Depuis plusieurs années, nous, groupement des agriculteurs bio du Loir-et-Cher (GABLEC), alertons sur l’augmentation des contaminations de productions bio par un pesticide : le prosulfocarbe. Aujourd’hui, avec le concours de particuliers volontaires pour faire analyser leur jardin potager, nous dénonçons l’omniprésence de ce pesticide dans notre environnement.
Les particuliers sont aussi exposés Le prosulfocarbe est un herbicide de synthèse qui a la particularité d’être très volatil et de contaminer les cultures adjacentes à la zone traitée. Au niveau national comme départemental, il est le pesticide le plus utilisé, avec, dans le Loir-et-Cher 174 tonnes achetées en 2023 soit deux fois plus qu’en 2015. Chaque année, des dizaines de producteurs bio du département doivent détruire leurs cultures à cause de ces contaminations contre lesquelles ils ne peuvent rien faire1. Au niveau national, les pertes se chiffrent aujourd’hui en millions d’euros selon la FNAB2.
Or, si les cultures biologiques sont contaminées, les jardins des particuliers le sont très probablement aussi.
Le GABLEC, en collaboration avec le GAB Eure-et-Loir s’est donc associé à un groupe de volontaires du Loir-et-Cher et de l’Eure-et-Loir, pour faire réaliser des analyses sur des fruits et légumes issus de leurs potagers, et mettre en lumière cette pollution généralisée. Des prélèvements ont été réalisés selon le protocole établi par un laboratoire indépendant. Les résultats sont sans appel : sur les 15 analyses réalisées, les deux tiers sont contaminés au prosulfocarbe (voir carte ci-dessous). Plus inquiétant : les taux de contamination sont, sur 6 cas sur 15 échantillons, supérieurs à la limite maximale autorisée pour la commercialisation (voir liste des échantillons en annexe).
Répartition géographique des contaminations identifiées 1 Le prosulfocarbe « met à mal la filière sarrasin » selon ce paysan de Loir-et-Cher - La Nouvelle République 05/01/2025 2 Rapport FNAB sur le coût des contaminations de cultures non-cibles, 2025 Flora Malan, particulier volontaire pour réaliser les analyses : « Nous sommes choqués et très en colère. Notre jardin est situé à plus de 50 m du champ le plus proche et malgré cela, on retrouve cet herbicide dans les pommes de notre jardin à des taux très inquiétants pour notre santé. J’ai un sentiment d’impuissance. Malgré tous nos efforts pour manger des aliments sains, je me rends compte que pendant des années, j’ai mangé, sans le savoir, des produits impropres à la consommation ».
Ces résultats confirment les résultats du Bilan National de qualité de l’Air réalisé par Atmo France en 2024, montrant que le prosulfocarbe était le pesticide le plus retrouvé dans l’air ces dernières années.
Des mesures de précaution insuffisantes Pourtant, en octobre 2023, l’Anses avait imposé des mesures pour réduire l’exposition des riverains, en imposant des distances de 10 à 20 m des habitations, et des buses anti-dérives. Ces mesures sont visiblement mal appliquées ou insuffisantes. « Cela fait trop longtemps que nous alertons les pouvoirs publics sur cette molécule. Il est urgent que l’Etat réagisse, en indemnisant les victimes de ces contaminations, riverains comme agriculteurs bio, et en interdisant dès maintenant les molécules les plus volatiles » déplore David Peschard, président du GABLEC et céréalier bio à La Chapelle-st-Martin-en-Plaine.
Le GABLEC et la FNAB demandent la création d’un fond d’indemnisation pour les victimes de contamination, ainsi que l’interdiction de la molécule.
Rapport complet édité par l’ONG Générations Futures
https://www.generations-futures.fr/wp-content/uploads/2026/01/rapport-analyses-prosulfocarbe.pdf
Cette action a été menée avec le soutien de La ligue contre le cancer 41, la Maison botanique, Perche Nature et le collectif de soutien des malades des pesticides du 28.