V’la qu’ça recommence ! Le mouvement lycéen est un serpent de mer, tous les 4/5 ans, on remet ça, avec des lycées bloqués et des manifestations dans les rues de nos villes. Tout cela est très codifié, et il faut dire que les administrations de vos lycées ont déjà vécu ce genre d’événements.
Mais il est important tout de même, alors que beaucoup d’entre vous vivent une politisation express, de rappeler quelques basiques :
1️⃣ Tout cela aurait pu se passer autrement. Dés lundi, les rectorats auraient pu passer la consigne suivante : en cas de blocage, prendre contact avec des porte-paroles et entamer un dialogue autour des revendications et de la gestion du mouvement. Idem avec la police où les prefets auraient pu dépêcher un officier sur place pour prendre contact, comme le fait la DOPC en région parisienne. Le choix a été de positionner des CRS et de ne nouer aucun dialogue, c’est un choix politique.
2️⃣ La violence. Il est très commode de faire porter l’intégralité de la violence sur les lycéens. Ben oui, les feux, les tirs de mortier (ce sont des feux d’artifice, pas des armes de guerre, faut-il le rappeler), ce sont les lycéens. En réalité, cette violence est le résultat d’un contexte, issu lui même du choix politique démontré en 1. Le refus de tout dialogue impose un choix binaire : le renoncement ou le rapport de force. Difficile quand on a de 14 à 18 ans de savoir comment établir un rapport de force, l’affrontement est une voie possible, pas la plus judicieuse face à des CRS. Manifester dans la ville, utiliser les chaînes sur snapchat, se coordonner, utiliser les images... ça marche aussi et ça évite de perdre un oeil.
3️⃣ Le paternalisme est une constante d’un mouvement lycéen, ce billet en est probablement emprunt également, difficile de transmettre un vécu. Il est évident, quand il s’agit d’un mouvement de jeunesse, que la première réaction des conservateurs consiste à dénoncer une manipulation. Vous seriez trop jeunes pour avoir vos propres idées. La réalité est encore plus tragique, les mouvements lycéens servent les agendas de l’ensemble de la classe politique. En pratique, la droite et l’extrême droite s’opposent à tout mouvement, la gauche le soutient. Aujourd’hui, c’est LFI qui est montré du doigt, mais hier c’était la LCR ou peu importe quel parti. La récup’ se fait aussi par des opportunistes venus s’offrir le grand frisson de la bagarre, guidés eux aussi par leur propre agenda.
4️⃣ C’est ici contre-intuitif, la violence se retourne contre les lycées et les enseignants, alors même que les revendications reposent sur de meilleures conditions matérielles. Alors oui, incendier un lycée, ce n’est pas bien malin. D’autant plus que ces dérapages produisent des images spectaculaires qui donnent matière à critiquer le mouvement et éclipser toutes les revendications (pourtant bien légitimes). Le pouvoir, en fin de vie, ne tient absolument pas à renoncer à Parcoursup, funeste vestige du ministère Blanquer et probablement une des seules choses qui restera du macronisme en général, producteur d’inégalités en masse. Pourtant, ceux qui savent pertinemment comment éviter la montée en tension ont fait un autre choix.
5️⃣ Enfin, et ceci n’a rien de nouveau, nous avons constaté au fur et à mesure de la montée de la violence, la raréfaction des étudiantes. Il est nécessaire aussi de poser la question de la violence comme un enjeu sexiste, où la lutte serait confisquée par les hommes.
Les DBK ne sont plus au lycée depuis bien longtemps, mais ont plutôt l’âge d’avoir des enfants lycéens. C’est donc avec une certaine inquiétude autant que de la bienveillance que nous apportons ce petit grain de sable. Faites attention à vous.
Debunkers des rumeurs/hoax d’extrême droite