L’extrême droite et la droite se délectent de cette affaire. Un Noir d’origine haïtienne dont le roman porte sur le calvaire d’un migrant accusé d’avoir fait produire son texte par IA, quelle aubaine ! Toutefois, ni cette instrumentalisation raciste et xénophobe, ni le fait qu’un blogueur de droite soit à l’origine du scandale ne peuvent suffire à masquer le fait que les charges sont sérieuses.
D’une part, le logiciel Pangram qui a débusqué cette fabrication IA est crédité d’un taux d’exactitude de 98 à 99 %, d’autre part il est avéré que "l’auteur" est un sérial tricheur. Cinq de ses articles et nouvelles sont des plagiats avérés, dont la reproduction complète d’un article publié dans un journal philippin. Or le plagiat consiste tout de même à voler le travail créatif d’un autre auteur... C’est notamment une spécialité de BHL, même s’il a réussi à échapper à la condamnation...
UN PROFESSIONNEL DE L’ECRITURE ET DES EMPRUNTS LITTERAIRES ET JOURNALISTIQUES
Thélyson Orelien vit au Canada où il a déjà beaucoup publié et été primé, y compris pour la nouvelle plagiée. Ses collaborations à divers médias sont nombreuses. Bref, il n’a pas le profil d’un migrant misérable qui aurait du faire appel à l’IA ou à un écrivain professionnel pour raconter son calvaire. D’ailleurs il ne le prétend pas : son livre n’est pas autobiographique. Le fait de figurer parmi des personnalités reconnues, médiatisées et relativement privilégiées par rapport à celles et ceux qui ont du mal à se faire éditer ne lui interdit certes pas de parler de la condition de ceux qui souffrent. Ce serait même à son honneur. A condition de le faire sérieusement, avec respect du lecteur. Or cette truanderie, si elle se confirme, ne peut que nuire à la cause qu’il prétend défendre.
A PROPOS DES MYSTIFICATIONS LITTERAIRES
Les mystifications ont souvent bien marché, surtout quand elles ont surfé sur des causes qui suscitent l’émotion. Il y a eu par exemple plusieurs livres de faux déportés, affabulateurs et/ou mythomanes, dont l’un des plus emblématique est Survivre avec les loups, l’épopée d’une petite fille juive échappée d’un camp et recueillie par des loups. L’auteure était l’ancienne élève d’une école belge catholique qui n’était ni juive, ni ancienne déportée, sans compter l’invraisemblance grossière du récit dénoncée par tous les spécialistes des loups. Beaucoup de lecteurs aiment croire à de belles fables.
Il y a aussi des mystifications plus drôles comme l’envoi de textes d’écrivains célèbres sous un nouveau nom, qui sont refusés par de grands éditeurs incapables de déceler leur origine. La mystification d’Orelien (toujours si c’en est bien une) aurait elle aussi été drôle s’il avait choisi de révéler le canular au lieu de se faire prendre comme un tricheur. On imagine les têtes des critiques et membres de jurys prestigieux qui l’avaient encensé et sélectionné...
LES TEXTES STEREOTYPES N’ONT PAS ATTENDU L’IA
Reste enfin un problème. On peut se demander si c’est l’IA qui écrit comme certains auteurs humains ou si ce ne sont pas de nombreux auteurs humains qui écrivent en fait comme des IA, tellement ils sont formatés, imprégnés de clichés, d’idées reçus et de "styles" ou prétendus tels à la mode du jour. Ainsi, on n’aurait pas été étonné que des ouvrages stéréotypés comme des romans d’amour Harlequin ou des polars à la Mary Higgins Clark soient produits en série par IA. Il semble désormais que l’IA ait atteint la capacité d’imiter des styles d’écriture plus "branchés"...