Bon, je l’avoue, j’ai acheté le dernier "Charlie Hebdo", "l’increvable" dédié aux 10 ans du massacre de rue Appert. Ces dernières années, j’ai très rarement parcouru ce journal. Pour moi, "Charlie’ c’était un souvenir joyeux d’une époque iconoclaste qui oscillait entre les joyeusetés libertaires de ce dernier et l’outrance émancipatrice de "Hara Kiri", avec Cavanna en figure de proue et les beaufs de Cabu en embuscade.
J’ai donc parcouru, avec inquiétude, les 32 pages du journal car, c’était écrit presque partout, il était devenu raciste, enfin islamophobe, je ne sais plus trop.
J’ai lu les mots, j’ai vu les dessins, j’ai cherché, gratté, retourné l’objet infâme... J’ai consulté plusieurs dictionnaires, disséqué les sentences et, à la suite de ce long pensum, je n’ai pas trouvé dans ce journal la moindre trace de racisme, enfin d’islamophobie, je ne sais plus trop.
Il y avait là, un long plaidoyer pour la tolérance, la laïcité,la liberté de pensée. Du concours international pour moquer Dieu, provenaient une quarantaine de dessins venus d’Allemagne, d’Australie, de Belgique, du Canada, du Brésil, d’Afrique du Sud, du Danemark, d’Italie, du Chili, de France,etc où les monothéismes étaient joyeusement étrillés.
Il y avait un long reportage glaçant sur l’oppression des athées au Nigeria, au sud par les chrétiens, au nord par les musulmans et les emprisonnements, les assassinats...
Il y avait le témoignage poignant de l’anarchiste Fabrice Nicolino, un rescapé, tout comme Riss, faisant le récit de l’horreur et de l’incroyable absurdité des reproches qui ont été faits au journal d’avoir publié des caricatures de Mahomet. Ces deux-là ont vécu dans leur chair leur impudence : os brisés par les balles, odeur acre et tenace de la poudre, bruit infernal de la mitraille, cervelles de leurs amis qui se repend au sol...
Et puis il y a aussi l’enquête détaillé de la manipulation des caricatures faite par une petite bande de salafistes au Danemark pour mettre le feu aux poudres à travers le monde...
Mais le journal était devenu raciste, enfin islamophobe, je ne sais plus trop.
Enfin, c’est ce qui se dit à l’extrême gauche, sous les oukases d’un obscur groupuscule trotskyste anglais, "socialisme par en bas" qui a fait son nid en France, au sein de l’ex LCR, puis du NPA. Nos soucieux trotskystes ont décidé que les nouveaux damnés de la terre étaient désormais les migrants et qu’ils étaient interdit d’attaquer leur religion supposée ou réelle... Et ont repris un vocable gazeux autour du concept "d’islamophobie" dont on connaît le succès qu’il remporte dans ces milieux là. Et cette partie de la gauche a laissé le terrain de laïcité à l’extrême-droite et a multiplié les mises au pilori médiatique, générant un remugle permanent vis à vis de tous celles et ceux qui avaient le malheur de critiquer la "religion des damnés"...
Pourtant, lors de l’enterrement de Charb, Mélenchon tirait à boulets rouges contre l’islam politique et n’avait pas de mots assez durs pour dénoncer la chasse aux "laïcards" : « Charb, tu as été assassiné par nos plus anciens, nos plus cruels, nos plus constants, nos plus bornés ennemis, les fanatiques religieux, crétins sanglants, qui vocifèrent de tout temps ».
Mais c’était une autre époque... Aujourd’hui, il ne nomme plus les « fanatiques religieux », encore moins les terroristes islamistes, et se garde de rendre hommage à la laïcité.
Ce qui est surprenant et rassurant c’est, qu’au final, à l’extrême gauche que l’on lit le plus "Charlie" dont 85 % des sondés déclarent aimer le lire. D’ailleurs, 41% d’entre eux le lisent au moins une fois par mois (sondage Ifop).
Du coup, vu qu’en ayant analyser l’objet du délit et n’ayant rien trouvé de délictueux, je me dis que, désormais, je vais le relire beaucoup plus souvent !...
Eric Sionneau - DLGS