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Demain Le Grand Soir
NI DIEU, NI MAITRE, NI CHARLIE !

Le Site de Demain le Grand Soir est issu de l’émission hebdomadaire sur "Radio Béton", qui fut par le passé d’informations et de débats libertaires. L’émission s’étant désormais autonomisée (inféodé à un attelage populiste UCL37 (tendance beauf-misogyne-alcoolique)/gilets jaunes) le site continue sa route.

Le site a été attaqué et détruit par des pirates les 29 et 30 septembre 2014 au lendemain de la publication de l’avis de dissolution du groupe fasciste "Vox Populi".

Il renaît ce mardi 27 octobre 2014 de ses cendres.

" En devenant anarchistes, nous déclarons la guerre à tout ce flot de tromperie, de ruse, d’exploitation, de dépravation, de vice, d’inégalité en un mot - qu’elles ont déversé dans les coeurs de nous tous. Nous déclarons la guerre à leur manière d’agir, à leur manière de penser. Le gouverné, le trompé, l’exploité, et ainsi de suite, blessent avant tout nos sentiments d’égalité.
(....)Une fois que tu auras vu une iniquité et que tu l’auras comprise - une iniquité dans la vie, un mensonge dans la science, ou une souffrance imposée par un autre -, révolte-toi contre l’iniquité, contre le mensonge et l’injustice. Lutte ! La lutte c’est la vie d’autant plus intense que la lutte sera plus vive. Et alors tu auras vécu, et pour quelques heures de cette vie tu ne donneras pas des années de végétation dans la pourriture du marais. "

Piotr Kropotkine -

Concert du Cri du Peuple en soutien au collectif anarchiste grec Rouvikonas pour dénoncer une machination judiciaire dont sont victimes deux de ses militants
Article mis en ligne le 29 octobre 2021
dernière modification le 27 octobre 2021

par Le Plombier

Samedi 16 octobre dernier Le Cri du Peuple, dont les membres sont impliqués dans l’élan de solidarité avec le peuple grec, qui a organisé l’acheminement de plusieurs convois de vivres vers Athènes, au cours des dernières années, en particulier à destination du quartier Exarcheia, refuge des migrants et des démunis, défendu par le collectif anarchiste Rouvikonas, donnait un concert de soutien, dans la Maison d’Artistes à Pessac (33), à ce groupe politique, cible d’attaques juridiques à répétition, et plus particulièrement à deux de ses membres, Giorgos Kalaitzidis et Nikos Mataragkas, accusés du meurtre d’un dealer, dont ils avaient déjà été innocentés une première fois, avant que la justice grecque ne relance une autre procédure. Leur procès qui se tient actuellement prend des allures de mascarade, les trois témoins à charge s’étant rétractés, affirmant avoir été contraints de faire de fausses dépositions par les policiers, et plus de 300 témoins à décharges s’étant manifestés pour être entendus. L’affaire, relayée essentiellement sur les réseaux sociaux par le philosophe et réalisateur Yannis Youlountas, en dépit du silence incompréhensible des médias de masse, suscite une vague d’indignation et de solidarité à travers le monde entier, tant elle dégage des relents nauséabonds, rappelant les machinations judiciaires dont furent victimes des innocents que les autorités cherchaient à incriminer en raison de leurs convictions politiques, obédiences religieuses ou appartenances ethniques, que des pouvoirs étatiques considèrent comme des menaces et cherchent à criminaliser. On pense à Sacco et Vanzetti, à Dreyfus, et à bien d’autres. On pense aussi à Georges Ibrahim Abdallah qui entame sa 38ème année d’incarcération, et pour réclamer la libération duquel plus de mille personnes se sont réunies une fois encore ce weekend même, devant la prison de Lannemezan.

Des soutiens se mobilisent dans plusieurs pays, inquiétés par le sort de Giorgos et Nikos, et craignant, au vu de l’acharnement des autorités grecques à éliminer l’organisation Rouvikonas du paysage politique grec, qu’en dépit du bon sens et des évidences, deux innocents soient condamnés pour servir une logique politique et des pratiques répressives d’un autre temps. En effet Rouvikonas, qui n’est ni une organisation terroriste, ni encore moins une mafia criminogène, est depuis plusieurs années une épine dans le pied du gouvernement et des logiques capitalistes qui affament et appauvrissent la population, puisque, de par ses activités concrètes et son activisme sur le terrain, auprès des citoyens, ses membres démontrent, de manière plus pragmatique qu’idéologique, qu’une gestion collective et un partage équitable des biens, et une reprise en main du pouvoir par le peuple au quotidien sont viables. L’organisation, qui bénéficie d’une large sympathie populaire, sécurise et défend notamment le quartier athénien d’Exarcheia, contre les attaques des fascistes du parti Aube Dorée, et protège les réfugiés de la police.

C’est dans un contexte de silence médiatique et de léthargie des grandes organisations politiques classiques au sujet de la situation actuelle en Grèce, que Le Cri du Peuple nous a demandé de lui donner la parole pour informer sur cette cause.

Bonjour, et merci de cet entretien pour un concert qui se produit dans un contexte particulier. Pouvez-vous nous expliquer ?

– Sarah : Deux personnes faisant parti des Rouvikonas, un groupe anarchiste grec, principalement basé dans le quartier Exarcheia d’Athènes, sont accusées de meurtre d’un dealer de drogues. Le procès s’est tenu mercredi 13, au cours duquel les témoins qui avaient été présentés ainsi par la police se sont rétractés, en affirmant que ce n’était pas ces deux personnes qu’ils avaient vues, et l’une de ces témoins a expliqué avoir été contrainte pas les policier à faire une fausse déposition pour incriminer ces militants. Il est apparu que les témoignages à charge avaient été mis en place par la police pour emprisonner ces personnes et criminaliser le groupe militant anarchiste. Donc ce soir nous jouons en soutien aux Rouvikonas dans le cadre de cette procédure particulière, mais aussi par rapport à toutes tentatives de les éliminer dont ils sont la cible d’une façon générale depuis des années.

Pourquoi les Rouvikonas sont-ils la cible de tels acharnements judiciaires ?

– Sarah : C’est-à-dire que les Rouvikonas gèrent le quartier d’Exarcheia, où beaucoup de migrants ont trouvé refuge, et que la justice et le gouvernement n’apprécient pas qu’ils empêchent la police d’y pénétrer pour chasser des miséreux, et en interdisent aussi l’accès aux militants fascistes d’Aube Dorée et aux dealers de drogues. Il y a déjà eu un attentat, contre le Notara 26, un squat de familles de réfugiés, que des terroristes de ce parti d’extrême-droite ont incendié. Les fascistes grecs sont capables de ça. Donc il est compréhensible que les Rouvikonas s’opposent à leur présence dans le quartier, et pas que pour des raisons idéologiques.

– Marina : Ils ont également mené pas mal d’actions concrètes les dernières années : ils sont entrés au parlement grec ; ils ont attaqué la banque centrale qui tenait toutes les informations concernant les surendettements des citoyens grecs et ont planté tout le système informatique et détruit les documents. Ce sont donc des activistes qui agissent pour changer les choses vraiment dans le quotidien des gens, et ça fait peur au gouvernement. Le premier ministre a déclaré que l’objectif était d’éliminer les Rouvikonas, et la situation factuelle de souveraineté autogérée du quartier Exarcheia. Ce ne sont pourtant pas des terroristes : ils ne tuent pas. Mais ils réalisent des actions directes de sabotage. Nous en avions rencontrés, qui étaient venus ici, lors d’une projection du dernier film de Yannis Youlountas, parler d’une petite chaine télévisuelle qu’ils avaient crée sur Internet pour informer sur les manifestations en Grèce, mais du coté militant et non pas du côté de la voix officielle policière. Ils nous ont expliqué qu’eux ne faisaient pas de discours didactique en enseignant aux gens ce qu’est l’anarchie et leur disant comment vivre, mais qu’ils agissaient par des actions concrètes d’entre-aide, par exemple en arrivant dans un village sans ressource alimentaire avec des vivres qu’ils posaient au milieu de la place, en invitant les habitants à gérer eux-mêmes et tout seuls le partage. C’est par l’exemple qu’ils montrent que l’autogestion est viable, et cela fait peur à un gouvernement capitaliste.

– Sarah : Et il y a aussi le fait qu’ils tiennent des squats de réfugiés et organisent l’accueil des migrants qu’ils protègent des persécutions policières, et pas seulement à Exarcheia. J’y suis moi-même allée, et j’ai constaté que ces gens sont des activistes qui investissent la vie du quartier, avec plein de lieux autogérés, et sont soutenus par la population. C’est réel et concret. Et ce mouvement bénéficiant d’une large sympathie populaire, il est vu comme une menace par les autorités.

– Marina : C’est quand même une des rares organisations politique, dont, lorsque ses tracts sont vus par terre, les gens se baissent pour les ramasser et les lire ! En France, lorsque les tracts de n’importe quel parti ou syndicat sont par terre, on peut attendre avant que quelqu’un s’y intéresse. Ça illustre quand même la sympathie populaire dont bénéficient les Rouvikonas. Pourtant dans les médias européens de masse, on n’entend absolument rien sur la Grèce et cette situation. Il y a là bas un peuple qui est en train de souffrir énormément, une grosse crise économique, des gens démunis et affamés à la rue.

Et une justice peu respectueuse des droits de l’homme ? La thèse avancée par les soutiens des Rouvikonas est-elle qu’il s’agit d’une machination incriminant des innocents pour discréditer leur groupe politique ?

– Marina : Vu ce qu’ils s’est passé durant les premières audiences, oui, puisque les trois témoins à charge se sont rétractés. C’est pourquoi Le Cri du Peuple a décidé de s’engager parmi leurs soutiens.

– Sarah : Une grosse campagne de soutien a été lancée par Yannis Youlountas sur les réseaux sociaux. Il communique énormément sur ce procès, et il y a eu beaucoup de réactions de soutien en France et dans le monde, même si les médias, dans leur majorité, ont passé cela sous silence jusqu’ici.

Miren Funke