Pour passer un budget et éviter la censure du RN, François Bayrou a rejoint le camp du mensonge et du complot. Interrogé en public sur ses propos disant que la France est victime d’une "submersion migratoire", il a maintenu en disant que c’était une réalité choquante, plus que les mots.
Maladroitement, il a tenu à expliquer que ses propos référaient uniquement à Mayotte, alors que dans l’émission de LCI où il a tenu ces propos (interrogé par Darius Rochebin, mis en cause par de nombreuses collègues pour agressions sexuelles et propos déplacées pendant des années, mais maintenu par la chaîne...) on voit qu’il dit que son village des Pyrénées n’est plus celui où il a grandi et que la mixité n’est pas toujours une bonne chose, etc etc...
Les mots ont un sens. La submersion est un risque mondial, mais au sens littéral. En Bretagne, dans le Pays Basque, sur la côté d’Opale, la submersion marine met en péril des milliers d’habitations.
Il y a aussi les dizaines de milliers de candidats à l’exil qui se sont noyés, qui ont donc été submergé, en tentant de rejoindre la France par la Méditerranée, ou l’Angleterre par la Mer du Nord. Ça, ce sont les drames que nous vivons, qui nous menacent.
Quant à la réalité de l’immigration en France, on est sur une vaguelette. Très inférieure à un grand nombre de pays d’Europe avec une moyenne établie par l’INSEE à 117 000 arrivées nettes par an dans un pays de 68 millions d’habitants qui, avec 1,62 enfants par femme est largement sous les seuils de reproduction naturelle.
117 000, évidemment, c’est peu impressionnant. La "submersion" c’est 500 000 selon Reconquête et le RN. Ce chiffre qui circule beaucoup prend en compte les 250 000 étudiants qui viennent chaque année chez nous et repartent aussi tôt pour la plupart (et pour celles et ceux qui ne partent pas, la France bénéficie de diplômés très employables dans lesquels elle a peu investi). Il oublie aussi que certains meurent, certains repartent...
Ces propos répugnants, naguère cantonnés à la seule droite extrême, ont métastasé dans le corps social français. C’est Léa Salamé qui parle "d’appel d’air" sur la première matinale de France, c’est la phrase de Rocard tronquée sur la "misère du monde" en oubliant "mais elle doit prendre sa juste part", encore et encore partout.
La France est une terre de migrations, depuis des siècles. Ça cause tout le temps des frictions. Quand monsieur Bardella met en avant ses ancêtres pour parler d’une immigration italienne facilement accueillie grâce à une culture et religion commune, qu’il ouvre un livre d’histoire et découvre le massacre d’Aigues-Mortes quand une centaine d’ouvriers italiens furent tués par des français qui ne voulaient pas "qu’on leur pique leur boulot".
Les liens entre immigration et délinquance sont largement démentis par les faits. Les liens entre immigration et chômage, non seulement sont inexistants, mais c’est l’inverse : sans immigration, la France cesse de tourner. Ayons l’humilité de voir qui sont dans les premiers et derniers trains de la journée, qui nettoie les bureaux, met en rayon les supermarchés, s’occupent des plus fragiles dans les EHPAD etc etc...
Pour sauver sa tête et s’accrocher à son strapontin de Matignon, François Bayrou n’a pas "commis un erreur de langage", il a ouvert un peu plus la porte au mensonge pour notre débat public.
Vincent Edin