
Education, immigration, politique sociale, université : rien ne semble distinguer les deux candidats proposés par les médias. A l’heure où les instituts de sondages ont fini par remplacer les programmes politiques, les élections présidentielles se révèlent tout à fait comme un match truqué.
Si l’on peut choisir le visage (ou le sexe) du lauréat, le programme est une option ; on ne vote d’ailleurs plus « pour » mais « contre » un candidat depuis le 21 avril 2002. Contre l’extrême droite ou la droite en rangers, l’illusion du barrage républicain va encore faire flores en 2007, comme une forme de catharsis savamment entretenue face à la pénétration des idées d’exclusions dans l’opinion que ces partis qui appellent au vote « citoyen » ont eux-mêmes favorisés avec la complicité intéressée des médias.
Au grand bonheur d’une gauche moribonde, l’illusion du vote barrage recevra encore le soutien véhément des « citoyens d’un jour » qui, d’une élection à l’autre, expliquent sans rougir que le vote est un devoir obtenu dans le sang que l’on doit honorer coûte que coûte. Ce sont généralement des hommes, et pour cause, qui tiennent ce discours. Il est regrettable que cet engouement civique ne se manifeste qu’avec la régularité d’une éclipse et sans susciter les mêmes commentaires passionnés pour la défense des acquis sociaux ou pour les résidents étrangers à qui l’ont refuse ce même droit de vote. Vote barrage, vote « citoyen », mais aussi vote utile ! Pour être bien sûr que les français ne se
trompent pas de gauche, ordre est donné aux élus de n’accorder les précieuses signatures qu’aux représentants du Parti. La logique voudrait que l’on supprime de fait le premier tour. L’appareil est parfait, le vote blanc n’est pas pris en compte : aucune surprise à attendre si ce n’est dans les scénarios débiles qui vont inonder les journaux à proposdu vote d’extrême droite. Evidemment, il est plus facile de distiller la peur que d’inviter à l’esprit critique ou faire remarquer qu’un autre futur est possible.
De fait, l’alternance est devenu la norme depuis 1981. Le couple Mitterrand-Fabius se fait sortir en 1986 par Chirac, lui-même est remplacé par Bérégovoy en 1988. En 1993 Balladur prend le relais jusqu’en 1995 date à laquelle la présidence passe à la droite. En 1997 Jospin profite des législatives anticipées mais la gauche quitte les affaires en 2002 pour cinq ans.
Pour 2007, Madame Soleil devrait conseiller de miser sur la gauche, c’est écrit dans les astres.
Cette bipolarisation de la vie politique organisée entre deux partis gestionnaires participe à rendre plus floues encore les distinctions traditionnelles entre gauche et droite. Les électeurs se piochent au centre, avec des programmes minimaux et gonflés d’effets d’annonces populaires, voir franchement populistes.
L’équilibre repose sur le consensus, un consensus bi-partisan chargé de la gestion de l’Etat, sanctionné mollement tout les six ans et sans véritable réflexion globale, abandonnée aux séides de la finance. Laurent Joffrin, que l’on peut difficilement taxer de « gauchisme », remarquait en 2001 dans son livre Le gouvernement invisible qu’« Une étrange démocratie se met ainsi en place : Celle où l’on respecte
les libertés individuelles mais où on laisse s’étioler les libertés collectives. Chacun sera libre de vaquer à ses occupations sans que l’Etat s’en mêle. Mais chacun aura en fait abdiqué de la marche des affaires publiques. Peu à peu, on laissera le pouvoir à une même élite, dont les factions se succèderont au pouvoir.
Ainsi, l’idéal né de la Révolution Française, celui de la souveraineté du peuple, se réduira à une parenthèse de deux siècles. »
Il n’y pas de choix réel entre la gauche libérale et la droite boutiquière. L’élection présidentielle de 2007 n’aura comme réel vainqueur que le taux d’audience des spots publicitaires et la confiance des nantis, et les mêmes perdants : précaires, étrangers, jeunes, etc. L’illusion d’avoir un mot à dire lors de ces « consultations » participe de l’abandon du politique aux professionnels, aux élites.
La rupture ne peut venir que du bas : les services publics ou les acquis sociaux se conservent comme ils ont été obtenu : par la lutte. Il n’a rien à attendre d’une élection présidentielle, notre futur ne peut être que ce que nous choisissons d’en faire, individuellement et collectivement.