembre 2021
dernière modification le 28 août 2021

par Le Plombier

Le 15 juin dernier, environ deux cents agents de la Section des recherches de la Gendarmerie, du Peloton de Surveillance et d’Intervention de la Gendarmerie (PSIG), du SRPJ de Limoges et de la Sous-direction Anti-Terroriste (SDAT) de Paris prenaient d’assaut les villages de Gentioux, Cieux et Bussière-Boffy en Creuse et en Haute-Vienne. Six personnes de 50 à 70 ans étaient interpellées et placées en garde à vue : une directrice d’école, une potière, un plombier, une menuisière, un chargé de cours à l’université et une infirmière.

Entretien avec l’un des interpellé

Trois seront finalement mises en examen pour « association de malfaiteurs » et « destructions matérielles en bande organisée portant atteinte aux intérêts de la Nation », la police les soupçonne d’avoir mis hors d’état de nuire un émetteur de télévision et de téléphonie en début d’année et d’avoir incendié des véhicules Enedis l’année précédente. Dans l’ordonnance de placement sous contrôle judiciaire de l’une des trois inculpé.e.s, un juge estime que « les deux femmes partagent de nombreuses idéologies en lien avec le souci d’une préservation de la nature (notamment la forêt limousine), ou encore le refus de voir installer des équipements technologiques (compteurs Linky, 5G) ».

Nous avons transmis quelques questions à l’un des interpellés.

Peux-tu nous raconter ce qu’il s’est passé pour toi lors de la rafle du 15 juin en Limousin ?

Mardi 15 juin. Il est 6h du matin, je suis réveillé et debout. On tambourine à la porte : « Gendarmerie ! ». J’ouvre et je me retrouve face à une armada cagoulée et casquée qui braque ses fusils sur moi. Aussitôt, je suis saisi et menotté dans le dos. Un gradé me lit la commission rogatoire : « bande organisée », « atteinte aux intérêts vitaux de la nation », « association de malfaiteurs ». Je comprends qu’il s’agit sans doute d’une opération menée sous le pavillon de « l’antiterrorisme ». Instantanément, la maison est investie de toutes parts. Ma compagne est menottée dans la chambre. On me signifie que je suis en garde à vue, m’énumérant dans la foulée tous les services mobilisés pour cette intervention : Section des recherches de la Gendarmerie, PSIG, SRPJ de Limoges et Police judiciaire parisienne (en fait, il s’agit de la SDAT, la sous-direction antiterroriste comme l’atteste les en-têtes des procès verbaux avec l’adresse de Levallois Perret au côté de celles de la gendarmerie et du SRPJ de Limoges ainsi que la durée prévue de la garde à vue énoncée à ce moment là : 96 heures). Déjà, mon ADN est prélevé. Ensuite seulement, ma compagne et moi-même sommes placés chacun dans une pièce différente, de part et d’autre de la maison. Elle sera très vite transférée vers une destination inconnue tandis que je reste le temps de la perquisition qui commence et va durer six heures. Jusqu’alors dans le dos, les menottes me sont à présent passées devant, mais je suis toujours maintenu physiquement par des gendarmes du PSIG.

De pièce en pièce, j’assiste au fil des heures à la perquisition. La bibliothèque, dont certains livres sont photographiés, est scrutée méticuleusement. Un cagoulé en commente même le contenu intellectuel. Il semble connaisseur, notamment de ce qu’il identifie comme des ouvrages « situs » (sic). Toute la maison est épluchée, avec des commentaires subjectifs sur son aménagement. Le matériel informatique est mis sous scellés : ordinateurs, clés usb, disques durs externes. Des années de travail, d’écritures, de cours préparés, de mémoires universitaires avec leurs sauvegardes : tout est emporté ; jusqu’à quand ? Correction de façade, mais violence procédurale. 6 heures sans boire ni manger, en dehors d’un café offert en toute fin de perquisition.

Au moment du départ, vers midi, je me rends compte que tout le village était bouclé depuis le début de l’opération : de nombreux véhicules, banalisés ou non ; des policiers et gendarmes, en civils ou non, la plupart cagoulés. Menotté dans une voiture elle-même banalisée, je suis transféré à la gendarmerie de Limoges.

Comment s’est déroulée ta garde à vue à partir du 15 ?

Après un repas micro-onde plutôt frugal, interrogatoire sur interrogatoire jusqu’au soir, avant la mise en cellule. Le cadre est posé : si vous êtes là et qu’on a utilisé autant de moyens, c’est qu’on a des billes contre vous… Autrement dit, c’est l’ampleur des moyens mis en œuvre qui déterminerait la culpabilité : « logique » de l’antiterrorisme... Peu à peu, le récit policier pré-construit qui m’est asséné m’enferme dans le rôle de l’instigateur des faits mis en cause (incendie d’une antenne-relais ainsi que de véhicules ENEDIS), doublé d’un prétendu manipulateur capable d’exercer son influence sur d’autres personnes !...
Et donc, comment s’est passée cette garde à vue.

Au soir du 15, ma garde à vue est donc prolongée de 24h. Nuit en cellule, sans montre, sans eau et sans lunettes. Dès le lendemain matin, après un café-croissant « aux frais de la gendarmerie », comme on me le précise, reprise des interrogatoires dans la lignée de la veille. Néanmoins, dans l’après-midi, le mythe du chef, rôle dont on m’affuble depuis le début, semble abandonné. Peu à peu, d’autres personnes gardées à vue sont mentionnées. On sonde mes réactions à l’évocation de leurs noms, m’incitant à déclarer que je me doutais bien qu’elles étaient les auteurs des faits incriminés. Ma réponse est évidemment négative. On veut aussi savoir si je participe souvent à des manifestations. D’autres questions me sont posées, les unes sur le journal en ligne La Bogue, les autres à propos d’un groupement forestier auquel je participe. Enfin, on m’impute le fait d’appartenir à une supposée « mouvance »…

L’ampleur de la surveillance mise en œuvre durant les mois passés se révèle au gré des interrogatoires : photographies de ma compagne et de moi-même dans notre vie quotidienne, références à des écoutes téléphoniques, sonorisation du domicile…

En fin d’après-midi de ce mercredi 16, la liaison de la gendarmerie avec le tribunal s’avérant défectueuse, on me transfère au commissariat central pour l’entretien procédural avec la juge d’instruction, qui se déroule en visioconférence. À l’étonnement général, la juge apparaît en ombre chinoise... Elle me signifie la prolongation de ma garde à vue de 48 heures. Outre de prétendues « activités contestataires » qu’elle m’attribue sans autres précisions, la juge me demande d’être « raisonnable » (?) pour la suite de la garde à vue. Retour à la gendarmerie : nouvelle nuit en cellule.

Jeudi 17. Avant que la matinée ne débute par un nouvel interrogatoire, on me signale l’existence d’un comité de soutien aux différents interpellé.e.s, ainsi que la parution dans Lundimatin d’un article que l’on me propose à la lecture sur le smartphone d’un policier. On semble aussi plutôt préoccupé par le fait que la presse locale associerait déjà l’opération en cours à ce qu’elle appellerait le « syndrome de Tarnac ». Au terme de l’interrogatoire, qui s’inscrit dans la continuité de la veille, je maintiens les termes de ma déposition. Dans l’après midi, nouveau transfert au commissariat central pour le passage rituel à l’anthropométrie, désormais numérisée, à la différence d’il y a quarante ans... Puis retour à la gendarmerie, où le responsable de l’enquête m’annonce la fin de la garde à vue.

En effet, on a évoqué l’affaire de Tarnac à votre propos. Comme dans d’autres affaires récemment traitées surtout par les gendarmes, je vois néanmoins dans la vôtre une grande différence : la relative retenue des autorités policières et judiciaires sur le plan médiatique. Pas de proclamations tonitruantes et péremptoires à la Michèle Alliot-Marie, pas d’articles pleins de détails croustillants de la part du journalisme de préfecture. Est-ce une tactique pour continuer à enquêter et mieux bétonner le dossier, et pour éviter au moment d’un éventuel procès la bérézina tarnacoise ?

L’absence de recul ne permet pas pour l’instant d’apporter une réponse précise et catégorique à ta question mais l’hypothèse que tu avances me semble tout à fait pertinente.
Quelle est la situation judiciaire des différents interpellés aujourd’hui ? Êtes-vous soumis à des contrôles ? Quelles sont les prochaines étapes du dossier dans lequel on vous a fait entrer de force ?

D’abord, il faut rappeler qu’il y a eu 6 gardes à vue qui ont duré de deux à trois jours. 6 autres personnes ont fait l’objet de perquisitions et d’auditions, leur matériel informatique ayant également été saisi et mis sous scellés. Trois des gardés à vue ont été relâchés sans suite. Quant aux 3 autres, l’une est inculpée d’« association de malfaiteurs », les deux autres d’« association de malfaiteurs » et de « destructions matérielles en bande organisée portant atteinte aux intérêts vitaux de la nation ». Ils sont soumis à un contrôle judiciaire : pointage à la gendarmerie, interdiction de quitter leur département et de se rencontrer.