Ah, Jérôme Guedj. L’homme qui parle comme un éditorialiste de L’Obs, pense comme un cadre de la CFDT, et s’agite comme un militant LREM qu’on aurait oublié de repeindre.
Député socialiste de l’Essonne, ou ce qu’il reste du Parti socialiste dans cette région : un genre de ruine gallo-romaine dont il serait à la fois le gardien, le guide et l’unique touriste.
Il faut l’avoir vu, le Guedj, suant de componction sur les plateaux télé, notamment ce fameux soir de débat face à Manuel Bompard. Sous l’œil compassé de Patrice Duhamel, il croyait jouer à l’orateur républicain, version Quatrième République, en pensant pouvoir piéger le camarade insoumis. Mauvaise pioche. Il s’est pris une leçon de rhétorique façon bourre-pif courtois : Bompard l’a atomisé avec le calme d’un médecin légiste. Guedj moulinait des envolées sur "l’extrême-gauche" en confondant les Insoumis avec Robespierre, et Bompard, imperturbable, l’a renvoyé à ses contradictions comme un prof corrigeant un devoir truffé de hors-sujets. Guedj, c’est ce type qui dénonce l’antilibéralisme de LFI pendant qu’il relit en douce les discours de Delors pour se rassurer le soir.
Le problème avec Jérôme Guedj, ce n’est pas qu’il soit à droite du PS. C’est qu’il est encore au PS.
Il campe dans un parti qui a viré de bord depuis longtemps, mais feint de ne pas voir que le gouvernail est maintenant entre les mains des nostalgiques de Manuel Valls, ceux qui pensent que la lutte des classes est un concept de bac pro. Guedj, lui, résiste : il fait semblant d’être "de gauche", mais rêve secrètement de gouvernements d’union nationale avec les centristes éthérés et les républicains "humanistes". En gros, il veut un monde où Jean-Pierre Raffarin serait un camarade de lutte, et où Bruno Le Maire ferait les discours du 1er mai.
Dans les manifestations, il fait de son mieux pour ressembler à un homme du peuple. Hélas, quand il arrive, la foule ne s’ouvre pas, elle se ferme. À Paris, on l’a vu repoussé, hué, conspué, comme un DRH à une AG de grévistes. Son crime ? Avoir voulu faire la leçon sur l’antisémitisme, en dégainant les accusations à tout-va comme un shérif nerveux dans un saloon d’Arizona. Oui, l’antisémitisme est une saloperie. Mais quand on commence à traiter de crypto-antisémites tous ceux qui critiquent la politique d’un État, on finit par désarmer la lutte contre le vrai poison. Même au PS, certains s’en étranglent : on ne peut pas crier au loup toutes les dix minutes sans finir par faire rire les moutons.
Guedj cristallise tout : la fracture entre le PS canal historique (ceux qui croient encore à Jaurès, sans jamais le relire) et les jeunes qui se disent qu’à force de reculer, on finit par s’asseoir sur ses valeurs. Il est le héraut d’un PS qui a honte de la gauche quand elle parle fort, qui tremble dès que Mélenchon ouvre la bouche, et qui rêve d’un avenir radieux... avec François Bayrou.
Alors bien sûr, dans son propre parti, on commence à tousser. Certains préféreraient qu’il mette la pédale douce, qu’il arrête de jouer les inquisiteurs télévisuels. D’autres se demandent si Guedj ne serait pas plus à l’aise chez Renaissance, dans ce musée des éléphants sociaux-libéraux dépolitisés. Lui, il persiste. Il croit encore pouvoir réunir la gauche avec des phrases comme "nous devons condamner fermement sans amalgames" — formule magique qui ne dit rien à personne, mais qui sonne suffisamment sérieux pour passer à C dans l’air.
Conclusion ? Guedj, c’est un peu le sosie idéologique de Bernard Cazeneuve avec une carte Jeune Socialiste oubliée au fond du portefeuille. Il croit défendre la République, mais il défend surtout son confort intellectuel. Il prétend incarner une gauche "de gouvernement", mais il gouvernerait surtout un buffet de congrès. Il dénonce les postures des Insoumis, tout en multipliant les siennes, entre deux tribunes moralisantes publiées dans Le Monde.
En bref : il est le symptôme d’un PS qui ne sait plus s’il doit parler au peuple ou aux éditorialistes, alors il finit par ne convaincre ni l’un ni l’autre. Et pendant ce temps, la droite, la vraie, peut dormir tranquille : Guedj monte la garde.
Marc Arnaud